Kamoto Centre

Réflexions des autres

Ngelesi1,1: 'Muna mabadukulu Nzambi wasema zulu ye ntoto'. Genèse 1,1 'Au commencement Dieu créa le ciel et la terre’. Like ‘dreams from my father’, those are Words from our forefathers.
L'Afrique: le champ de bataille du siècle

LE SORTILEGE DU PARRICIDE DE LUMUMBA ET LA DEBILITE POLITIQUE CONGOLAISE

Par Hubert Kabasu Babu, ancien Gouverneur du Kasaï occidental et président de l’Association des provinces de la RDC. 

En psychologie générale, il est reconnu que les comportements anormaux, les propos irrationnels et les conduites incohérentes, peuvent découler  de graves événements traumatisants ayant eu lieu dans le passé du sujet débilitant ou démentiel.  Des événements d’un impact tellement immense qu’ils altèrent la personnalité du sujet et transforment le sens de toute son existence. L’assassinat de Lumumba est cet événement à la fois produit du mental pré-républicain, en amont, et, en aval, traumatisant ; perturbateur de la personnalité politique collective.

 

Il convient d’abord d’explorer les coups bas, les entourloupettes et trucages précédant l’assassinat de Lumumba afin de comprendre que bien avant l’arrivée de Mobutu au pouvoir, les Congolais étaient déjà rompus  au machiavélisme (le machiavélisme congolais est inversé : les moyens mystifient la fin), par ce que j’ai appelé le réflexe de la horde et sa pulsion de l’anéantissement des autres. Ensuite, on cernera l’impact de ce meurtre parricide dans la psyché politique congolais.

 

2.2.1                      LE REFLEXE DE LA HORDE, LA HAINE ANTI-LUMUMBA

 

Dans la version la plus rependue au Congo, et suite à la reconnaissance de l’Etat Belge de sa responsabilité dans l’assassinat de Lumumba, ce meurtre est attribué aux impérialistes dans leur lugubre dessein d’éliminer ce héro nationaliste. Il s’érigeait en obstacle à la continuité de leur prédation sur les ressources du Congo. La culpabilité des Belges et des Américains est absolument indiscutable. Mais les Congolais étaient-ils des innocentes victimes de la manipulation étrangère, sans mobiles personnels, ne sachant pas ce qui se passait ?

 

Est-ce que les gens qui envoient celui dont ils reconnaissent le statut du père du nationalisme à la mort sont normaux ? La thèse du mental pré-républicain permet de lever le voile sur cette phase importante de notre histoire.

 

Force est de noter que bien avant que Lumumba ne soit diabolisé par les occidentaux, le réflexe ethnique, particulièrement dans les milieux des partis à caractère tribal comme l’ABAKO et le CONAKAT, avait déjà suscité de l’aversion mortelle vis-à-vis de ce pionnier du républicanisme congolais. A Kinshasa, l’ABAKO, opérant avec un profond attachement à l’espace géo-démographique et au micro nationalisme Kongo, considérait Lumumba comme un véritable étranger (à la horde). Lumumba était cette sorte de dérangeur venu de la lointaine province orientale pour, en quelque sorte, contrer le schéma confédéraliste Kongo, avec son MNC prônant l’unitarisme et qui se permettaient d’attirer des foules à Kinshasa qui faisait partie, à l’époque, du terroir Kongo. Le MNC était un affront sur le terroir Kongo. L’ABAKO considérait Lumumba comme membre d’une horde ou d’une peuplade venu opérer sur son domaine ou son habitat.

 

De même, une haine viscérale était cultivée par l’élite politique ethnique katangaise (particulièrement Tshombe et Munongo) contre Lumumba, ce Kasaien prônant un nationalisme devant intégrer le grand habitat katangais dans un seul Congo, où lesdits Katangais perdraient le contrôle sur leur terroir. La logique de la horde réfutait absolument une telle possibilité. Lumumba était donc un adversaire par réflexe de la horde dans le chef de ceux qui nourrissaient une haine viscérale contre lui. On sait avec quelle hargne Tshombe et Munongo rendirent impossible la campagne électorale du MNC au Katanga et participèrent activement et personnellement à son meurtre avec mutilation du corps - exprimant une férocité étalant une longue  préméditation et une haine instinctive.

 

Force est de relever que l’adoption du fédéralisme par les partis politiques d’origine ethnique (ABAKO et CONAKAT) n’est pas une simple coïncidence basée exclusivement sur un même idéal politique. Il y a à l’œuvre dans ces élans d’un fédéralisme séparatiste (Kasa vubu fut embarqué dans ce projet séparatiste par le réseau Foccart utilisant l’Abbé Fulbert Youlou) et donc un anti-républicanisme produit par l’instinct tribal et l’incapacité d’envisager un espace d’existence collective avec les citoyens des autres groupes primaires.  L’ABAKO continua avec ses élans quasi-séparatistes en exigeant, lors de la formation du gouvernement Lumumba, la reconnaissance d’une septième province autonome et souveraine  dans une confédération d’un Congo uni. Sous cet angle, l’antagonisme « fédéralistes contre unitaristes » ne peut donc pas être réduit à une simple confrontation des idées politiques. Il y a dans leur expression les angoisses de certaines populations tellement ancrées dans leurs groupes et espace géo-ethniques primaires qu’il leur était difficile d’y sortir pour envisager l’existence dans une res publica congolaise intégrant plusieurs ethnies aux cultures différentes.

 

Les effets de cette conscience pré-républicaine se font sentir jusqu’aujourd’hui particulièrement au Katanga où la cohabitation avec les Congolais des autres provinces est assortie des mépris et de violences récurrentes quasi-incurables. Dans ma pensée, Lumumba est le pionnier de la république au Congo. Au delà du simple nationalisme, Lumumba était fasciné par l’idée d’un espace d’existence commune, lieu d’émancipation des Congolais des tares des traditions, tribus et autres pesanteurs empêchant la conjonction des efforts pour le progrès et la jouissance équitable des richesses de notre pays. Les fédéralistes aux élans séparatistes voulaient, eux, jouir seuls des ressources de leurs terroirs, oubliant qu’ils ne pouvaient pas se suffire à eux-mêmes. On se rend compte de cette réalité lorsque, dans les années 1990 et pendant la transition (2003-2006), la Gamines a sombré, c’est le diamant qui a produit plus de 70% de recettes en devises pour soutenir l’économie congolaise. En amont, on sait que le développement industriel du Katanga fut aussi facilité par les fonds provenant des forets  l’hévéa (caoutchouc)  du Kasaï et de l’Equateur. Au Kasaï, en particulier, les populations qui produisirent ce caoutchouc ayant contribué au financement du développement industriel du Katanga, furent massacrés et amputés des mains, par les arabisés amenés dans cette région par les colonisateurs.

 

Lumumba fut aussi victime de l’égotisme des ses envieux contemporains. La compétition sociopolitique, dans ce contexte de l’après indépendance, était surtout, à en croire les affirmations de Thomas Kanza, une course aux ressources. On sait, par exemple, que beaucoup de politiciens en voulaient à Lumumba à cause des fonds qu’il avait obtenus des libéraux Belges et avec lesquels il se procura sa somptueuse résidence du Boulevard du 30 Juin, à Kinshasa, aujourd’hui presque abandonnée à la ruine. Cette  résidence du héro national qui dans un pays normal serait déclarée monument national et converti en lieu touristique. Il y a aussi le luxueux véhicule Impala avec lequel il effectua une superbe campagne électorale, faisant ainsi rougir ses compétiteurs de jalousie. Lumumba, cet outsider venu de la lointaine Stanleyville (Kisangani) et qui s’imposait à Kinshasa, se tira aussi la foudre des députés nationaux dont il fustigea l’augmentation faramineuse des émoluments de 100.000 à 300.000 Francs. 

 

Par ailleurs, les Commissaires généraux (Jean-Marie Bomboko, Losembe Cardozo, etc.), à qui les officiers militaires confièrent la gestion temporaire du pays, pendant la crise  constitutionnelle (Septembre 1960), se livrèrent à une gestion calamiteuse, et attirèrent  la foudre des Lumumbistes. De septembre 1960 à Février 1961, les commissaires généraux, premiers universitaires congolais, doublèrent les avances auprès de la Banque Centrale. Le déficit budgétaire passa de 11 à 300 millions de Francs ! Eux aussi considéraient Lumumba comme un ennemi juré à cause des Lumumbistes qui dénonçaient leur gestion calamiteuse. L’élimination de Lumumba était, aux yeux de ceux qui critiquaient cette gestion désastreuse des Commissaires Généraux, un stratagème pour se livrer à la prédation. Dans sa résidence surveillée du Boulevard du 30 juin, Lumumba neutralisé était ébranlé par cette gestion calamiteuse et voyant déjà la décadence de la république s’annoncer. La dilapidation des ressources par la gestion égoïste du budget  de l’Etat est une tare originelle. 56 ans après, l’histoire se répète.  

 

Il existait bel et bien des dispositions psychologiques et des réflexes de la horde propices à une volonté des politiciens congolais eux-mêmes d’éliminer Lumumba. Les occidentaux ont exploité une motivation existante, produite par un mental pré-républicain, fait des instincts  ethniques, d’égotisme, de fascination matérielle, de jalousie et de course à l’enrichissement. L’assassinat de Lumumba, dans lequel un Premier Ministre issu de la majorité et jouissant du soutient de l’Assemblée Nationale est envoyé à  la mort par le Président de la République, Kasavubu, avec l’assentiment de Mobutu, qui était pratiquement son bras droit, met à nu une extraordinaire prouesse machiavélique. Il étale aussi un curieux état d’esprit. Comment en en furent-ils arrivés là ; quels sentiments les animèrent ?

 

On ne peut manquer de déceler l’inhumain forcement du registre des félins dans la  trame de ce meurtre. Un enchevêtrement alliant volonté froide d’élimination physique, de trahison et de meurtre glacée avec mutilation du corps, digne d’un scénario hollywoodien. Meurtre perpétré par des acteurs politiques animés par ce que Sigmund Freud conceptualise comme l’instinct Thanatos. Il anime les politiciens sous-développés au plan normatif et psycho-politique. Inconsciemment, ils éprouvent les désires des fauves dans la destruction post-mortem de la victime et une hargne maladive à faire disparaître le corps comme pour l’anéantir à jamais.

 

Le fait que les personnes qui avaient perpétré directement ce crime (ayant avili notre histoire), notamment Tshombe et Munongo, aient été acceptés par la société comme dirigeants nationaux (avec Tshombe comme premier ministre et Munongo ministre de l’intérieur en 1964), démontre en lui-même que dans l’âme de la société, dans sa matrice logique et éthique, avait connu de graves perturbations ayant complètement tronqué ses critères de validation du pouvoir. Dans notre société, on assiste à la sublimation de l’odieux (qui dans d’autres pays provoque la répulsion collective), l’acclamation du scandaleux (qui ailleurs produit la sanction sociétale immédiate et impose le suicide et la démission), cette adaptation au cruel (qui ailleurs suscite émoi et condamnation), jusqu’à ce jour.

 

Kasavubu avait été un compagnon de Lumumba à la table ronde de Bruxelles. Il faut rappeler qu’à cette Table Ronde, les politiciens Congolais refusèrent unanimement de siéger au début de travaux parce que Lumumba n’y était pas, ayant été incarcéré á la prison de Buluwo à Jadotville (Likasi). Ils réclamèrent la présence de Lumumba qu’ils accueillirent, ensuite, sur le tarmac dans une joie exubérante. Mais, moins d’une année après, ils formèrent presque le même consensus pour le tuer.

Kasavubu et Lumumba furent de compagnons qui risquèrent leurs vies ensemble dans des voyages en avion sur toute l’étendue de la République afin de tirer le Congo du chaos face à la session Katangaise (11 jours seulement après l’indépendance !) et le séparatisme du sud Kasaï. On se rappellera de ce drame où leur avion dont l’atterrissage fut refusé à Elisabethville par Munongo, faillit s’écraser faute de fuel et  parvint à se poser à Kindu. Mieux, Kasavubu devait pratiquement son élection à la présidence de la république au soutient de Lumumba. Le choix en faveur de Kasavubu portait une claire logique nationaliste-républicaine manifestée par Lumumba qui orientait ses actions politiques.

 

Thomas Kanza témoigne que face aux pressions exercées sur lui pour soutenir Bolikango au lieu de Kasavubu, Lumumba fut inébranlable. Le témoignage de Kanza (1972: 128) est éloquent. Il note :

 

«Sa décision, disait-il, était irrévocable. Il fallait, insistait-il, oublier les querelles du passé. Il était convaincu que Kasavubu ferait un excellent président, meilleure en tout cas que Bolikango, qui était, selon lui,  un simple homme de paille de la Belgique et un protégé des Catholiques. Si Kasavubu n’est pas élu, avertissait-il, les Bakongo se révolteront et nous savons tous quels désordres peuvent s’en suivre avant comme après l’indépendance. Ils pourront alors se rattacher au Congo-Brazzaville et ce serait le début de la fin pour notre indépendance»

 

C’est d’une historicité granitique : historiquement Kasauvubu devait son élection à la présidence de la République à Lumumba. A cet égard, on s’en rend compte, il faut vraiment être dans un état psychologique fécondé par l’instinct naturel thanatos de l’anéantissement de l’autre, ce membre d’une horde étrangère,  pour livrer à la mort affreuse une personne qui a soutenu son ascension à la présidence de la république. Il est évident que Kasavubu avait subit les pressions de l’Eglise Catholique (Lumumba aurait menacé de nationaliser l’Université Lovanium), des Américains et des Belges. Mais on ne peut vraiment pas affirmer que comme président de la république, Kasavubu n’avait pas la possibilité de lui réserver un sort moins cruel. 

 

Le cas de Mobutu mérite aussi une réinterprétation psychopolitique.  Lumumba fut son mentor. Il avait des liens très rapprochés avec Lumumba avec qui ils se livrèrent à des randonnées (après la sortie de Makala), dans toutes les communes de Kinshasa (sur la mobylette vespa de Mobutu). Lumumba fréquentait la famille de Mobutu quotidiennement à Bandalungwa, sur l’avenue Monseigneur Kimbondo (Lumumba appréciait, semble-t-il les mets succulents de Maman Antoinette). Ce fut après sa sortie de la prison de Makala où il fut condamné suite à une affaire relative à son travail au bureau de la Poste de Stanleyville (Kisangani). Mobutu fut l’assistant de Lumumba à Bruxelles. Après la Table Ronde politique, celui-ci lui confia la responsabilité de gérer le contentieux économique. En ultime instance, Lumumba nomma Mobutu secrétaire exécutif du gouvernement et, mieux, l’éleva au grade de colonel en 1960. Quelques soit l’angle sous lequel on peut considérer la relation entre Lumumba et Mobutu, il est établi que Mobutu doit toute son élévation politique et militaire à Lumumba. Maintenant, comment une telle personne peut envoyer à la mort celui qui l’a catapulté dans l’arène politique et militaire? Dans l’optique de la psychologie politique, on peut affirmer qu’un tel acte ne peut avoir été validé dans l’esprit de Mobutu que par des éléments extérieurs intenses ayant court-circuité ou ébranlé toute la loyauté vis-à-vis de la victime. Un tellement ébranlement n’est possible que par la puissance évaporatoire des valeurs telles que la sincérité, la fidélité.

 

La manipulation par les américains, les manœuvres des Belges seules, ne pouvaient pas amener Mobutu à accepter la mort de Lumumba, sans éléments psychologique et logiques validateurs de cette sollicitation. Il me semble que ces éléments sont de deux ordres. Le premier résulte d’une sorte de consensus de meurtre par réflexe de la horde, comme expliqué ci-haut, que Mobutu doit avoir repéré chez les aînés au sommet de l’Etat  (Bomboko, Nendaka, Kalonji, Tshombe, Kasavubu) qui vouaient une haine viscérale à Lumumba. Deuxièmement, pour trahir Lumumba, Mobutu doit avoir subit un intense martèlement psychologique, sur le gain d’un tel acte non seulement par les Américains  et des Belges mais surtout par ses aînés qui, eux, étaient les bénéficiaires directs de l’élimination physique de Lumumba.  Les ainés avaient le mobile : la haine politique vis-à-vis de Lumumba bien avant l’indépendance et la conquête du pouvoir. Mais cela n’innocente nullement Mobutu. La sentence passée par l’histoire le retient sûrement comme l’un des acteurs principaux de ce meurtre. Quand à Tshombe et Munongo, ils ne pouvaient qu’éliminer Lumumba car ils étaient prisonniers de l’instinct ethnique et opéraient avec cette pulsion  d’anéantissement des autres dont beaucoup de Katangais sont encore prisonniers 56 ans après l’indépendance. 

 

Le meurtre de Lumumba par les personnes qui lui devaient leur ascension politique, social et militaire, dans une conspiration où les occidentaux (sensés être des civilisateurs) étaient les maîtres à penser du crime, a, par sa bouleversante trahison, par la cruauté, par le mensonge et surtout par la mutilation et la disparition du corps de la victime, traumatisé toute la nation. Il s’agit là du premier acte le plus sinistre de l’histoire politique du Congo, le paroxysme du sacrilège ; par la disparition du corps de  la victime. Son impact dans la conscience collective n’a pas été suffisamment décrypté.

Les premiers pas du Congo souverain, en formation de sa personnalité politique collective, furent marqués par cet acte d’un machiavélisme inégalé en Afrique. Les politiciens Congolais furent en effet les premiers en Afrique à tuer leur premier ministre. Et aucun procès, même à tire posthume n’a eu lieu au Congo. C’est comme si la société elle-même avait approuvé cette abomination, dont elle a tellement honte que sa voix dépérit dans la gorge par les frissons de la honte, chaque fois qu’elle veut en parler.

 

2.2.2                      LE PARRICIDE-SACRILEGE :

               UN ENVOUTEMENT COLLECTIF ?

 

Les jeunes universitaires Congolais qui étaient au point terminer leurs études à Lovanium et dans les universités Belges, les aînés tels que Kalonji, Kasavubu, Nendaka, Tshombe, Munongo, Ileo, Tshisekedi etc.,  ainsi que tous les Congolais à l’âge de conscience furent tous acteurs et spectateurs de cette tragédie-sacrilège. Mais ils furent aussi victimes inconscientes d’une distorsion cognitive produite par ce meurtre-abomination.

 

Comme dans la mythologie Grecque, la tragédie de Lumumba apparaît avec les traits d’un phénomène d’envoûtement collectif. En faisant périr le héro qui incarnait l’idéal de la res publica congolaise, de la nation, la société rejeta elle-même l’idéal de son «étant républicain». En offrant le père du républicanisme congolais, du nationalisme authentique, en holocauste au profit de leur conquête du pouvoir, les premiers politiciens congolais répudièrent, par ce sacrilège, l’idéal qu’il incarnait. Force est de souligner que dans nos cultures africaines, un tel meurtre (comme tout autre crime profanateur tel que l’inceste) a toujours des conséquences débilitantes sur la descendance. Le projet d’un Congo uni, économiquement indépendant est-il mort avec Lumumba ? Il faut un rituel national de purification, un rite de libération spirituelle de l’envoûtement de ce meurtre-sacrilège, une procédure d’exorcisme politique, pour faire fleurir cette vision dont il était le père.  La conscience collective Congolaise, et sa terre qui s’est abreuve indument du sang du porteur de la flamme éclairant le chemin de la construction républicaine du Congo, réclament une purification. Sinon toute la descendance politique demeurera dans sa débilité incurable qui étonne le monde entier.

 

Le meurtre de Lumumba peut être appréhendé comme la conséquence de ce que Girard désigne  comme une «rivalité mimétique ». Elle conduit les hommes :

 

« à désirer toujours selon les désires des autres. C'est-à-dire  à entrer en conflit pour s’approprier l’objet convoité, au risque de s’abîmer dans une violence sans limite» (Girard,  1972 : 269)

 

A l’époque de l’indépendance où la mentalité magico-religieuse et le fétichisme s’imposaient avec acuité, ce meurtre blasphème suscita un mythe et diverses autres thèses d’ensorcellement. Lumumba dont le corps avait disparu était devenu un esprit errant, hantant tous les villages et les villes réclament la restitution de son cadavre. Verahegen (1965) fait allusion aux Simba dont les chants de guerre reprenaient en refrain « nous ne pourrons pas toucher des femmes, ni nous laver avant d’avoir vu Lumumba ». Le meurtre parricide créa donc un mythe au nom duquel les tueries massives eurent lieu, particulièrement à l’Est, par les Simba Lumumbistes dont certains se distinguèrent par des actes de cannibalisme.

 

Une observation de taille mérite d’être formulée à ce sujet. Dans certaines sociétés, le meurtre du père est un rituel de transformation ou de purification. Un peu comme dans le mythe Freudien du meurtre du père par ses enfants, ce crime devient un interdit. Les enfants se repentent et s’engagent à ne plus poser un tel acte. Leur père devient le symbole du sacré. Un sacré stabilisateur. Un sacré intégrateur. Celui qui tisse le lien entre les enfants, ravivant en eux la conscience d’une communauté de destin et éclairant leurs esprits sur le bénéfice d’une cohabitation pacifique par le partage équitable de ressources. C’est pourquoi la mort de Lumumba mérite une réinterprétation psycho-politique pour en faire le socle symbolique de la république. En tant que communauté nationale, cette mort est notre mythe constructeur qui, pour paraphraser Girard, est « le sacrifice du bouc émissaire dont chacun affectera de croire qu’il a quelque responsabilité dans l’affaire et que, pour cette raison, il n’a pas lieu d’être vengé mais seulement sacralisé». 

 

Mais au Congo, ce parricide-blasphème a libéré une énergie psychologique politiquement idiotisante, une sorte de force débilitante dans l’arène politique. Les meurtriers ont, comble du machiavélisme, exploité le mort et son nom pour conquérir le pouvoir et le maintenir. Le nom de Lumumba est devenu cette incantation, ce credo fétichiste, que l’on déclame pour toucher la sensibilité des Congolais afin de chercher la validation dans la conscience collective, même si, comme on l’a vu, les actions menées n’ont aucune essence républicaine ni nationaliste du Lumumbisme pur. On l’a vu avec l’AFDL qui a exploité le nom de Lumumba, alors que comme on le verra, Laurent Kabila n’a pas fait preuve de nationalisme intégrateur, car il avait indubitablement promu le Katangisme au détriment du nationalisme. Pire, il avait répudié l’héritage de la démocratisation produit pas la CNS et avait répudié l’opposition. Il était indubitablement à l’antipode du canon essentiel de Lumumba pour l’unité nationale. A ce sujet, il convient de souligner que le nationalisme se conçoit  premièrement par rapport à la nation dans la recherche de la cohésion nationale. C’est secondairement qu’il s’envisage par rapport à l’extérieur, car les fragmentations nationales produisent la vulnérabilité exogène. Ensuite, Laurent Kabila s’était aussi distingué par le mental pré-républicain en s’enlisant dans une pratique politique tribaliste d’anéantissement des autres, favorisant l’hégémonie Katangaise.

 

Comme on peut le réaliser maintenant, les Congolais qui n’avaient jamais été les acteurs politiques pendant la colonisation, débutèrent leur expérience de la gestion de l’Etat par le meurtre de celui dont la vision tirait les Congolais de leur cloisonnement dans les ethnies. Eu égard au fait que ce meurtre était aussi organisé grâce aux « mindelé » (blancs considérés comme porteurs d’une intelligence supérieure à l’époque), elle sculpta une image tronquée de la politique dans la psyché des Congolais. Les manœuvres, la manipulation, la falsification de la vérité, la haine et la cruauté qui aboutirent à la tragédie de Lumumba constituèrent, dans la conscience collective, les caractéristiques essentielles de la politique. Dans son inscription sur notre psyché, l’élément respect de la valeur humaine de l’autre, richesse commune, gratitude, loyauté, furent éliminés.

 

C’est d’ailleurs à partir de cette époque que dans le langage courant la politique fut associée à la fourberie (Tshididi, luvunu), à la sorcellerie, au sacrilège, au mensonge. Dans d’autres sociétés, ces traits sont des caractéristiques accidentelles, exceptionnelles de la politique. Lorsque quelques acteurs les pratiquent, ils sont sanctionnés par leur propre conscience qui le pousse à la démission et au suicide. Cela est observé dans les systèmes politiques développés (plus logiques et éthiques) où la société réagit toujours avec vigueur lorsque la fourberie, le mensonge, les contrevérités, surgissent dans la politique. Cette sensibilité éthique des républiques matures à la déviation scandaleuse en politique, est absente au Congo parce que, justement, le mental pré-républicain est dominant.

 

 

Prédicats constitutifs de la démocratie et démocratie à l’africaine

Tiré de l'article très intéressant "La démocratie, une institution qui doit préserver la vie", Réponse à Mahefa Reboza Linigny de Jean-Godefroy Bidima. Cet article publié dans un ensemble très fascinant des sujets sur la démocratie dont nous vous recommandons la lecture sur ce lien :  https://ethiquepublique.revues.org/692

Il faut quand même le dire, car on l’oublie souvent, la démocratie n’est pas le paradis et dans l’histoire des régimes politiques, elle a subi des critiques de toutes parts. Platon, par exemple, ne l’appréciait que moyen­nement ; Nietzsche pensait quant à lui qu’il s’agissait d’un régime grégaire où l’équarrissage par le bas constituait l’une des faiblesses avec cette fausse égalité qui dupe les moins nantis. La démocratie avait aussi, selon certains, des ambiguïtés, car après tout, on ne savait pas trop s’il fallait adopter une démocratie directe avec le risque des décisions démagogiques, immédiates et grégaires, ou alors une démocratie représentative avec pour conséquence la confiscation du pouvoir par ceux et celles qui n’en sont que des délégués. Mais, abandonnons ces pensées curieuses qui soupçonnent la démocratie pour nous pencher sur quatre notions que vous utilisez : l’égalité, la trans­parence, la responsabilité et la primauté du droit.

En Grèce antique, même si l’esclavage était admis, on y trouvait cette notion d’isonomia qui signifiait que tous les hommes (libres) étaient égaux devant la loi, ce qui avait pour conséquence d’exorciser la violence et la peur des représailles. Dans les sociétés traditionnellement hiérarchisées comme le furent certaines sociétés africaines et même malgaches, com­ment faire accepter ce principe d’isonomie ? Y a-t-il des mythes et des éléments des traditions qui mettaient en question ces hiérarchies ? Et comment utiliser ces éléments pour faire comprendre au sein de l’espace public en Afrique et à Madagascar que l’égalité de tous devant la loi est un pilier essentiel de la démocratie ?

La transparence, quant à elle, est requise pour tout ce qui regarde le bien commun. C’est ce que l’on a nommé depuis Kant le principe de publi­cité. Publier, soumettre à l’approbation ou à la désapprobation publique et s’exposer à la discussion sont des actes par lesquels la constitution de l’espace public se fait. Mais, il faut quand même souligner que l’exigence de transparence se heurte au fait que les peuples et les États n’ont pas que des amis et qu’une certaine dissimulation est souvent nécessaire à la survie de certains États et de certains peuples. Comment concilier à la fois l’exigence de transparence, gage de la participation de tous au destin commun, et l’exigence de sécurité et souvent de survie qui requiert la dissimulation ?

Ce qui nous mène au troisième point que vous avez souligné, à savoir la responsabilité. On doit être responsable ; mais que veut dire aujourd’hui être responsable ? Est-ce le simple fait d’avoir l’obligation de rendre compte ? Oui, et il le faut dans des États où règne l’impunité, il le faut aussi là où l’incurie et l’opportunisme sont la loi, il le faut enfin de la part des pays qui peuvent polluer la planète, déclarer les guerres et décréter qui est bon ou méchant. Au-delà de l’obligation de rendre compte, la respon­sa­bilité devrait peut-être avoir un autre sens : celui de sponsor (au sens de « répondre de… »). Qui répond de qui en démocratie ? Souvent, en Afri­que, on pense que les démocraties libérales occidentales, là où l’on répond de ses actes, sont les meilleurs des régimes. Certainement, mais que vaut cette responsabilité-là sans la solidarité, celle qui permet à un sujet, à un citoyen de répondre de son prochain ? Que valent les élections équita­bles (?) dans des pays où les gens meurent de solitude et où les vieillards sont poussés de force dans des hospices ? Que valent ces démocraties où le sujet est jugé à l’aune de ce qu’il gagne ? Que valent ces démocraties où la presse, la politique et tout ce qui s’occupe de l’organisation de la cité restent soumis aux complexes militaro-industriels ? Que vaut la liberté dans ces démocraties-là, là où le mal-vivre est maquillé par la profusion des mar­chandises ? Que valent ces démocraties, là où l’on n’emprisonne plus, mais où tout le monde est emprisonné par la carte de crédit et la dette ? Que valent ces démocraties où les services spéciaux sont au service d’intérêts pétroliers ? Que valent ces démocraties qui peuvent encourager la défores­tation des autres continents qui ne disposent ni des moyens de se défendre ni de l’arme nucléaire et qui, de surcroît, ne font rien sur le plan de l’égalité internationale pour admettre les autres membres du concert des nations au Conseil de sécurité des Nations Unies ? Qui décide de la finance, du com­merce international et de la monnaie ? Toutes ces questions sont essen­tielles pour évaluer les enjeux de la notion de responsabilité liée à la démocratie.

Au fond se profile la question de la souveraineté pour les pays afri­cains. À quelles conditions un pays peut-il être démocrate en manquant de souveraineté ? Une démocratie est-elle viable sans s’assurer d’abord de la souveraineté politique et économique ? Un exemple européen nous éclaire sur cette question : la Grèce voulait faire un référendum – l’un des usages démocratiques destinés à demander au peuple à se prononcer – sur l’emprunt des banques européennes pour le devenir économique de la Grèce. Quel n’a pas été notre étonnement de lire que la Grèce désorga­nise l’Europe et que le référendum serait un danger ! L’un des maillons des pratiques démocratiques serait donc contre les pays « démocratiques » ! Toutes sortes de pressions ont été mises en marche pour stopper ce référendum. Le résultat – au moment où j’écris ces lignes – est qu’il n’y aura plus de référendum au sujet de cet emprunt. La Grèce, pays écono­miquement faible dans l’Union européenne, ne pouvait donc pas avoir la liberté de faire jouer sur son territoire les principes démocratiques au sujet du destin qui est le sien. La question, transposée dans le cadre africain et malgache, serait : qui influence les lois et la politique interne des pays africains ? Être démocrate, c’est aussi avoir la capacité critique et le regard aiguisé de voir que ce que l’on nomme l’intérêt général dans les pays afri­cains ne peut se préserver qu’en tenant compte des pressions que la plupart de ces pays subissent.

Démocratie à l’africaine

Le maréchal Mobutu de l’ex-Zaïre disait – dans une formule célèbre servant à justifier ce qu’il entendait par démocratie à l’africaine et surtout pour refuser le multipartisme – ceci (je cite de mémoire) : « Dans un village africain authentique, il n’y avait pas deux chefs dont l’un de l’opposition. » Dans les faits, Mobutu avait raison, mais ce qu’il oubliait de dire, c’est que l’existence d’un seul chef dans un village obéissait aux critères de contrôle rigoureux de son pouvoir et que les notions d’intégrité et d’assistance aux sujets démunis et fragiles faisaient du chef (l’on me pardonnera d’utiliser l’un des attributs du pape) le Servus servorum (le serviteur des serviteurs). Démocratie à l’africaine est souvent une ruse employée par les Africains pour justifier leur forfaiture ; peut-être faudrait-il utiliser ce terme avec beaucoup de prudence en fournissant au lecteur des repères. Une démocratie à l’africaine serait celle qui, respectant ce qu’il y a de précisé­ment inviolable en l’être humain (et qui est, de ce fait, universel ou universalisa­ble), essaye de tisser les fibres du vivre-ensemble en tenant compte non seulement des aléas du temps mais aussi du rythme et de la vitesse d’évolution propres à une société. La démocratie n’est pas vécue dans des sociétés qui ont une structure familiale étendue de la même manière que dans des sociétés à structure familiale nucléaire. Comment partager une idée pendant une campagne électorale sans attirer les atavismes du phénomène tribal qui restent encore présents ? Peut-on éduquer les gens à la citoyenneté en faisant abstraction de leurs ancrages symboliques ? Le citoyen qui a des droits a aussi des dettes de sens. Il est d’abord un être situé au sein d’une famille, il peut ensuite être membre d’une religion. Dès lors, dans quelle mesure ces institutions contribuent-elles à l’implantation ou au renforcement de la démocratie en Afrique et à Madagascar ? Ou alors, dans quelle mesure les freinent-elles ? La notion de démocratie à l’africaine exige de nous, Africains et Malgaches (c’est la même chose d’ailleurs !), que nous nous interrogions sur le temps et l’action. S’agissant du temps, il faut envisager le court, le moyen et le long terme et quant à l’action, il faut distinguer l’exigible et le faisable. La vraie question dans nos exigences de démocratie sera de mettre un accent particulier entre l’accompli et l’inaccompli.

Vos propositions (viables et vitales)

Dans les deux qualificatifs (viables, vitales) qui sont utilisés dans la der­nière partie de votre texte se trouvent de manière implicite deux vocables essentiels : la voie (via, en latin) dans la viabilité et la vie (vita, en latin). Peut-être que l’essentiel de la démocratie est de trouver une VOIE afin de sauver ce qu’il y a de plus essentiel, la VIE. Votre propos, qui est un appel à une vie avec les autres qui soit digne d’être vécue, insiste sur la voie à sui­vre, et c’est par rapport à cette exigence que vous proposez l’éducation comme l’un des moments forts de la démocratie. Éduquer, c’est conduire, mener vers une destination, c’est aussi donner une forme à quelque chose ou à un sujet. Dans cette éducation, je pense qu’il faudrait insister sur un point, soit la notion d’autocritique. Une éducation qui n’admet pas l’autocritique est condamnée à reproduire les mauvais travers liés à la violence et à la démagogie. Or, cette autocritique est souvent absente chez les intellectuels africains qui, après avoir critiqué la colonisation, ont pris pour bouc émissaire l’État postcolonial. L’autocritique consiste à dire que pour revendiquer des droits, il faut être droit. Sommes-nous droits, nous qui réclamons des droits ? Que signifie la droiture dans une Afrique qui est appauvrie et devenue par le fait même le terrain propice aux expéri­mentations idéologiques de toutes sortes ? L’éducation à la démocratie est alors quelque chose qui doit être fondé, dans le cadre de l’Afrique, sur la famille en tant que socle imprimant des valeurs. Or que voit-on ? La famille est le premier corrupteur. La nomination à un poste dans la gestion des fonds publics est tout de suite compensée par une terrible pression venant de la famille qui veut, elle aussi, « manger » (l’expression est typi­que­­ment camerounaise). L’éducation doit aussi reposer sur des utopies. La dimension utopique manque dans les projets éducatifs africains. L’utopie n’est pas ce qui ne peut jamais arriver, mais ce qui n’a pas encore eu lieu et c’est ce « pas encore » qu’il faut réactiver dans toute société qui veut se renouveler et créer. Une éducation n’est pas la simple reproduction, elle est aussi création. Créer, c’est non seulement imiter certains modèles, mais encore oser aller vers le non encore pensé et le non-encore prévu. Cette dimension du non encore est aujourd’hui moquée par l’esprit du manage­ment qui accompagne la « démocratie ». Le management domine le monde et son esprit souffle pour donner à ceux dont l’efficacité n’est pas la donnée culturelle fondamentale l’impression d’être dans la sous-humanité. Ce management, encouragé par la finance, promeut aussi une démocratie qui voudrait des citoyens sans ancrage :

[…] l’ordre rationaliste occidental ridiculise les anciens styles et pro­meut un univers des déracinés […] le messia­nisme industriel modernise la mise en scène qui a fait de l’Occident transconti­nental, ce qu’il est, la civilisation du Texte judéo-chrétien marié à l’idée gréco-romaine d’Empire universel. Cette civilisation a fabriqué l’instrument institutionnel de série ; l’État et son double, la gestion rationnelle de la société (Pierre Legendre, Dominium Mundi. L’Empire du Management, Paris, Mille et une nuits, 2007, p. 53-54).

La démocratie promue pour le tiers-monde depuis Paris, Washington, Pékin, Londres et Moscou ne marchera pas en Afrique et à Madagascar dans la mesure où elle transporte avec elle un esprit qui n’est plus celui de création mais d’ajustement et de conformité au modèle dominant. Le nouveau messianisme de la « démocratie », celle qui est imposée aux peu­ples avec des canons et le chantage de la dette, est aussi celui qui promeut le tribalisme en Afrique et à Madagascar. Les tribus africaines sont : Exxon, Mobil, Agip, Elf, etc., et les guerres tribales qui s’y livrent devraient pous­ser les Africains que nous sommes à réactiver ce qui, au sein de nos sociétés, est de l’ordre de l’instituant et qui préserve la vie.

Voilà, cher Mahefa, les pensées qui accompagnent votre admirable diagnostic et votre prospective sur le devenir des Africains et des Malgaches.

 

L'influence des sociétés multinationales dans la balkanisation de la RDC

par Guylain NGELEKA MUKENDI 

Université de Kinshasa - Gradué en relations internationales 2010

La République Démocratique du Congo est un pays riche et envié, caractérisé par les merveilles de la nature. C'est un pays convoité par les grandes puissances du monde. Dès qu'il fut découvert, les explorateurs ont, après quelques temps, constaté que le pays avait des richesses très importantes qu'il fallait exploiter. Les rapports sur ce pays touchèrent la Belgique qui s'intéressa rapidement. Cela n'allait pas laisser indifférente les autres puissances qui s'exprimaient à travers les sociétés multinationales.

Problématique

Les belges avec le Roi Léopold II se firent remarquer chez les autres grandes puissances par les richesses qu'ils exploitaient en RDC. De là, les grandes puissances solliciteront de pouvoir eux aussi prendre part à l'exploitation des ressources de la RDC. A cette occasion, Certaines conférences internationales seront faites pendant cette période coloniale sur le Congo concernant sa répartition par les grandes puissances pour explorer ses richesses et faire bénéficier leurs pays de celles-ci. Sur ce, l'Angleterre dès le début du 19 siècle demandera à la Belgique de se partager la RDC en deux c'est-à-dire d'Est à l'Ouest1(*).

A partir de la conférence ayant amené la réalisation de la charte2(*) coloniale, les grandes puissances se sont entendus de pouvoir accéder et exploiter le Congo comme un bien commun. Les milieux maritimes et terrestres seront analysés au peigne fin pour l'exploitation des ressources importantes qui seront collectées. Mais le fait de laisser le roi belge toujours propriétaire ne semblait toujours pas plaire aux autres grandes puissances. Le droit d'exploitation pouvait un jour cesser. D'où le partage du Congo paru à l'horizon car plusieurs Etats qui étaient intéressés ont cherché de pouvoir posséder un espace pour l'exploiter.

Cependant, malgré l'attraction et l'intérêt des autres puissances, la Belgique garda la propriété du Congo et continua sa gestion. Mais celle-ci ne durera plus longtemps car de nombreuses pressions vont contraindre le roi Léopold II à l'occasion de livrer aux grandes puissances le droit d'exploiter ensemble les richesses naturelles du Congo. Pour perpétrer cette exploitation, les occidentaux vont installer des présidents à leur solde à l'instar des présidents marionnette.

Aujourd'hui en République Démocratique du Congo, nous palpons encore cette opposition entre la souveraineté du Congo et l'impérialisme des grandes puissances. Ainsi nous assistons aux conflits qui se livrent dans le pays, principalement à l'Est avec son chapelet à mater donne des viols des femmes, des enfants, des tueries atroces. Le coût humain résultant de ces conflits est certainement élevé et peut-être précisément évalué entre 6,9 à 10 millions de morts.3(*)

Tous ces évènements, ont suscité en nous les questions suivantes :

§ les Sociétés Multinationales ont-elles une influence sur les conflits armés en RDC ?

§ Les Sociétés Multinationales ont-t-elles des intérêts à la balkanisation de la RDC ?

* 1 Interview du Professeur ELIKIA MBOKOLO, dans une émission sur B-one lors de la présentation de son nouveau documentaire « les héritiers d'Afrique ».

* 2 SAMBA KAPUTO, l'histoire politique du Congo, G1 RI, Faculté S.S.A.P, UNIKIN, 2007-2008

* 3 Conférence débat sur les 6,9 millions de morts et le Tribunal International, avec Monsieur Freddy MULUMBA Directeur Général Télé 7 et al.

suite cliquez sur ce lien:

http://www.memoireonline.com/06/12/5962/m_L-influence-des-societes-multinationales-dans-la-balkanisation-de-la-RDC0.html#toc7

 



 

La promotion de la démocratie : une impasse théorique ?

par Florent Guénard 

La promotion de la démocratie repose, depuis le début des années 1990, sur une conception restreinte du régime démocratique et sur une interprétation discutable de l’histoire. C’est ce que révèle l’étude des débats qui ont animé les democratization studies aux Etats-Unis.

Ronald Reagan, dans son discours au Parlement britannique en juin 1982, place la défense de la démocratie au cœur de la guerre froide : celle-ci n’aura de fin que lorsque la démocratie l’emportera dans la bataille idéologique qui l’oppose au totalitarisme. Les democratization studies ne sont pas extérieures à cette bataille. La revue Journal of Democracy en témoigne. Créée et financée par le National Endowment for Democracy (organisme semi-public fondé en 1983 par l’administration Reagan et destiné à être le fer de lance du combat d’idées et de valeurs contre l’URSS), elle veut jouer pleinement son rôle dans l’exportation du modèle démocratique. Elle témoigne également des difficultés théoriques qui ont accompagné la promotion de la démocratie au cours de ces vingt dernières années [1].

Trois raisons, au moins, poussent à prendre le Journal of Democracy comme objet d’étude.

1°) Cette revue a été et est encore sans doute un espace où ont écrit, où ont débattu toutes les grandes figures des democratization studies, parmi lesquels Larry Diamond et Mark Plattner, qui ont fondé la revue et l’ont toujours dirigée, Francis Fukuyama, Samuel Huntington, Philipp Schmitter, Juan Linz, Alfred Stepan, Robert Dahl, Seymour Lipset, Guillermo O’Donnell, Thomas Carothers, Laurence Whitehead mais aussi, plus occasionnellement, des penseurs comme Amartya Sen ou Adam Przeworski. Les nombreux débats qui ont eu lieu dans les pages de cette revue, les nombreuses discussions qui ont opposé ces auteurs rendent sensibles les difficultés, les tensions, les points d’achoppement que rencontre le projet de promotion de la démocratie, en particulier dans la définition des concepts qui fondent sa justification théorique.

2°) Le Journal of Democracy porte une grande attention à l’évolution des processus de démocratisation, dont les conditions changent assez radicalement, au cours de ces quinze ou vingt dernières années. Prêter attention à la transformation des questions qui sont abordées dans cette revue permet ainsi de mesurer cette évolution — ce que nous aurons l’occasion de vérifier.

3°) La troisième raison est liée moins au contenu ou à l’histoire de cette revue qu’à son statut, du moins à celui que lui assignent ses deux directeurs et fondateurs, Mark Plattner et Larry Diamond, qui appartiennent tous deux assez nettement au courant néo-conservateur (le premier a dirigé la revue The Public Interest, autour de laquelle s’est organisé ce courant [2], le second est lié à la Hoover Institution). Dans l’exposé des principes de la revue, au début du premier numéro [3], les deux directeurs insistent sur la nécessité pour les défenseurs de la démocratie d’unifier et ainsi de rendre plus solide leur discours face aux idéologies anti-démocratiques. C’est à cela que doit servir la revue selon eux : à opposer aux idéologies autoritaires et totalitairesune défense militante de la démocratie, qui consiste à montrer, j’y reviendrai, que la démocratie est le seul régime légitime.

Or, l’analyse des contributions les plus importantes révèle que les difficultés théoriques rencontrées dans la promotion de la démocratie ne tiennent pas seulement à l’histoire complexe des processus de démocratisation, qu’on peine à comprendre et à prévoir. Elles tiennent plus essentiellement, me semble-t-il, à l’effondrement des modèles, des paradigmes autour desquels elle s’est structurée. Cet effondrement a plusieurs raisons : il tient à l’impossibilité où s’est trouvé cette entreprise de promotion de séparer discours scientifique et discours normatif, aux obstacles rencontrés dans la justification d’un discours universaliste, mais aussi peut-être au travail équivoque qui fut mené, au début des années 1990 au moins, sur une notion en elle-même équivoque, celle d’idéologie.

Plattner, faisant le bilan en 2005 des quinze années d’existence de la revue, distingue trois périodes dans l’histoire de la revue [4] :

— dans un premier temps, les débats se sont structurés autour de l’idée de transitiondémocratique. C’est, si l’on en croit Plattner, l’objet principal des cinq premières années d’existence de la revue.

— ensuite, les débats, dans les années suivantes, ont porté davantage sur la question de la consolidation des nouvelles démocraties.

— enfin, l’interrogation sur la démocratisation se déplace après le 11 septembre, et met en question la plupart des modèles sur lesquels elle s’était organisée.

Nous suivrons, dans notre réflexion, cette périodisation.

I. La troisième vague et le projet d’une idéologie démocratique

1. La démocratie comme régime légitime

Lorsque M. Plattner et L. Diamond fixent l’objet du Journal of Democracy dans les premières pages de la revue, ils insistent sur deux propositions qui à leurs yeux légitiment leur entreprise. Une donnée anthropologique d’abord : de toute évidence, il existe un désir universel de liberté. Celui-ci est rendu manifeste par un fait historique, ensuite : la résurgence de la démocratie depuis la fin des années 70 et le début des années 80. Ce mouvement historique des peuples vers la démocratie est présenté comme le fondement de ce qu’on peut appeler une entreprise d’idéologie démocratique dont la revue veut être le centre nerveux. C’est ce que Samuel Huntington a appelé « la troisième vague », dans un ouvrage célèbre [5] dont il résume l’essentiel dans le Journal of Democracy [6]. Trente pays entre 1974 et 1990 connaissent un mouvement de transition vers la démocratie. Cette vague succède à deux autres mouvements vers la démocratie. Le premier des années 1820 à l’année 1926 : 29 démocraties voient le jour. Ce mouvement est interrompu par la naissance de régimes autoritaires, à la fin des années 20 et au début des années 30. La deuxième vague a lieu après la deuxième guerre mondiale : en 1962, on compte ainsi 36 démocraties.

Cette troisième vague de démocratisation correspond à l’effondrement d’un certain nombre de régimes autoritaires en Europe occidentale (au Portugal en 1974, en Grèce la même année, en Espagne en 1975), en Amérique Latine (Pérou en 1980, Argentine à partir de 1982 et la guerre des Malouines, Uruguay en 1983, Brésil en 1984), en Asie du Sud-Est (aux Philippines en 1986, en Corée du Sud en 1987, et, dans une certaine mesure, à Taiwan l’année d’après). Elle est également évidemment liée à l’effondrement du système totalitaire soviétique en Europe de l’Est, à partir de la fin des années 80.

Or, rassembler toutes ces transformations démocratiques et les associer dans ce que Huntington, comme à sa suite la grande majorité des contributeurs au Journal of Democracy, appelle une « vague » n’est pas sans signification.

D’abord, s’il y a « vague », c’est parce qu’à leurs yeux on peut lire dans ce mouvement historique une relation en chaîne. C’est ce que Huntington appelle « l’effet boule-de-neige » (« snowballing ») : la démocratisation appelle la démocratisation, la transition vers la démocratie dans un Etat inspire la transition dans un autre Etat.

Ensuite, si l’on peut rassembler ces transitions démocratiques dans un même ensemble (qui ouvre proprement l’âge de la démocratie selon Huntington [7] ), c’est parce qu’une même causalité est à l’œuvre : si ces régimes autoritaires se sont effondrés, c’est parce qu’ils ont fini par manquer de légitimité aux yeux de leurs populations, et avant tout aux yeux des élites. Certes, il existe d’autres facteurs : la croissance économique sans précédent des années 60, l’évolution de l’Eglise catholique, particulièrement depuis Vatican II, qui est devenue une force d’opposition à l’autoritarisme, enfin les changements dans les politiques étrangères des Etats-Unis et de la Communauté européenne. Mais le manque de légitimité paraît premier [8].

Or, sur ce point, il faut distinguer dans cette vague de démocratisation régimesautoritaires et régimes totalitaires. Si le manque de légitimité des premiers n’est pas étonnant, en ce qu’ils s’appuient en règle générale sur une minorité mettant à son service institutions et forces armées, la faiblesse idéologique du totalitarisme socialiste est plus surprenante : ce qui semblait caractériser ce type de régime, c’était l’adhésion massive du peuple aux institutions et au système de valeurs socialistes. C’est du moins de cette manière qu’il apparaissait à la plupart des analystes occidentaux : un régime capable de se perpétuer indéfiniment parce que le contrôle sur la vie des citoyens était total, un régime capable de se propager à d’autres Etats [9]. Autrement dit, la délégitimation du régime socialiste aux yeux de sa population a remis au cœur de la politique ce qui n’avait été traité que marginalement dans la pensée politique moderne selon les fondateurs du Journal of Democracy : la politique, c’est d’abord l’adhésion d’un peuple à un régime.

C’est bien à un travail sur l’idée d’idéologie que le Journal of Democracy invite : redonner un sens positif à l’idéologie, entendue non comme la justification d’une domination, mais comme le système d’idées et de valeurs auquel on adhère consciemment et rationnellement, conférant ainsi à ce système sa pleine légitimité. Adhérer à la démocratie, c’est adhérer d’abord, en premier lieu, à l’idéologie démocratique [10].

Or, s’il n’y a pas de démocratie sans démocrates, s’il n’y a pas de démocrates sans choix rationnel de la démocratie, alors on comprend que le projet du Journal of Democracy soit entièrement justifié aux yeux de ses fondateurs : promouvoir la démocratie, c’est travailler à éclairer les consciences (particulièrement les élites) — c’est travailler à la science de la démocratie.

2. Démocratie et capitalisme

Mais surgit alors une première difficulté : quelle est la place du développement économique dans cette vague de transition ? S. Huntington, lorsqu’il théorise la troisième vague, mentionne la croissance économique des années 60, mais sans s’interroger sur le statut d’un tel facteur : est-ce une condition nécessaire ? une condition nécessaire et suffisante ? une cause occasionnelle ? Or, la question est décisive pour le projet général du Journal of Democracy. On peut la formuler de cette manière : le désir de démocratie est-il strictement politique ou n’est-il que la conséquence des aspirations de l’homo economicus ? Faut-il donner raison au modèle développementaliste qui a triomphé dans les années 60, et qui subordonnait la promotion de la démocratie à la mise en place d’une économie de marché et à un niveau de développement économique conséquent ?

Un tel problème, duquel dépend la manière dont on conçoit la promotion de la démocratie, est longuement discuté dans un numéro de la revue consacré à la célébration du cinquantième anniversaire de la parution de Capitalisme, socialisme et démocratie de Joseph Schumpeter [11]. Dans cet ouvrage, Schumpeter avance deux thèses fondamentales.

D’une part, la décomposition de la société capitaliste est inévitable, notamment parce que l’éthique du bourgeois entrepreneur, en butte à une hostilité croissante de la part des élites, ne cesse de s’affaiblir.

D’autre part, alors même que le capitalisme a produit la démocratie, il n’existe aucune incompatibilité entre celle-ci et le socialisme.

L’essentiel du débat dans ce numéro du Journal of Democracy s’organise autour de la deuxième des thèses avancées par Schumpeter, soit la question du lien entre démocratie et capitalisme. Les contributions dans ce numéro sont nombreuses et diverses. Trois arguments émergent cependant.

1°) La relation entre démocratie et capitalisme est considérée comme asymétrique : certes, il n’y a pas de démocratie sans capitalisme, mais l’histoire enseigne que le capitalisme peut triompher sans régime démocratique. Nombreuses sont les contributions qui citent les quatre dragons asiatiques (Corée du Sud, Taiwan, Singapour, Hong-Kong), où l’autoritarisme politique semble favoriser le dynamisme économique [12]. Si la démocratie sert le capitalisme, notamment parce qu’elle donne toute sa place à la société civile, ou parce qu’elle garantit les droits individuels, la réciproque n’est nullement évidente.

2°) Elle l’est d’autant moins qu’on peut raisonnablement penser qu’une économie de marché enveloppe un certain nombre de menaces pour la démocratie, dont Robert Dahl montre la logique. Si la corruption est la première et la plus visible de ces menaces, elle n’est pas la seule. Ainsi, le marché produit inévitablement des inégalités. En conséquence, la démocratie n’est préservée que si l’on fait appel à la vertu publique des plus défavorisés. Si cette vertu vient à manquer, il n’est d’autre solution que d’imposer la liberté de marché à ceux qui n’en bénéficient pas, cette imposition étant évidemment contraire aux principes de la démocratie libérale [13].

3°) S’il existe un lien empirique et historique indéniable entre démocratie et capitalisme, il reste qu’on peut considérer que les raisons d’un tel lien sont extérieures au champ économique lui-même. C’est la thèse que défend F. Fukuyama : le développement économique libère les hommes des soucis matériels et laisse ainsi le champ libre à l’expression d’un désir profond et constitutif de reconnaissance que seule la démocratie libérale peut satisfaire [14].

Le désir de démocratie étant fondamentalement politique, et non économique, l’entreprise du Journal of Democracy semble pleinement justifiée : promouvoir la démocratie, c’est donc promouvoir l’idée démocratique, particulièrement auprès des élites dont le rôle fut décisif dans les transitions de la troisième vague. L’essentiel de la tâche que peut se fixer une science militante de la démocratie consiste à prévenir les désenchantements qui menacent les nouvelles démocraties [15]. Faute de satisfaire les espoirs d’une population enthousiaste, désireuse de voir le nouveau régime assurer à la fois la prospérité, l’ordre, la justice et la sécurité, ces nouvelles démocraties peuvent s’en trouver délégitimées, et en conséquence affaiblies [16]. Ce qui importe est donc de prévenir les illusions qui peuvent entourer l’idée démocratique en période de transition, notamment et surtout en travaillant à sadéfinition. La tâche de revue comme le Journal of Democracy consiste en quelque sorte à aller contre l’enthousiasme général pour la démocratie, qui travaille contre la démocratie [17] ; elle consiste, autrement dit, à limiter sa compréhension, à la resserrer sur une définition minimale (et d’inspiration schumpéterienne [18]), voire procédurale. Ce qui caractérise ainsi la démocratie, c’est la compétition pour le pouvoir à travers des élections libres et concurrentielles. C’est également, en conséquence, la responsabilité des élus devant les électeurs [19]. Mais de la démocratie, on ne doit attendre ni efficacité économique plus grande, ni justice sociale plus accomplie [20].

II. De la transition à la consolidation : retour critique sur la troisième vague.

1. Universalisme démocratique et particularités locales

La promotion de la démocratie ainsi conçue ne peut ainsi se déployer qu’à partir d’un fondement universaliste. Il est possible de faire abstraction des conditions locales et historiques parce que la démocratie est comprise avant tout comme l’expression d’un choix rationnel — plus encore comme l’expression de la rationalité achevée (seule la démocratie permet l’adhésion pleine et entière à un régime, parce qu’elle seule garantit l’autonomie des individus). Une telle position conduit inévitablement à faire de l’élection (processus de choix) l’essence même de la démocratie.

Cependant, il apparaît très vite qu’une idéologie démocratique ainsi construite repose sur un certain nombre d’hypothèses lourdes de conséquence. Il en est ainsi de la définition minimaliste de la démocratie : ce qu’on gagne en extension (une définition permettant de regrouper différentes expériences de transitions démocratiques), on le perd inévitablement en compréhension. Comme le souligne L. Diamond, l’évolution de la troisième vague requiert que l’on puisse distinguer les véritables démocraties (les démocraties libérales) des pseudodémocraties (démocraties seulement électorales) [21]. Certaines démocraties ne sont que de façades, il importe de ne pas identifier gouvernement démocratique et régime démocratique [22]. Il est donc nécessaire de convoquer d’autres critères afin de déterminer, parmi les nouvelles démocraties, celles qui en méritent l’appellation. Tous les contributeurs s’arrêtant sur une telle question semblent s’accorder sur un point : une démocratie est pleinement elle-même lorsque la règle démocratique est reconnue par l’ensemble de la population comme la seule règle du jeu (« the only game in town ») [23].

Toutes ces remarques conduisent à écarter le concept de transition au profit de celui de consolidation, qui semble plus adapté pour comprendre comment une démocratie parvient à s’installer dans la culture et dans les mœurs politiques [24]. C’est ainsi à un double changement de perspective que la réflexion sur la démocratisation est conviée : d’un point de vue conceptuel, c’est l’approfondissement de la démocratie, et non son extension qui doit être pris comme objet ; d’un point de vue historique, l’idée de vague fait place à celle de stase [25].

Toutefois, ce changement d’objet ne doit pas dissimuler qu’il s’accompagne de déplacements théoriques d’importance.

— D’abord, si le concept de transition, comme on l’a souligné, tirait sa validité de son universalité, en revanche celui de consolidation semble devoir être nécessairement particularisé. Il existe en effet diverses voies vers la consolidation [26]. Autrement dit, la démocratisation ne saurait simplement comprendre la mise en place d’élections libres et compétitives. Le monisme électoral tend à cacher le pluralisme des voies.

— Ensuite, dans les réflexions sur la consolidation, l’accent est mis non sur l’extension de la démocratie, mais sur sa conservation. D’une réflexion sur l’espace, sur les zones géopolitiques, on passe à une interrogation sur la durée. Or, ce déplacement conduit à une difficulté à la fois classique et majeure : pour conserver une démocratie, ne faut-il pas faire appel à des mesures non démocratiques ? Mais n’y a-t-il pas là une contradiction majeure, entre la fin et les moyens, entre les impératifs de la légitimité et les nécessités de la conservation [27] ? Cette contradiction semble un point d’achoppement dans ces réflexions sur la consolidation. Ainsi, soit on accepte que, dans les nouvelles démocraties on puisse invoquer l’état de nécessité afin, par exemple et comme cela a pu se faire en Amérique Latine [28], de concentrer les pouvoirs exécutifs et de gouverner par décrets, mais alors, on prend le risque de voir s’inverser le processus de démocratisation ; soit on évite tout recours à l’état d’exception, en considérant que les nouvelles démocraties ne sont pas suffisamment établies pour le contrôler, mais alors on s’expose à voir certaines forces non démocratiques s’emparer du pouvoir par le jeu des élections.

— Enfin, si les considérations économiques semblaient devoir être écartées des réflexions sur la transition démocratique, parce qu’elles peuvent égarer quant aux causes qui poussent à sortir des régimes autoritaires [29], en revanche il paraît absolument nécessaire de les réintroduire lorsqu’on considère la consolidation des nouvelles démocraties. Autrement dit, si le développement économique n’est pas une précondition de la démocratisation, il est une condition d’une démocratie durable. C’est du moins ce que met en évidence la contribution essentielle d’Adam Przeworski, qui montre que si une démocratie peut s’installer dans un pays pauvre, l’expérience enseigne que le niveau de développement économique, accompagné de la volonté de réduire les inégalités, est essentiel à la consolidation des nouvelles démocraties [30].

2. Le modèle transitologique en question

Cet ensemble de difficultés va contribuer à mettre en question assez nettement la promotion de la démocratie telle qu’elle s’est théorisée depuis le début des années 1990. Cette mise en question va d’abord porter sur le concept de consolidation, objet d’un certain nombre d’insatisfactions, avant de se déplacer et d’englober le paradigme transitologique lui-même.

La première série de critiques (formulées notamment par Guillermo O’Donnell) s’organise autour de deux grands arguments [31]. Le premier insiste sur l’incertitudequi entoure le concept de consolidation : quand pouvons-nous dire qu’une nouvelle démocratie est consolidée ? A partir de quand des mœurs peuvent être dits démocratiques ? Rien ne permet de penser qu’il existe sur ce point des critères solides (puisque la tenue d’élections libres et compétitives ne suffit pas à caractériser une démocratie consolidée). Le deuxième argument met l’accent sur la dimensionethnocentrique de ce concept [32], qui tend à faire de la démocratie occidentale le modèle de toute démocratisation, ainsi que sur sa dimension téléologique : il tend à assimiler le processus de démocratisation pour un progrès naturel vers le seul régime qui puisse satisfaire le désir universel de liberté [33].

La deuxième série de critiques est plus radicale encore (et a, au sein desdemocratization studies un très grand retentissement). Elle est due à Thomas Carothers (vice président des études au Carnegie Endowment for International Peace), et met en cause le paradigme transitologique lui-même, soit à la fois l’idée de transition et celle de consolidation, qui lui est essentiellement liée. Ce paradigme établit qu’un Etat qui sort d’un régime autoritaire se dirige ipso facto vers un régime démocratique, selon des étapes marquées. Il établit également que les élections sont l’essence de la démocratie, et que les conditions socio-culturelles ne sont pas d’une importance majeure. Autant de propositions que dément, selon T. Carothers, la vague de démocratisation des années 80-90. Car il existe une zone intermédiaire (« a grey zone ») : de nombreux Etats, inclus dans la troisième vague, ne peuvent être qualifiés ni de régimes autoritaires, ni de démocraties [34]. Le paradigme transitologique déforme l’expérience ; il jette un voile sur la singularité des histoires et sur les conditions de la démocratie. Autrement dit, il dessert la promotion de la démocratie plus qu’il ne la sert.

Or, si cet ensemble de critiques est significatif, c’est parce que les réponses qui vont leur être faites vont infléchir nettement non à proprement parler la promotion de la démocratie, mais sa théorisation. Ainsi, les réponses d’une part à G. O’Donnell, d’autre part à T. Carothers, vont insister sur deux dimensions constitutives selon eux de la promotion de la démocratie telle qu’elle s’exerce depuis les années 90. D’abord, sur sa dimension ideal-typique : les notions de démocratie et de consolidation ne prétendent pas s’accorder avec exactitude à l’expérience historique des peuples, elles ne sont que des modèles permettant aux théoriciens d’appréhender cette expérience [35]. Ensuite et surtout, sur la dimension normative de ces notions : le paradigme transitologique n’est nullement descriptif, il est prescriptif. C’est ce qu’un certain nombre de praticiens de la promotion de la démocratie répondent aux objections de Carothers [36] : que certains Etats soient dans « une zone grise » met certes en cause l’idée que le chemin de la démocratie soit un processus naturel, mais cela n’empêche nullement de le considérer comme un processus décrivantl’établissement du seul régime acceptable. La perspective que les professionnels de la démocratie adoptent n’est pas positiviste : le paradigme sert à fixer le bon chemin. Il détermine les principes qui établissent non ce qui se fait, mais ce qui doit se faire.

De toutes ces remarques émergent deux conclusions. D’une part, le paradigme transitologique ne se fonde plus sur la définition minimale et universelle de la démocratie, mais sur l’universalité que lui confèrent des principes normatifs qui doivent servir non à interpréter l’histoire, mais à la conduire. D’autre part et en conséquence, la promotion de la démocratie semble avoir changé de sens : conçue primitivement comme une réflexion sur la troisième vague qui était censée prévenir les éventuels désenchantements des peuples, elle paraît désormais se penser davantage en termes militants — ou du moins assumer plus nettement sa dimension normative, sans chercher dans l’histoire universelle une quelconque justification.

III. La démocratisation après le 11 septembre : pessimisme historique et incertitudes théoriques

Au début des années 2000, la promotion de la démocratie est confrontée à deux types de problèmes. Les premiers sont théoriques : est-ce que l’écart grandissant entre l’analyse des processus de démocratisation et la volonté d’exporter un régime politique de liberté qu’on suppose fondé sur un désir universel, ne tend pas à faire de la promotion de la démocratie une idéologie, non au sens où ses fondateurs l’entendent, mais au sens, péjoratif, qu’ils entendent précisément écarter ? Le deuxième ensemble de problèmes, davantage historiques, est lié aux conséquences du 11 septembre. Celles-ci mettent sur le devant de la scène des formes en partie nouvelles de démocratisation, qui surgissent non de la révolte des peuples mais de l’intervention extérieure de coalitions internationales. Plus largement, l’Afghanistan et l’Irak rejoignent ainsi la Namibie, le Nicaragua, Haïti, le Cambodge, le Mozambique, la Bosnie, le Kosovo, la Sierra Leone, le Timor Oriental, pour former une nouvelle catégorie d’Etats où la démocratisation rencontrent un certain nombre d’obstacles spécifiques [37].

Or, ces deux ensembles de problèmes vont conduire à de nouveaux déplacements théoriques dans la réflexion consacrée à la promotion de la démocratie, dont leJournal of Democracy témoigne. Il n’est plus question, en effet, de penser les processus de démocratisation comme le fruit, dans la société civile, d’une adhésion rationnelle des élites à un régime, ni comme la conséquence d’un effet « boule-de-neige » au sein d’une vague. Ce nouvel objet conduit à s’interroger à nouveau sur les conditions nécessaires à l’instauration d’un processus de démocratisation (en particulier sur le besoin d’une culture accordée aux valeurs de la démocratie libérale et sur celui de structures étatiques solides, garantissant l’état de droit).

1. Les conditions culturelles.

L’interrogation sur l’accord entre les valeurs démocratiques et les cultures non occidentales devient une préoccupation centrale après le 11 septembre 2001. Elle se déploie dans un champ théorique marqué par l’effet produit par ce qui a pu apparaître à bon nombre de penseurs comme un revirement dans la pensée de S. Huntington. En 1996, dans The Clash of Civilisations and the Remaking of World Order, celui-ci défend la thèse selon laquelle Islam et Confucianisme sont des cultures monolithiques, inévitablement amenées au conflit avec l’Ouest. De là deux conséquences pour la promotion de la démocratie : d’une part, l’Occident ne doit pas penser, sous peine de s’affaiblir, que ses valeurs (au premier rang desquelles figure la démocratie libérale) sont universelles ; ce qui signifie, d’autre part, que la promotion de la démocratie, à laquelle il ne convient pas de renoncer, doit être reconsidérée : elle passe par l’influence des valeurs de l’Ouest sur les cultures non occidentales [38].

La question de la culture démocratique, dans un tel contexte, exige un traitement différent. Les réflexions sur la transition, du moins dans leur première forme, insistaient sur la nécessité que s’installe dans les pays sortant de l’autoritarisme une culture démocratique : une éthique, une pratique, des traditions, des mœurs démocratiques. Mais c’était également pour préciser qu’une telle culture ne pouvait s’installer que dans le temps long, et que la promotion de la démocratie devait mettre l’accent, dans le moment de la transition et dans celui de la consolidation, sur d’autres facteurs (notamment, le premier d’entre eux, sur l’adhésion rationnelle à un régime) [39].

La question à présent est de déterminer si des cultures sont substantiellement résistantes à tout processus de démocratisation. Ce problème est examiné longuement dans les pages du Journal of Democracy. De nombreuses contributions, qu’il est évidemment impossible de résumer, sont ainsi consacrées à l’Islam [40]. Un axe cependant domine : il existe dans la religion islamique une tradition libérale, éclairée, qui s’oppose au fondamentalisme en ce qu’elle refuse l’essentialisme anhistorique. Elle reconnaît, en d’autres termes, l’historicité des expressions de l’Islam, elle est, par conséquent, ouverte aux valeurs de la modernité [41]. Cette tradition éclairée de l’Islam considère que l’homme est né libre, et notamment libre de choisir la pratique de sa foi ; elle considère également qu’il faut défendre les libertés individuelles et le gouvernement limité [42].

De tels arguments permettent de lever les objections de S. Huntington : les civilisations non occidentales ne sont nullement un obstacle à la démocratisation. S’il y a choc, ce n’est pas entre les civilisations, mais à l’intérieur de chaque civilisation [43]. La promotion de la démocratie peut donc conserver sa prétention universaliste.

2. Etat et démocratie

La démocratisation peut-elle se passer d’un Etat solide, assurant ordre et sécurité ? C’est la question que pose à la promotion de la démocratie ce qu’on peut appeler la position « séquencialiste » (« democratic sequentialism ») [44] : celle-ci consiste à affirmer que la démocratisation n’est possible que si peut se mettre en place un Etat relativement impartial, capable de faire régner l’état de droit. La démocratisation, dans cette perspective, n’est pas bonne absolument : elle l’est si les conditions étatiques sont réunies, elle ne l’est pas si l’Etat est faible, dominé par une faction. Or, une telle proposition n’est pas sans conséquence pour la promotion de la démocratie telle que la défend, dans toute sa complexité, le Journal of Democracy et telle qu’elle est réactivée depuis le 11 septembre par l’administration Bush. Elle remet en cause un certain nombre de ses fondements, comme elle pousse à faire retour sur l’analyse de la troisième vague et des processus de démocratisation des années 1990.

La position « séquencialiste » se nourrit du pessimisme qui, depuis la fin des années 90, a gagné les democratization studies. Un grand nombre de penseurs constatent que les processus de démocratisation, loin de conduire à la mise en place de régimes où les libertés individuelles sont garanties et où les pouvoirs sont limités, ont installé des démocraties illibérales, par exemple en Amérique Latine. La plupart de ces penseurs, comme Fareed Zakaria [45], n’écrivent pas dans le Journal of Democracy. Mais la revue se fait cependant l’écho de ce pessimisme, qui contraste avec l’enthousiasme déclenché par la troisième vague, qui menace son projet général [46]et que le conflit en Irak évidemment alimente [47].

Le paradigme transitologique, sur lequel s’est organisée la promotion de la démocratie, considérait l’Etat comme un obstacle potentiel pour une démocratisation poussée. Il fallait limiter ses prérogatives, resserrer sa capacité d’action, dont les régimes autoritaires avaient usé, afin de libérer les forces de la société civile. Mais l’histoire oblige à faire retour sur cet argument. N’a-t-on pas confondu, dans cette analyse, l’extension de l’État et son pouvoir ? L’État autoritaire est un État dont l’étendue est maximale. Il est ainsi répressif ; mais il n’est pas nécessairement un Etat fort, c’est-à-dire capable de faire respecter l’état de droit, d’assurer ordre et stabilité [48]. Au contraire : dans la plupart des cas, les autocrates affaiblissent l’Etat en détournant son appareil à leur profit. C’est en revanche l’inverse pour l’Etat minimal libéral : il est peu étendu, mais puissant, parce que concentré sur ses tâches essentielles, et parce que légitime aux yeux de la population. Or, force est de constater, ce que soulignent F. Fukuyama comme T. Carothers [49], que la démocratisation exige le bon fonctionnement de l’Etat.

Cependant, cette concession aux partisans du « séquencialisme » n’est pas sans difficulté. Il ne suffit pas de dire qu’une transition démocratique ne peut réussir que si l’état de droit est assuré. Encore faut-il, en effet, préciser les rapports qu’entretiennent Etat et démocratie. Et, en la matière, il semble bien qu’on tombe dans un cercle. Car s’il faut un Etat pour qu’il y ait démocratie, cet Etat ne doit pas être autoritaire (incapable d’assurer l’état de droit) ni être le produit d’une intervention étrangère (car alors ses institutions manquent de légitimité). Il y a bien dilemme : la démocratisation ne peut réussir que si l’Etat est … pleinement démocratique [50]. Ainsi, la démocratisation dans les pays où s’est produit un conflit et où des forces extérieures sont intervenu rend sensible la nécessité d’un Etat comme impératif premier ; mais elle rend tout aussi sensible l’aporie dans laquelle cette démocratisation se trouve, incapable de lever la contradiction entre la fin (un régime de liberté dans lequel une population se reconnaisse) et les moyens(l’intervention extérieure et la construction ex abrupto d’institutions étatiques que la population est poussée à juger peu légitime).

* *

*

Suivre l’évolution des questions posées dans le Journal of Democracy permet bien de mesurer les difficultés auxquelles les democratization studies sont confrontées. La revue, dans ses premières années, se posait la question des rapports entre démocratie et capitalisme ; elle avait tranché au profit d’une interprétation politique des processus de démocratisation. Se pose, après le 11 septembre, une question analogue, entre Etat et démocratie. Mais la réponse semble plus délicate, presque aporétique. Le décalage entre ces deux débats est symptomatique de la difficulté qu’éprouve la promotion de la démocratie amenée à comprendre comment la démocratie peut naître de la guerre et ainsi coupée de ce qui se présentait comme son fondement au début des années 1990 : l’attrait d’un modèle démocratique qui apparaît, à une population qui y adhère en pleine conscience, comme pleinement légitime.

Pour citer cet article :

Florent Guénard, « La promotion de la démocratie : une impasse théorique ? », La Vie des idées , 28 novembre 2007. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-promotion-de-la-democratie-une-impasse-theorique.html

Notes

[1] Cet organisme, qui n’est ni une agence d’Etat, ni une fondation privée, est destiné, de manière générale, à organiser des programmes de soutien à la démocratisation : par exemple, aider aux financements des forces d’opposition dans un Etat autoritaire, ou exporter les théories occidentales de la démocratie en traduisant les grands textes de la pensée politique, en organisant sur ces questions des colloques ou encore en aidant à la publication de livres ou de recueils d’articles. Sur les origines du National Endowment for Democracy et sur ses missions, voir Nicolas Guilhot, The Democracy Makers. Human Rights and the Politics of Global Order, New-York, Columbia University Press, 2005, p. 83 et suiv. et « Les professionnels de la démocratie. Logiques militantes et logiques savantes dans le nouvel internationalisme américain », Actes de la Recherche en sciences sociales, n°139, septembre 2001, p. 53-65]

[2] Sur ce point, voir F. Fukuyama, D’où viennent les néo-conservateurs ?, trad. D. A. Canal, Paris, Grasset, 2006, p. 47 et suiv.

[3] « Why the Journal of Democracy ? », Journal of Democracy (désormais JOD), vol 1, n°1, janvier 1990, p. 3-5.

[4] « Building Democracy after Conflict. Introduction », JOD, vol 16, n°1, janvier 2005, p. 5-8.

[5The Third Wave : Democratization in the Late Twentieth Century, University of Oklahoma Press, 1991.

[6] « Democracy’s Third Wave », JOD, vol. 2, n°2, printemps 1991, p. 12-34.

[7] « After Twenty Years : the Future of the Third Wave », JOD, vol. 8, n°4, octobre 1997, p. 3-12.

[8] Voir F. Fukuyama, « The Primacy of Culture », JOD, vol. 6, n°1, janvier 1995, p. 8 ; S. Huntington, « Democracy’s Third Wave », art.cit., p. 13 ; Ph. Schmitter, « Dangers and Dilemmas of Democracy », JOD, vol. 5, n°2, avril 1994, p. 57-58.

[9] F. Fukuyama, La fin de l’histoire et le dernier homme, trad. D-A. Canal, Paris, Flammarion, 1992, p. 48 et suiv.

[10] « Ideology (…) is the level of normative beliefsabout the rightness or wrongness of democratic institutions and their supporting market structures (…). [This level] is the sphere of rational self-consciousness, in which changes in perceptions of legitimacy can occur virtually overnight » ,F. Fukuyama, « The Primacy of Culture », art.cit., p. 7.

[11] JOD, vol. 3, n°3, juillet 1992.

[12] Voir en particulier Peter L. Berger, « The uncertain triomph of democratic capitalism », ibid., p. 11 ; F. Fukutama, « Capitalism and democracy : the missing link », ibid, p. 105. Voir également dans un autre volume mais sur le même objet Seymour Martin Lipset, « Reflections on capitalism, socialism and democracy », ibid., p. 52.

[13] Robert Dahl, « « Why free markets are not enough », vol. 3, n°3, juillet 1992, p. 84 et suiv.

[14] F. Fukuyama, « Capitalism and democracy : the missing link », art. cit., p. 106 et suiv.

[15] Ph. Schmitter, « Dangers and dilemmas of democracy », art. cit., p. 72.

[16] S. Huntington, « Democracy’s third wave », art. cit., p. 19.

[17] J. J. Linz et A. Stepan définissent très bien la nature d’un tel projet : « We are (…) convinced that if democratic theorists conceptualize what such obstacles mean and do not mean, this may lessen the dangers of democratic disenchantement and help to identify obstacle-reducing path » (« Toward consolidated democracies », JOD, vol. 7, n°2, avril 1996, p. 23).

[18] Voir Capitalisme, socialisme et démocratie, trad. G. Fain, Paris, Payot, 1990, p. 354 et suiv.

[19] Voir Ph. Schmitter et T. L. Karl, « What democracy is … and is not », JOD, vol. 2, n°3, été 1991, p. 76.

[20] « Democratic governments everywhere (…) are thus constantly tempted to trim their policies with an eye on the next election. This may make good political sense in the short run, but it does not make for good economic policy » (L. Diamond, « Three paradoxes on democracy », JOD, vol. 1, n°3, été 1990) ; « Democratization will not necessarily bring in its wake economic growth, social peace, administrative efficiency, political harmony, free markets (…) », Ph. Schmitter and T. L. Karl, « What democracy is … an is not », art. cit., p. 87).

[21] L. Diamond, « Is the third wave over ? », JOD, vol. 7, n°3, juillet 1996, p. 21 et suiv. Voir également sur ce point Ph. Schmitter, « Dangers and dilemmas of democracy », art. cit., p. 59.

[22] G. O’Donnell, « Delegative democracy », JOD, vol. 5, n°1, janvier 1994, p. 56.

[23] Voir J. Linz et A. Stepan, « Toward consolidated democracies », art. cit., p. 15 ; Ph. Schmitter, « Dangers and dilemmas of democracy », art. cit., p. 58. Sur l’interprétation et le statut d’une telle expression, voir G. O’Donnell, « Illusions about consolidation », JOD, vol. 7, n°2, avril 1996, p. 41.

[24] Voir L. Diamond, « Toward democratic consolidation », JOD, vol. 5, n°3, juillet 1994. Sur le passage du concept de transition à celui de consolidation, voir N. Guilhot et Ph. Schmitter, « De la transition à la consolidation. Une lecture rétrospective des democratization studies », Revue française de sciences politiques, vol. 50, n°4-5, août-octobre 2000, p. 615-631.

[25] L. Diamond, « Is the third wave over ? », art. cit., p. 31 et suiv.

[26] J. Linz et A. Stepan insistent beaucoup sur cette nécessaire particularisation. Voir « Toward consolidated democracies », art. cit., p. 16 ; et, dansProblems of democratic transition and consolidation(Baltimore and London, The Johns Hopkins University Press, 1996), p. 6 et suiv.

[27] Voir Ph. Schmitter, « Dangers and dilemmas of democracy », art. cit., p. 63 ; J. Linz et A. Stepan, « Toward consolidated democracies », art. cit., p. 15 ; S. Huntington, « Democracy for the long haul », JOD, vol. 7, n°2, avril 1996, p. 9 et suiv.

[28] En Argentine, au Pérou, au Venezuela notamment. Voir S. Huntington, « Democracy for the long haul », art. cit., p. 9-10.

[29] Voir G. O’Donnell, « Do economists know best ? », JOD, vol. 6, n°1, janvier 1995, p. 23-24 ; F. Fukuyama, « Confucianism and democracy », JOD, vol. 6, n°2, avril 1995, p. 21-22.

[30] A. Przeworski, M. Alvarez, J. A. Cheibub, F. Limongi, « What makes democracies endure ? », JOD, vol . 7, n°1, 1996. Voir également Stephan Haggard et Robert R. Kaufman, « The challenges of consolidation », JOD, vol. 5, n°4, octobre 1994, p. 6.

[31] Voir G. O’Donnell, « Illusions about consolidation », art. cit. ; Andreas Schedler, « What is democratic consolidation ? », vol. 9, n°2, avril 1998.

[32] « These are polyarchies, but they are neither the ones that the theory of democracy had in mind as it grew out of reflection on the political regimes of the global Nothwest, nor what many studies of democratization assume that a democracy should be or become » (G. O’Donnell, art. cit., p. 43).

[33Ibid., p. 38.

[34] T. Carothers, « The end of the transition paradigm », JOD, vol. 13, n°1, janvier 2002, p. 9.

[35] Voir R. Gunther, P. Nikiforos Diamandouros et H.-J. Puhle, « O’Donnell’s « illusions » : a rejoinder », JOD, vol. 7, n°4, octobre 1996, p. 152.

[36] Ghia Nodia (du Caucasian Institute of Peace), « The democratic path », JOD, vol. 13, n°3, juillet 2002 ; Kenneth Wollack (président du National Democratic Institute), « Retaining the human dimension », ibid. ; Gerald Hyman (directeur du bureau européen de l’U. S. Agency for International Development), « Tilting at straw men », ibid.

[37] Voir le dossier Building Democracy after Conflict, JOD, vol. 16, n°1, 2005.

[38] S. Huntington, « After Twenty-Years : the Future of the Third Wave », JOD, vol. 8, n°4, octobre 1997.

[39] Voir F. Fukuyama, « The Primacy of Culture », art. cit.

[40] Voir les dossiers Democratization in the Arab World (vol. 13, n°4, octobre 2002), What is Liberal Islam(vol. 14, n°2, avril 2003), Getting to Arab Democracy(vol. 17, n°1, janvier 2006) ainsi que les deux dossiers consacrés à l’Irak (vol. 14, n°3, juillet 2003 et vol. 16, n°3, juillet 2005). Voir également entre autres R. Jah

 

Nous étions invincibles, témoignage d’un commando

 Extraits personnels d’un acteur et témoin du rôle de l’armée canadienne au Rwanda et en RDC, Denis Morisset, tirés de son livre intitulé « Nous étions invincibles, témoignage d’un commando », publié en 2008 aux éditions JCL.  Il fut membre de la Deuxième Force Opérationnelle Interarmées canadiennes (FOI2 ou JTF2) de 1993-2001. Une présentation de ce livre dit ceci : « A l’instar du SAS britannique et de la Delta Force américaine, cette unité spéciale d’intervention, selon David Rudd de l’institut canadien d’études stratégiques, « a surtout été mise sur pieds pour infiltrer derrière les lignes ennemies, rechercher des objectifs-clés et les détruire. Ses membres ne sortent pas pour arrêter des gens ou pour distribuer de la nourriture. Ils ont été formés, entre autres pour abattre des cibles. »

Les extraits du livre publiés ici sont en renforcement de ce qu’avait déjà dit les personnes dont Mr Patrick Mbeko dans ses interviews dont l’une très intéressante peut être retrouvée dans ce lien : https://youtu.be/woGtMi2ul68

https://youtu.be/H6vLCk8mSpk

Il faut comprendre les textes ci-dessous en corrélations propos de Mr Patrick Mbeko sur l’intervention des pays comme les USA et le Canada pendant les troubles rwandais de 1990-1994 et leurs implications néfastes sur la stabilité, la démocratisation et l’économie de la RDC.

« Premier extrait publié :

Une fois de plus, le répit est de courte durée. À peine revenus des Balkans, nous refaisons nos bagages, direction le Rwanda. Notre mission : protéger le général Maurice Baril.

(…) Cette mission, sous l'égide de l'ONU et baptisée Opération assurance, a pour but de repérer et, si possible, de rapatrier des survivants du génocide rwandais réfugiés au Zaïre, maintenant coincés entre les rebelles et l'armée zaïroise qui se livrent de furieux combats. (…) Nous avons déjà effectué une partie du trajet quelques jours avant l'arrivée du général. Nous avons accompagné un diplomate canadien en mission humanitaire et nous estimons la route sécuritaire. (…)

L'adjudant donne le signal du départ. (…) Nous savons que ce sera une longue journée et que nous devrons être sur nos gardes à chaque instant. (…) Dans le véhicule de tête, en compagnie de Ted que je côtoie depuis maintenant trois ans, je scrute l'horizon, à l'affût de tout mouvement suspect. Nous sommes armés jusqu'aux dents, casqués et sanglés dans des vestes pare-balles. (…) Ted et moi savons néanmoins que nous sommes en première ligne et que, s'il y a embuscade, il nous faudra nous sacrifier pour sauver celui que nous avons pour mission de protéger. (…)

Le convoi roule depuis des heures, et rien ne vient perturber notre progression. Le général Baril effectue sa tournée comme prévu. Au détour d'une route que nous avons déjà empruntée, un minuscule village apparaît. Lors de notre visite précédente, nous avions été très bien accueillis par les villageois. Cette fois-ci, j'immobilise mon véhicule et ordonne au convoi de faire de même. (…)

Cible parfaite

Derrière, l'adjudant donne aussitôt l'ordre d'emprunter un itinéraire de contournement. (…) Je suis inquiet. Nous n'avons emprunté cette route qu'une fois, et j'en ai retenu qu'une portion de plusieurs centaines de mètres est un lieu idéal pour une embuscade. (…) Nous arrivons au tronçon redouté. (…) La route est remblayée, donc surélevée par rapport au terrain environnant, et les camions y offrent une cible parfaite. (…)

— Embuscade ! Embuscade ! Embuscade ! Un homme touché !

Je hurle dans le micro. Dans un fracas de verre pulvérisé, une balle a traversé le pare-brise et arraché la moitié du visage de Ted. Instinctivement, je fais pivoter mon véhicule de 90 degrés pour bloquer la route. Il me servira aussi d'écran. J'ouvre ma portière et plonge au sol. Un véritable déluge de métal s'abat autour de moi. (…) Je ne pense plus, je réagis. Armé d'un fusil d'assaut C-8, d'une MP5 de 9 millimètres et de 4 pistolets 9 millimètres avec environ 500 balles, je dois faire face seule à un ennemi dont le nombre m'est inconnu pour le moment. (…) Je suis au sol depuis deux minutes et je tire sans arrêt. Dans mon écouteur, une nouvelle me redonne espoir :

— Momo, j'ai réussi à rejoindre les Américains. Ils ont des hélicos en manœuvre dans la région. Ils les envoient.

(…) Seule ma C-8 a une portée suffisante pour riposter adéquatement. Le MP5 et mes pistolets sont inutiles au-delà de 100 mètres et ne servent qu'à faire du bruit et à faire croire à l'ennemi que je ne suis pas seul. Ma réserve de munitions s'épuise rapidement. Je dois prendre un risque. Profitant d'une accalmie dans les tirs ennemis, je me lève d'un seul mouvement et plonge à l'intérieur du Suburban par la portière toujours ouverte. Je rafle tous les chargeurs de mon infortuné compagnon aussi vite que mes mains me le permettent. Je ressors aussi rapidement et m'accroupis au sol. Mes assaillants réagissent trop tard. Le camion est arrosé de dizaines de balles, mais en vain. J'ai repris ma position privilégiée derrière la roue avant. (…)

À ma rescousse

La fusillade dure maintenant depuis 15 minutes. (…) Soudain, je perçois un vrombissement lointain. Deux hélicoptères d'attaque Apache et un Blackhawk de l'armée américaine foncent à pleine puissance vers nous. Les Apache volent en parallèle à une altitude qui les met hors de portée des tirs au sol. Ils entreprennent une première reconnaissance, puis ils plongent vers le sol et attaquent en créant devant eux un immense nuage de poussière. (…) Les survivants s'enfuient, effrayés par la puissance de feu de ces engins. Lorsqu'ils sont certains qu'il n'y a plus de riposte, les deux pilotes stabilisent leur appareil, en vol stationnaire au-dessus de la route, à une centaine de mètres devant la carcasse trouée de mon camion. Pendant ce temps, le Blackhawk resté en retrait vient se poser derrière moi. Les membres de mon unité suivent au pas de course et se ruent à ma rescousse.

(…) Lors de la réunion d'après mission avec les enquêteurs américains, ceux-ci ont déclaré avoir recensé une trentaine de cadavres sur le terrain, dont trois seulement ont été tués par le tir des Apache. Ils ont compté plus de 2 000 impacts de balles sur le Suburban. C'est un miracle que je sois en vie. »

*Les Éditions JCL, avril 2008

Réflexions sur 17 ans de présence de l’ONU en République démocratique du Congo

Avril 2016

« Introduction

 Depuis 2013 et la victoire des forces armées congolaises et des nations unies sur la dernière menace sérieuse contre le régime, le mouvement du 23 Mars (M23), la question de la pertinence de la présence onusienne en République Démocratique du Congo(RDC) se pose de nouveau. A l’instar d’autres présidents de la région, Joseph Kabila entend rester au pouvoir au-delà des limites constitutionnelles et réduire ainsi à néant toute perspective démocratique. Malgré le déploiement de la plus grande force de maintien de la paix (MONUSCO) à l’est du Congo, cette région demeure la périphérie de tous les dangers, soumise au maraudage meurtrier de groupes armées nationaux et régionaux. Enfin, le gouvernement hôte ne cesse de demander le départ de la MONUSCO qui est actuellement la mission de maintien de la paix le plus importante et la plus coûteuse du monde (plus de20 000 hommes et 1.4 milliards de dollars de budget annuel).

 Faire perdurer, sans perspective de progrès, une mission de maintien de la paix dans un contexte du recul démocratique et de dé-légitimation du régime en place s’apparente au mieux à un enlisement volontaire et constitue au pire un risque politique majeur pour les nations unies. Alors qu’en 2016 la mission onusienne de maintien de la paix en RDC va fêter ses 17 ans de présence et qu’une crise électorale semble poindre à l’horizon, une tentative de bilan s’impose. »

Un document très important qui apporte une analyse académique et experte que Kamoto Centre vous propose de lire sur la situation de guerre permanente à l’est de la République Démocratique du Congo. Cette étude est un travail par deux grands auteurs : Marc-André Lagrange, diplômé en développement (ISTOMM) et en gestion des crises (Sorbonne), il travaille sur les conflits en Afrique Centrale depuis plus d’une décennie et Thierry Virculon, chercheur associé a l’Ifri que ceux qui s’intéressent à la géopolitique africaine doivent surement connaitre.

Le document peut -être télécharger ici :

http://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/reflexions_sur_17_ans_de_presence_de_lonu_en_republique_democratique_du_congo_0.pdf

 

La CENI, incompétente à saisir la Cour Constitutionnelle.

Démocratie Chrétienne, DC, parti politique,19/03/2016

La DC dénie à la Ceni le droit de saisir la Cour Constitutionnelle

Le Bureau Politique de la Démocratie Chrétienne s’est réuni ce 18/03/2016 à la suite de l’information relatée par des organes de presse selon laquelle Commission Electorale Nationale Indépendante, CENI en sigle, serait sur le point de saisir la Cour Constitutionnelle, en interprétation de la Constitution, à cause de sa prétendue incapacité à organiser les élections présidentielle et législatives dans le délai constitutionnel.

Il sied de souligner que la Cour Constitutionnelle connait les recours interprétation de la Constitution seulement dans 2 cas et par des sujets bien identifiés :

Article 161, alinéa 1:
La Cour constitutionnelle connaît des recours en interprétation de la Constitution sur saisine du Président de la République, du Gouvernement, du Président du Sénat, du Président de l’Assemblée nationale, d’un dixième des membres de chacune des Chambres parlementaires, des Gouverneurs de province et des Présidents des
Assemblées provinciales.

Et Article 162, alinéa 1:

La Cour constitutionnelle est juge de l’exception d’inconstitutionnalité soulevée devant ou par une juridiction.
Cela étant, le bureau politique de la Démocratie Chrétienne constate ce qui suit :

1. La Commission Electorale Nationale Indépendante, CENI en sigle, n’est pas habilitée à saisir la Cour Constitutionnelle car elle n ‘est pas reprise dans la liste des institutions autorisées à le faire (article 161, al. 1 de la Constitution) ;
2. La CENI n’est pas partie d’un procès au cours duquel une exception d’inconstitutionnalité est évoquée par une des parties (article 162, al. 1, de la Constitution).

Il sied de rappeler qu’en date du 8 septembre 2015, la Cour Constitutionnelle a en effet rejeté partiellement le recours en interprétation introduit par la Ceni, se prononçant plutôt sur la base d ‘un principe flou d’ « AUTO-SAISINE», en vertu d’un pouvoir juridiquement non justifié ni motivé, de « régulation de la vie politique », qui n ‘est nulle part mentionné dans la Constitution et qui énerve fortement l’art. 69 de la Constitution.

Aucune disposition de la Constitution, ni de la Loi organique no 13/026 du 15 octobre 2013 portant organisation et fonctionnement de la Cour ne prévoit le mécanisme d’auto-saisine de la part de la Cour Constitutionnelle.

Vu ce qui précède, la Démocratie Chrétienne INVITE:

a. la CENI à ne pas récidiver, étant incompétente à saisir la Cour Constitutionnelle, comme celle-ci l’a bien reconnu dans son arrêt rendu le 8 septembre 2015 par la Cour Constitutionnelle à la suite de la requête lui adressée par la CENI en interprétation des dispositions des articles 10 de la loi de programmation no 15/004 du 28 février 2015 déterminant les modalités d’installation de nouvelles provinces et 168 de la loi no 06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales.

b. la COUR CONSTITUTIONNELLE à respecter sa mission de dire le droit, dans les limites de ses compétences fixées par les articles 74, 76, 99, 128, 139, 145, 160, 161, 162, 163, 164, 167 alinéa 1èr et 216 de la Constitution, de publier toute opinion dissidente ou individuelle en son sein, et s’assurer que ses décisions ne contredisent ni l’esprit ni la lettre de la Constitution, afin de ne pas perdre de crédibilité dans son rôle institutionnel de garant de l’ Etat de droit et de la hiérarchie entre les sources du droit.

Le bureau politique de la Démocratie Chrétienne estime qu’il serait aberrant, pour la R.D. Congo, de glisser vers une sorte de « gouvernement des juges » qui, en complicité avec certains animateurs des institutions, essayeraient de tordre le cou à la Constitution en vigueur, afin de contourner les dispositions « rigides  et intangibles » de notre Loi Fondamentale qui fixent la durée et  le nombre de mandats des animateurs de plus hautes institutions de la République, car cela minerait les fondations aussi bien de l’Etat de droit que du
principe démocratique.

La Cour Constitutionnelle doit rejeter toute éventuelle saisine provenant de la CENI ayant comme objet l’interprétation de la Constitution, en vue de donner un semblant de « légalité » au glissement électoral, en violation des dispositions « intangibles » de la Constitution.

Fait à Kinshasa, le 19/03/2016,
Vérité et Justice pour le Congo,
pour le Bureau Politique,
Marc Mawete,
Porte-Parole adj.,
Démocratie Chrétienne, DC

 

    
    

Un président diviseur d'une Nation n'est pas digne de diriger la dite Nation: Kabila est un diviseur, donc disqualifié!

 

Par Salomon Valaka 

La nation congolaise, pour tout ce qu'elle est constituée et pour tout ce qu'elle représente, continue à exhiber une face de la honte. Malgré des exploits dans un domaine bien déterminé, le sport, avec la fierté pour nos Léopards d'avoir remporté la coupe d'Afrique des Nations, le pays présente, sur toutes les autreséchelles, y compris le sport, des exemples des divisions. Ce qui est aberranteste fait que ces divisions ne sont pas nécessairement entretenues par les Congolais entre eux mais plutôt institutionnalisées depuis le sommet de l'Etat, plus précisément au niveau de la haute magistrature elle-même, donc Kabila.

Nous lisons que parmi les attributions du chef de l'Etat congolais existe bien le maintien de l'unité nationale dont le président en est le garant. Nous lisons dans l'article 69 de la présente constitution que «Le Président de la République est le Chef de l'Etat. Il représente la nation et il est le symbole de l'unité nationale...»Toujours dans cette même constitution, dans l'article 74, avec son serment solennel constitutionnel, le président de la république, chef de l'Etat promet, entre autre «... de sauvegarder l'unité nationale; - de ne me laisser guider que par l'intérêt général et le respect des droits de la personne humaine; - de consacrer toutes mes forces à la promotion du bien commun et de la paix; - de remplir, loyalement et en fidèle serviteur du peuple, les hautes fonctions qui me sont confiées.»

 Comment alors une institution qui est supposée unir ses filles et ses fils du pays brille dans les divisions au point où le pays connait pratiquement une cassure avec la formation des deux blocs antagonistes qui s'en prennent, jour, matin et soir pour défendre, chacun, des idéaux diamétralement opposés? Devons nous parler encore d'une "Nation" congolaise au point où nous en sommes? Sommes-nous tous les enfants d'une même famille congolaise dont le drapeau est ce symbole qui devrait nous unir encore, car même le drapeau congolais est devenu symbole de division et sa signifiance dépend du groupe qui en fait usage. Comment se fait-il que sous la dictature de Mobutu tout Congolais parlait le même langage, celui de libérer le pays du joug de la dictature mobutienne et comment ce même peuple, aujourd'hui, appauvri jusqu'à la moelle épinière, connait des divisions intenses, ne parlant vrain-ment pas le même langage, une partie supportant, tandis que l'autre condamnant le régime, au point de se demander si tout le monde vit dans le même espace géographique?

 A toutes ces questions, la réponse, aussi dramatique qu'elle apparait, demeure la même: la corruption instituée au niveau de l'Etat.

 La corruption et l'achat des consciences sont les armes de Kabila

Le Congo, entant que pays ne saura jamais sortir du marasme économique dans lequel il se trouve tant que l'on ne résous pas le problème de la corruption dont le phénomène est institué au niveau de l'Etat.

Dans le cas de la RDC, la corruption a été institutionnalisée pratiquement avec l'avènement de la seconde république en 1965. A un moment, Mobutu dira à son peuple, au cours d'un rassemblement populaire que "Bo yibaka moke moke" (voler modestement.) Si l'on doit affirmer que la parole d'un chef a la force d'une loi, l'on comprend alors pourquoi la corruption figure parmi les maux les plus saillants à combattre et donc à éradiquer dans notre pays.

 Dans une ironie du sort la plus sordide, le président Joseph Kabila a eu le courage de citer certains fils du pays comme des agents de la corruption qui devait faire face à la justice. C'est l'ironie du sort la plus sordide si l'on considère son entourage politique, les membres proches de sa famille auxquels il faudra ajouter lui même pour obtenir un tableau complet de la minorité qui nage dans l'opulence; laquelle opulence caractérise l'injustice et la ligue des corrupteurs et des corrompus qui exemplifient ce qui est du mal au Congo.

 La corruption demeure, ainsi, l'héritage le plus incongru que Joseph Kabila aura hérité de Mobutu. Dans le cas en espèce, la corruption c'est cette maladie psycho-pathologique de vouloir confondre le trésor de l'Etat aux avoirs privés du Chef de l'Etat.

 Joseph Kabila qui a donc appris sa leçon grâce aux conseillers mobutistes qui évoluent, comme des sangs sus, au tour de lui, sait que pour autant il va continuer à récompenser un groupe privilégié avec l'achat des consciences, il continuera à nager dans ces eaux minables, infectées et pécheresses d'une société au bord d'éclatement justement à cause des divisions internes qui se sont érigées.

 La division de la société et donc de la nation congolaise par le chef de l'Etat a été, dernièrement et pour la nième fois, mises en exergue avec le retour des Léopards après une prestation élogieuse qui a couronné leurs efforts par l'obtention de la coupe africaine.

 Dans des pays où le chef de l'Etat a encore sa tête sur ses épaules, c'est-à-dire un chef bâtisseur et unifiant la nation, la dite coupe est avant tout une fierté nationale. L'accomplissement de l'équipe nationale étant donc une affaire nationale, il n'était que normal que les joueurs profitent du bain de la foule qui ne cherche qu'à encourager leurs héros. Ce qui s'est passé, au contraire,  est du nouveau que même le dictateur Mobutu n'a jamais osé imposé à sa population.

 Kabila croit qu'en achetant les consciences des joueurs avec des cadeaux fournis, puis distribués avec l'argent du contribuable congolais se positionne comme le président-bienfaiteur de la nation.

 Mais l'achat des consciences ne se limitent pas aux Léopards. Toutes les couches de la nation disposant une parcelle de pouvoir expérimentent ce phénomène: la députation nationale, la magistrature, les officiers de l'armées, les pasteurs de malheur qui se servent de l'Evangile pour pousser leurs agendas (voir Frère Patrice Ngoy Musoko se cachant derrière le dos de Kabila, oh pauvre de nous qui aimons bien ses chansons...), les musiciens...bref tout le monde qui accepte de baiser le cul du "Raïs" est candidat à la gratification puisque la conscience a un prix dans la république bananière de Kabila.

 Or parmi les solutions proposées pour combattre la corruption nous avions recommandé de Rompre définitivement le pont entre la Président de la république et l'accès au trésor public. Nous avions suggéré qu'un article dans la constitution devra, clairement, établir cette loi statuant que le trésor public n'est pas la caisse personnelle du chef de l'Etat et que des déclarations intempestives du genre: "le Chef de l'Etat a accordé un don de...", Le Président vient d'accorder le fond de fonctionnement de ..." doivent êtres bannies du vocable congolais; que le président n'aura ni l'argent, ni le droit constitutionnel d'accorder des dons à qui que ce soit, à part les dépenses légales prévues dans le budget de l'Etat.

 Aujourd'hui avec la pluie des cadeaux distribués aux joueurs, ces derniers sont mis devant un cas de conscience, priant peut-être intérieurement pour le maintient de Kabila au pouvoir mais oubliant qu'ils n'ont peut-être pas des routes sur lesquelles il faudra rouler avec ces Jeeps; que leurs mamans et leurs papas croupissent dans la misère la plus totale et que ces cadeaux risquent de ne plus revenir l'année prochaine lorsque cette même équipe fera face à l'élimination la plus sordide devant une équipe prête à la détrôner.

 Un président de la république doit être au dessus de tout cela. Il est l'homme qui raisonne au niveau le plus solennel pour comprendre que l'unité d'une nation est un devoir sacré pour lequel il devra consacrer son mandat présidentiel.

 Or Joseph Kabila est un diviseur. Actuellement la nation congolaise est devenue une bombe à retardement qui peut éclater d'un moment à l'autre. Devant une police qui, à la place de protéger les faibles, s'est érigée en bourreau contre le peuple, devant une armée dont la mission devra être la protection des frontières nationales mais dont les consignes donnés sont de se maintenir prêt à seconder la police, plutôt à intervenir devant un peuple dégouté, incivique parfois mais qui ne demande que le respect des lois établies et promulguées par le "diviseur", rien ne garantit l'unité nationale.

 Président de la république, Joseph Kabila a simplement échoué de préserver les frontières nationales dont l'Est du pays est devenu un enfer à ciel ouvert, une boucherie humaine où le viol, le vol et la mort sont devenus synonymes du vécu quotidien.  Président de la république, Joseph Kabila a simplement échoué aussi d'unir la nation congolaise. Au contraire, dans le souci de se maintenir, à vie, dans un pays qui ne cherche que d'instituer une démocratie durable, fait continuellement recours à la corruption pour mieux diviser les Congolais marchandant leurs consciences et les opposants entre eux.

 Un président diviseur d'une Nation n'est pas digne de diriger la dite Nation. Kabila est un diviseur, donc disqualifié!

 Salomon Valaka, raleigh, USA

11 février 2016          

 
          

 

L’instabilité en République Démocratique du Congo: entre conflit ouvert, corruption et ingérence économique

Cette analyse s’appuie sur quatre entretiens menés avec  des réfugiés/demandeurs d’asile originaires de la République Démocratique du Congo. Elle est complétée par des informations provenant de sources institutionnelles, d’instituts de recherches, d’articles de presse et de reportages.

 Par Maxime ARQUILLIERE, Daniel RICHARD, Capucine PEIGNIER, Grenoble, 2015

Le conflit à l’est : origines, réalités et persistances

Les combats à l’est opposent plusieurs milices rebelles aux Forces Armées de la RDC, l’armée officielle. Même pour les Congolais, il est parfois ardu de discerner les différents groupes et les nouvelles alliances du fait de leur extrême mouvance et de leur volatilité. Les alliances évoluent sans cesse tandis que de nouveaux groupes apparaissent constamment. Certains sont soutenus par le Rwanda, d’autres par l’Ouganda. Les Forces démocratiques de libération du Rwanda sont l’un des groupes les plus actifs mais aussi les plus incontrôlables composé de réfugiés hutus rwandais. Le M23, quant à lui, est issu d’une scission d’un ancien groupe rebelle, le CNDP, qui avait obtenu des promesses de la part de Kabila qui ne les avait pas respectées. Les FARDC aidées de l’ONU auraient finalement réussi, fin 2013, à vaincre ces rebelles qui avaient réussi à s’emparer de plusieurs villes importantes de l’est du pays,  mais rien n’est encore assuré.

Les Rwandais

Pour la plupart des Congolais, l’élément déclencheur de ce conflit sans fin qui ravage l’est de la RDC a été l’exil des hutus rwandais. Si le degré de responsabilité des hutus n’est que difficilement vérifiable, il semble pourtant clair que le lien causal entre le génocide rwandais et le conflit congolais a engendré une image peu glorieuse des hutus, celle d’intrus sur le territoire congolais, qui ont émigré pour se protéger et ont été accueillis, mais qui revendiquent aujourd’hui abusivement les territoires où ils se sont installés. Pour la population congolaise, cette attitude n’est autre que le témoin du désir ancien du Rwanda d’annexer l’est du Congo, qui regorge de richesses autant que le Rwanda est pauvre en ressources. Cependant, il reste important de souligner qu’on ne peut pas parler de « haine du hutu ». Un quidam congolais n’a pas de mal à côtoyer un hutu, c’est la politique des élites qui dérange et qui engendre cette image de fauteurs de trouble, d’autant plus que les hutus sont peu nombreux, mais occupent des postes clés, ce qui génère de la frustration et des soupçons de favoritisme.

Les Congolais face à la guerre

La guerre à l’est

Aujourd’hui on peut dire que la RDC est divisée en deux parties : l’est et l’ouest. A l’est, le pays est ravagé par les combats impliquant une multitude de milices et les Forces armées de la RDC (FARDC), qui se livrent à une guérilla sans merci ponctuée de pillages – notamment des mines d’or, de coltan, et de minerais – mais aussi de nombreuses exactions sur les populations civiles. Les persécutions sont perpétrées à la fois par les rebelles et par les forces du gouvernement qui ne sont qu’une masse désunie et disparate très mal payée et d’aucun secours pour les civils. Les violences sont de plusieurs ordres : viols et violences sexuelles contre les femmes et les enfants,  torture, exécutions sommaires, pillages, pillonnage d’enfants ou encore enrôlements forcés d’enfants soldats et d’esclaves sexuels. Face à ce déchaînement de violences que rien ne semble pouvoir maîtriser, les populations sont démunies et n’ont d’autre choix que la fuite : le nombre de réfugiés et de déplacés ne faiblit pas depuis le début du conflit.

Le reste du pays

La partie ouest du pays est mieux maîtrisée par les forces du gouvernement et globalement à l’abri des combats. La guerre n’y est pas directe mais pourtant présente. La capitale est ponctuellement touchée par les combats mais continuellement sujette à un climat d’insécurité et d’instabilité. Pour l’ensemble des Congolais, la guerre est omniprésente : « l’Est est comme une partie du corps, quand tu as mal quelque part, la douleur est localisée, mais c’est tout le corps qui la ressent ; si tu as mal au genou tu ne peux pas marcher ». La guerre impacte tout le pays, mine la confiance dans les compatriotes et dans les dirigeants. Tant que la situation à l’est ne sera pas pacifiée durablement, le pays ne pourra pas fonctionner.

La persistance d’un conflit insolvable ?

La persistance de ce conflit et les difficultés à améliorer la situation malgré plusieurs tentatives d’accords de paix relèvent de plusieurs explications.

L’attrait des ressources

L’explication le plus souvent avancée par les Congolais est liée aux nombreuses ressources dont regorge le pays. Ces ressources font le malheur du pays car elles attirent les convoitises, à la fois des groupes armés et des investisseurs étrangers. Les groupes armés profitent de la faiblesse des forces gouvernementales et de leur lenteur de réaction pour prendre possession des mines par la force ; leur mode opératoire est souvent des plus simples : ils exterminent les villageois récalcitrants  et exploitent les plus dociles pour  extraire les minerais et autres ressources disponibles, les payent une misère puis revendent ces matières premières au plus offrant. C’est ainsi que les multinationales étrangères peuvent se fournir en matière première à bas prix mais payées de leur sang par les congolais. Pour eux, les richesses de leur pays sont littéralement pillées et volées par les multinationales étrangères et par les Rwandais, et l’injustice de cette situation n’a d’égal que leur impuissance et leur résignation.

Les dirigeants occidentaux organisent entre eux le pillage des ressources et des populations dans le seul but de s’enrichir car en Europe, ils n’ont plus de richesses, ils doivent les trouver ailleurs.

Une armée faible

Le conflit semble également insolvable pour beaucoup de Congolais du fait de la faiblesse des forces armées du gouvernement. Malgré plusieurs tentatives de restructuration de son armée et notamment l’intégration d’anciens combattants rebelles vaincus1, Kabila n’est à la tête que d’un groupe disparate d’hommes aux intérêts divergents, qui faute d’être payés n’hésitent parfois pas à se livrer aux mêmes exactions que les rebelles qu’ils combattent. La faiblesse de cette armée ne permet donc pas de répondre aux attaques rebelles de manière suffisamment sévère pour faire faiblir les combats. De plus, le « brassage » organisé par Kabila se résume bien souvent à l’intégration de rebelles aux FARDC en échange d’une somme d’argent ou de postes importants, un octroi de privilèges qui n’est pas pour rien dans l’apparition continue de nouveaux groupes armés, avides de pouvoir et d’élévation sociale.

La situation politique en RDC

La RDC est actuellement dirigée par son président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, élu en 2006 puis réélu en 2011. La constitution congolaise n’autorise que deux mandats consécutifs mais nombreux sont les Congolais réalistes quant au pouvoir de Kabila : il détient la majorité absolue à l’assemblée et modifier la constitution à son avantage serait et sera sûrement chose aisée pour lui. Toutefois la gestion de Kabila est plutôt contestée, notamment par les Congolais eux-mêmes qui déplorent la corruption de son gouvernement et le favoritisme systématique qu’il opère en faveur de son ethnie, mais également par la communauté internationale qui par l’intermédiaire de John Kerry a dissuadé Kabila de briguer un troisième mandat.

La présidence de Kabila est également entachée de fraude, ce qui n’est pas pour améliorer son image auprès des Congolais. En 2006, il a bénéficié d’un fort soutien populaire dans beaucoup de régions, notamment au Katanga et au Kivu, mais en 2011 ce soutien n’était que marginal. Pourtant sa victoire, si l’on en croit les résultats officiels, a été écrasante. Les Congolais sont conscients des fraudes, des bourrages d’urnes et de la malhonnêteté de ceux qui les gouvernent, mais le sentiment d’impuissance domine. Kabila dirige l’armée, la police, et n’hésite pas à s’en servir pour réprimer durement les voix contestataires qui osent murmurer leur indignation. Malgré le nombre de témoins (notamment des associations) qui ont pu constater la défaite dans les urnes de Kabila en 2011, nul ne semble en mesure de l’empêcher de se présenter à nouveau.

Face à cet autoritarisme, les partis d’opposition semblent bien impuissants. Même si le soutien populaire ne leur fait bien souvent pas défaut, ils sont souvent peu armés – au sens propre comme au figuré – pour faire face au parti au pouvoir. L’UDPS, principal parti d’opposition qui prône le nationalisme et le retour au pouvoir des « vrais » congolais souffre ces dernières années d’un manque de leadership, son leader Etienne Tshisekedi commençant à prendre de l’âge et à perdre de sa ferveur. En conséquence, personne ne semble pouvoir incarner et unifier suffisamment l’opposition pour que sa voix pèse sur la scène politique et que les revendications de milliers de Congolais qui la soutiennent soient enfin prises en considération. En outre, l’action des partis d’opposition est considérablement freinée par la répression orchestrée par la majorité au pouvoir. Malgré un pluralisme de façade, la plupart des manifestations et meetings politiques sont interdits, les arrestations et détentions arbitraires (accompagnées de tortures) de membres de l’opposition sont monnaie courante. Être actif politiquement constitue un réel danger pour les militants de l’opposition et pour leur entourage qui vivent dans une insécurité permanente.

L’opposition au régime de Kabila n’est pas que politique, elle prend parfois la forme de marches populaires qui rassemblent de nombreux citoyens congolais désireux d’exprimer leur mécontentement mais aussi d’interpeller la communauté internationale pour provoquer une réaction de sa part, comme une mise en application de ses principes de respect des droits de l’homme. Des associations cherchent également à mettre en place des groupes de parole, de réflexion et d’action pour organiser une résistance et faire bouger la situation, mais ces initiatives comme les marches populaires restent fortement muselées par le gouvernement et très risquées pour les participants. Pour autant, contrairement à d’autres pays comme la Côte d’Ivoire qui compte des artistes militants comme Alpha Blondy ou Tiken Jah Fakoly, le milieu de la musique, si importante en RDC, est moins militant que corrompu et acheté par le gouvernement, si bien qu’une des actions les plus importantes de la diaspora congolaise en France a été d’empêcher la tenue de leurs concerts en signe de réprobation.

La lutte politique et citoyenne contre la mal gestion du gouvernement est aussi rendue complexe et risquée par le peu de cas qui est fait de la liberté d’expression en RDC. Les seuls médias qui couvrent l’ensemble du territoire national sont ceux contrôlés par le gouvernement et personne n’est dupe quant à leur neutralité et à leur indépendance : leurs programmes vantent constamment les projets et grands travaux de Kabila (victoire contre une milice à l’est, construction d’infrastructures, etc.) mais n’évoquent jamais les défauts pourtant nombreux de sa politique. Il existe de petits médias indépendants mais leur durée de vie est souvent éphémère du fait des menaces, arrestations ou suspension des programmes qui pèsent sur les médias et journalistes qui osent « démoraliser les soldats ou la population », selon le prétexte officiel mentionné dans les directives du gouvernement.

Corruption et mal gestion : le Congo de Kabila

La corruption est l’un des principaux problèmes qui minent la RDC ; l’argent est systématiquement détourné par les hommes de pouvoir. Les gens qui dirigent sont intelligents et compétents mais n’ont pas de conscience ; une fois au pouvoir, ils perdent de vue l’intérêt général pour ne défendre que leurs intérêts personnels. Plusieurs études ou enquêtes de journalistes étrangers ont révélé les sommes exorbitantes que gagnaient les élites congolaises ; Kabila lui-même possède une fortune incommensurable et des maisons aux quatre coins du monde. L’instabilité politique liée à la guerre à l’est pousse les politiciens à assurer leurs propres arrières plutôt que celles des millions de Congolais qu’ils sont censés protéger.

En conséquence de la corruption et du détournement de fonds systématique, les milliards brassés par le gouvernement – entre les revenus de l’économie, les impôts, l’argent du trafic des ressources ou encore les aides internationales – ne profitent absolument pas aux congolais.

Le problème principal au Congo, c’est que les hommes au pouvoir ne pensent qu’à eux, à leur survie et à leur avenir, ils ne pensent pas à l’avenir des générations futures comme on le fait en occident, c’est pour cela qu’il n’y a pas d’investissements, de construction d’infrastructures et d’amélioration du quotidien de congolais, parce que personne ne voit plus loin que son propre avenir, en tout cas pas ceux qui dirigent le pays.

Kabila entreprend des travaux régulièrement, comme la construction de routes, d’infrastructures, des rénovations de quartiers, mais ces aménagements sont loin d’être suffisants pour les Congolais qui dénoncent – notamment à travers l’opposition – un pseudo développement de façade, qui se limite à la capitale, comme une vitrine de développement. Et en effet de nombreuses difficultés persistent : les services publics congolais sont quasiment inexistants, tous les soins médicaux sont payants et les hôpitaux publics souvent sous-équipés, l’école est payante à tous niveaux ce qui conduit à un taux d’analphabètes problématique chez les nouvelles générations, il n’existe aucun réseau de transport public, et l’électricité fait souvent défaut avec un fonctionnement par alternance entre les quartiers.

Le favoritisme est aussi un fléau car pour accéder aux postes importants, le réseau est plus efficace que le mérite ou les compétences. La corruption est aussi de mise pour ce qui est de  la vie politique : dès qu’un opposant à Kabila commence à se faire remarquer et exprime à haute voix des critiques vis-à-vis de la mauvaise gestion du pays, on achète son silence par des pots-de-vin et des promotions à des postes importants de l’administration. C’est pour cela que l’opposition n’a que peu d’influence, elle ne dure jamais très longtemps car pour ceux qui détiennent le pouvoir et les richesses, tout s’achète. Pour les congolais, ce qui semble faire défaut à la gouvernance congolaise c’est finalement une vision à long terme et un moyen de contrôle sur les dirigeants pour s’assurer que leur objectif principal reste le bien-être de tous.

 

Le Congo est un pays grand comme 4 fois la France, 80 fois la Belgique et potentiellement riche, mais les richesses sont mal redistribuées et l’économie n’est pas bien gérée.

L’ingérence étrangère : entre nécessité et fléau

L’implication d’acteurs étrangers en RDC est installée de longue date, mais elle est de plusieurs ordres.

Le premier type de présence étrangère en RDC sont les ONG ou organisations internationales en mission humanitaire, pour porter assistance aux victimes directes des combats, à l’est surtout donc. Cette aide extérieure est relativement bien accueillie car c’est une nécessité pour les nombreuses victimes des combats, au Kivu en particulier.

Mais les missions des organisations ne sont pas seulement humanitaires, la RDC est aussi le théâtre d’accueil de la plus grosse opération de maintien de la paix de l’ONU avec 20 000 casques bleus présents sur le terrain. Pourtant leur impact sur le conflit reste faible malgré leur présence depuis les premiers temps du début de la guerre, et les quelques cas recensés d’exactions à l’encontre des populations maltraitent encore plus leur crédibilité en matière d’assistance aux victimes et de protection des populations.

Le second visage de la présence étrangère en RDC est à la fois politique et économique, et indéniablement plus sombre. En effet, nombreuses sont désormais les preuves que la guerre en RDC profite aux multinationales occidentales qui n’hésitent pas à saisir cette opportunité. Car cette situation chaotique qui dure depuis maintenant plus de 15 ans permet aux multinationales d’avoir un accès privilégié aux ressources naturelles prodigieuses dont regorge le territoire congolais. L’extraction des ressources par des milices permet d’obtenir les matières premières à un prix défiant toute concurrence.

Le Congo est victime de lui-même : de par sa richesse, tout le monde veut venir y puiser quelque chose, tout le monde veut venir prendre sa part de gâteau.

Au vu de cette situation, nombreux sont les congolais à entrevoir un cynique  schéma occidental plus large : si cette situation de guerre est si prolifique pour les multinationales et pour l’économie occidentale, pourquoi ne pas l’entretenir ? C’est ainsi que beaucoup en viennent à penser que la guerre est entretenue volontairement par l’Occident dans le but de profiter des richesses congolaises. Cela expliquerait d’ailleurs le fait que l’Occident ferme les yeux face aux fraudes électorales, aux violations des droits de l’homme, à la mal gestion et à la corruption du régime de Kabila: ce dernier ne maîtrise pas son territoire et n’est pas en mesure de mettre fin à la guerre, or maintenir un maillon faible au pouvoir tout en armant les milices qui lui font face permet à l’Occident de maintenir la guerre, et de continuer à profiter de la situation.

Pourtant, ce qui surprend dans ce noir tableau de l’Occident est l’espoir que continuent de placer les Congolais dans les instances internationales. Car les Congolais sont convaincus que seules les puissances étrangères peuvent améliorer leur situation, c’est pour cela que leurs actions en faveur de la paix (marches et manifestations) sont toujours destinées à interpeller la communauté internationale dans l’espoir qu’elle interfère en leur faveur.

Quel avenir pour la RDC?

Pour les congolais, la sortie de guerre ne peut se faire que par étapes et sur le long terme. La priorité est de mettre un terme aux conflits directs de l’est du pays. Mais pour qu’enfin la situation se calme, la solution serait que les autorités reprennent le contrôle effectif du territoire et parviennent à rétablir l’ordre et à le faire respecter durablement. Derrière cela, il y a l’idée de rendre le territoire aux Congolais, et de parvenir à se faire respecter à la fois par les voisins comme le Rwanda mais aussi l’Ouganda, mais également par les puissances occidentales pour en finir avec l’ingérence.

La priorité en RDC est de garantir la paix, pour cela, le pays a besoin d’un Etat fort et d’un leader nationaliste, qui contrôle l’intégralité de son territoire et qui maintienne l’ordre dans le pays.

Or la seule solution pour à la fois stopper les conflits et parvenir à maintenir l’ordre et l’unité du territoire, serait que l’armée se renforce et se restructure. Les FARDC actuelles ne sont pas assez organisées et unies pour rétablir et maintenir l’ordre (les soldats sont à peine payés et fortement démobilisés). C’est donc un travail de fond et de longue haleine qu’il faut d’abord entreprendre.

Pour mener à bien cette restructuration, les Congolais ne font bien entendu pas confiance à Kabila qui a prouvé depuis longtemps déjà qu’il n’était pas en mesure d’apporter le changement nécessaire. La RDC a besoin d’un renouveau, qui pourrait se concrétiser par l’arrivée au pouvoir d’un homme providentiel. Cet homme devrait agir par amour pour son pays et de manière désintéressée, pour le bien de ses compatriotes et non dans le but de servir ses intérêts ou ceux de ses proches ou de son ethnie. Pour l’heure, cet homme ne semble pas pouvoir venir des partis d’opposition qui sont affaiblis et dont les leaders s’essoufflent. Même s’il est primordial qu’un nouveau leader soit soutenu par la population, une position réaliste serait qu’il soit aussi en mesure de satisfaire l’Occident tout en se faisant respecter. Ça n’est qu’après avoir fait stopper les combats et redonné de l’espoir à un peuple congolais uni que la situation globale du pays pourra s’améliorer et qu’il sera possible de construire une paix totale et durable.

Si au départ on a tous le même objectif, la même conscience, et qu’on place les bonnes personnes avec un bon état d’esprit, je ne vois pas pourquoi nous aurions encore des ennuis. L’union fait la force, c’est comme cela que nous pourrons résister aux gens de l’extérieur qui veulent profiter de notre pays.

Un autre aspect important à prendre en considération et la possibilité de laisser la RDC évoluer dans sa propre voie. Le peuple congolais a besoin de retrouver sa fierté et son unité et c’est donc par ses propres moyens, en organisant des meetings, des concertations etc. qu’il doit décider de la manière dont vont se régler ses incohérences, et non en suivant aveuglément une voie dictée et imposée par autrui, pas forcément adaptée à la réalité du pays et à la mentalité de ses citoyens. C’est grâce au consensus, au dialogue et en gardant les gens positifs et animés de bonne foi qu’il sera possible de trouver la meilleure manière d’évoluer: les élections, la cooptation, le référendum? L’important est de trouver ce qui est le plus adapté, et non pas d’appliquer coûte que coûte une forme de démocratie sous prétexte qu’elle fonctionne ailleurs.

Quand on commence à prêcher, à s’opposer aux manières de faire on dit : « ah vous pensez que vous allez changer les choses ? » les gens sont habitués, indifférents.

Pour un jour arriver à créer un climat favorable à ce genre de réflexions, il est pour l’heure important de mobiliser les opinions, que ce soit celle des Congolais ou celle du monde entier. La guerre en RDC a fait plus de 6 millions de morts, et pourtant personne n’en parle. Le plus important semble surtout de redonner confiance aux Congolais eux-mêmes. Un changement de mentalité doit s’opérer, pour que les congolais prennent conscience de l’importance de leur pays, de sa richesse et de sa puissance potentielle, qu’ils se mettent à agir pour le bien de leur pays et pour celui de leurs concitoyens et non seulement pour le leur, et qu’alors ils intériorisent que c’est à eux qu’il incombe de s’unir pour enfin être entendu  et respecter et mener leur pays dans la direction qu’ils souhaitent.

Nous sommes dans un monde de coopération internationale, le monde est devenu comme un petit village, on a donc intérêt à coopérer, mais de bonne manière et pour cela nous devons être forts crédibles et sérieux pour être respectés.

La RDC a le potentiel d’un état fort mais doit en prendre conscience pour s’affirmer et se faire respecter sur la scène internationale pour enfin entrer dans une ère de coopération et affirmer sa souveraineté aux yeux du monde.

Je ne suis pas d’accord avec les gens qui disent qu’on ne peut pas évoluer sans la communauté internationale et les étrangers, mais est-ce que la France vit de la communauté internationale ? non ils coopèrent. Nous devons prendre notre situation et notre destin en mains.

« L’Afrique à la forme d’un revolver dont la gâchette se trouve au Congo. » Frantz Fanon

Notes

Analyse réalisée dans le cadre d’une étude complémentaire à l’Indice Passy-Dunant mis au point par l’association Modus Operandi, et en coopération avec l’association Accueil Demandeurs d’Asile, à Grenoble.

 

 

Transition Démocratique : Stratégie globale de combat contre la dictature

( cas du Madagascar) posted by Madsoa

Quelques semaines après l’appel lancé par l’ancien président Albert ZAFY, dirigeant du CRN, pour la mise en place d’un processus de transition démocratique ; tout porte à croire que ce concept est entrain de faire son chemin et recueille l’adhésion de plus en plus large de l’opinion publique. Les déclarations de ralliement et de soutien, surtout au niveau des provinces, confirment cet engouement.

Ce n’est pourtant pas une mince affaire, ni un processus évident à mettre en place, du fait même de l’environnement dans lequel évolue l’opinion publique malgache. Il faut en effet essayer de se mettre à la place de la population, qui malgré l’échec évident des dirigeants actuels à améliorer ses conditions de vie, ne peut s’exprimer librement et ouvertement de peur de subir les représailles, toujours disproportionnées du pouvoir et des différents bras armés à son service. À ce propos, l’avènement d’un nouveau régime en 2002 n’a rien changé aux vieilles habitudes liées à la répression, à l’exclusion et à l’infantilisation. Les Institutions, colonne vertébrale de la République, se trouvent également dans un état avancé de décomposition, atteintes par une forme de « consanguinité politique », symbolisée par la domination outrageante d’un parti unique constitué et imposé par le pouvoir en place.

Rien que pour cela, la mise en place d’un processus de Transition démocratique « intelligent et innovant » devient de plus en plus urgent et salutaire pour l’avenir du pays.

Pourtant, l’innovation, même cimentée par la Démocratie, se heurte parfois à la résistance de quelques esprits clairement rétrogrades qui appliquent une doctrine, certes, simpliste, mais qui s’avère d’une redoutable efficacité quand elle est entretenue et alimentée par ceux qui se sont fait une spécialité de soutenir et d’accompagner la pire des dictatures.

À Madagascar, comme d’autres pays vivant une situation identique, ces esprits rétrogrades se regroupent et forment une sorte d’oligarchie qui vit au crochet des différentes nomenklaturas qui se succèdent au pouvoir. Leur vision égoïste du monde se résume à la satisfaction bassement matérielle de leur existence. Ils n’ont pour ainsi dire aucun esprit de fraternité et d’égalité, si ce n’est vis-à-vis de ceux qui leur ressemblent et entretiennent le même état d’esprit qu’eux. Ils sont des prédateurs pour le reste de la population, qu’ils nourrissent, empoisonnent et affaiblissent de leur venin, se servant d’elle pour se hisser tout en haut de la société tout en s’accaparant de tout ce qui pourrait entretenir et renforcer leur pouvoir.

Pour le cas de Madagascar, il est un fait historique que cette oligarchie a toujours été installée dans la capitale, au plus près du pouvoir. Elle dispose d’importants moyen, notamment financier et médiatique. Les deux réunis, forment la pierre angulaire de leur stratégie de défense et d’attaque. D’un point de vue numérique, ils sont minoritaires, mais à cause de la configuration de la société malgache qui se caractérise par plusieurs fossés abyssals entre les plus privilégiés et les plus pauvres, notamment s’agissant de la diffusion de l’information, de la culture et de l’éducation, ils peuvent assurer une domination quasi illimitée.

Cependant, si l’on donne à la population la possibilité de se constituer en une force unie, consciente de sa propre valeur, de son propre pouvoir, elle s’apercevra qu’elle est non seulement capable de s’autodéterminer, mais qu’en plus, elle peut renverser une situation qui jusque-là semblait immuable.

C’est le rôle échu à ceux qui aujourd’hui s’efforcent de mettre en place le nécessaire et salutaire processus de Transition démocratique. Comme toute entreprise d’envergure, il est impératif d’adopter quelques stratégies pour en assurer la réussite, surtout quand l’on a face de soi des entités rompues aux faux prétextes, aux mensonges, et au cynisme sous toutes ses formes.

Nous évoquerons aujourd’hui quelques pistes de réflexion pour mener à bien cet objectif, et pour cela, nous allons en partie nous appuyer sur l’analyse de l’homme politique Camerounais, Djeukam Tchameni, au sujet des stratégies que doit adopter un peuple confronté à un système dictatorial et qui aspire à la libération.

I. De la nécessité d’une planification Stratégique

Par le passé, Madagascar a connu plusieurs mouvements de contestation plus ou moins spontanés. Ce fut le cas en 1972, en 1991 et dernièrement en 2002. Leur point commun est qu’ils ont toujours été la résultante d’une situation bloquée qui opposait d’un côté le pouvoir et ses partisans – dont l’oligarchie que nous citions plus haut – et de l’autre, la grande majorité, formée essentiellement de la population qui subit le joug de la nomenklatura au pouvoir dont le discours était et reste invariablement le même d’un régime dictatorial à l’autre : Quoique nous fassions, nous le faisons toujours pour l’intérêt général. Les résultats ne sont pas encore perceptibles ou visibles, laissez-nous encore du temps ; d’ici 10, voire 20 ans, vous nous serez reconnaissant. En attendant, laissez-nous gouverner en paix, nous savons ce qui est bon pour vous et ce qui ne l’est pas !

La résurgence quasi cyclique de ces situations de « crise » fait que petit à petit s’est installée une forme de fatalisme qui annihile tout esprit de résistance et tout désir de changement profond. La première victime étant la population que l’on rend seule responsable de tous les maux.

Ce phénomène s’est amplifié depuis la dernière crise en date, c’est-à-dire celle de 2002. Car même si le désir a été grand de se débarrasser de la dictature entretenue par l’Amiral Didier Ratsiraka, il se trouve que la déception n’en n’est que plus grande encore, au regard de la gouvernance de Marc Ravalomanana.

Le style est, certes, différent, plus moderne, plus direct, plus pragmatique, mais tout cela n’a finalement d’autres objectifs que d’entretenir une dictature plus sophistiquée encore que la précédente ; Parfois difficile à cerner, qui en subjugue plus d’un, anesthésiant les esprits les plus faibles, et de la même veine que celle que l’on rencontre dans d’autres pays dirigés par le même type de ploutocrate, convertit à un néo-conservatisme débridé, pratiquant une politique brutale, faite d’exclusion et de prédation diverse et variée.

Au vu de ces différents freins, il est donc bon de savoir qu’avant de vouloir entreprendre un soulèvement contre un régime dictatorial, il devient impératif d’évaluer, d’abord, et avec attention toutes les options disponibles ; de déterminer lucidement la réceptivité du peuple et l’opportunité de chaque action à mener.

Rappel : Le mot stratégie relève du jargon militaire. Pendant des siècles, des officiers de haut rang ont fait usage de la planification stratégique avant de conduire des campagnes militaires, et des penseurs tels que Sun Tzu ou encore Clausewitz ont analysé et perfectionné la stratégie militaire. « Elaborer une stratégie » signifie évaluer la situation d’ensemble d’un conflit en vue de déterminer le meilleur usage de toutes les ressources disponibles afin d’obtenir la victoire.

1.1. La résistance à la planification

Certains « combattants de la liberté » n’accordent aucune importance à la stratégie. Ils adoptent plutôt des attitudes négatives vis-à-vis de la planification. Cette résistance à la planification stratégique se manifeste sous plusieurs formes dont les plus importantes sont :

Les rêveurs, cette catégorie de combattants pensent naïvement qu’il suffit d’affirmer et de visualiser ses objectifs fermement pour que les choses changent.

Les patients estiment qu‘il suffit de rester durablement fidèle à ses principes et idéaux pour que tôt ou tard ceux-ci se réalisent. Affirmer ses objectifs et rester fidèle à ses idéaux sont d’admirables qualités, mais elles sont insuffisantes pour briser le statut quo. C’est ici que se trouvent souvent, ceux qui s’entêtent à ne rien entreprendre pour chasser la dictature que par la voie des urnes. En oubliant naïvement qu’un dictateur n’a de « dictature en lui » que, justement, parce qu’il empêche, par tous les moyens, une alternance d’émerger.

Les distraits sont une troisième catégorie. Ils reconnaissent qu’il faut planifier une action, mais ils le font à court terme et de façon purement tactique. Ils n’essaient pas d’élaborer un plan d’action ou une stratégie à long terme. Ils se laissent aisément détourner de leurs objectifs principaux, se laissant distraire par toutes les initiatives de leurs adversaires. Beaucoup d’ « élites intellectuelles » malgaches font partie de cette catégorie, car « l’absurdité » de la méthode et des actions du dirigeant autoritaire leur fait croire que la dictature ne pourra pas s’éterniser. Or, elles oublient que cette forme de gouvernance, les empêche d’avoir une « opinion rationnelle » de la situation puisque les facéties du dictateur finies par atteindre et phagocyter le cœur même de la « raison » en substituant celle-ci par « l’émotion », ce qui la rend plus perméable à la « distraction ».

Les défaitistes ne se gênent pas pour planifier parce qu’au fond d’eux-mêmes, ils ne croient pas en la victoire. Ils sont convaincus de la justesse de la cause, mais estiment que l’adversaire est trop puissant. Ceux qui font partie de cette catégorie, sont ceux-là mêmes que le parti présidentiel « recrute » comme candidats aux élections, pour justifier aux yeux de l’opinion internationale, la parodie de démocratie à Madagascar. Beaucoup de membres de l’ancien régime, font également partie de cette catégorie car ils ont entamé diverses démarches d’allégeance auprès de l’actuel régime, préférant donc la soumission à la dictature, plutôt que de lutter contre elle.

Naturellement, les combattants de la liberté qui ne réalisent pas l’importance capitale d’une stratégie soigneusement élaborée ne pourront jamais atteindre leurs objectifs. Ils sont constamment sur la défensive, réagissant aux initiatives du régime dictatorial plutôt que de planifier une stratégie ; gagnant quelques batailles, mais perdant en fin de compte la guerre contre l’oppression.

1.2. Les niveaux de planification et d’Action

Une guerre est faites de plusieurs campagnes. Chaque campagne est composée de multiples batailles et chaque bataille comprend plusieurs actions qui utilisent des techniques et des méthodes diverses. Il existe donc différents niveaux de planification et d’action.

La stratégie générale concerne la situation d’ensemble de la guerre. Elle prend en compte toutes les ressources du terrain des opérations pendant toute la durée du conflit. La Stratégie générale est du ressort de la plus haute autorité politique. À ce niveau, la tâche s’achève par la sélection de l’option la mieux adaptée à la situation du conflit (par exemple la lutte non-violente, les joutes politiques conventionnelles, la guérilla ou la guerre conventionnelle).

Une campagne est une série de batailles avec pour objectif le renversement de situation stratégique. Une stratégie de campagne opère dans le cadre de la stratégie globale, mais englobe une partie seulement de la situation. Parce que la victoire d’une campagne signifie généralement un grand tournant dans la guerre, les stratégies de campagnes doivent être, par conséquent, élaborées avec beaucoup de soin.

Le tactique relève du combat. Une tactique est un plan d’action restreint basée sur le meilleur moyen d’utiliser des ressources disponibles pour atteindre un objectif spécifique dans le cadre d’une bataille donnée. Contrairement à la stratégie, la tactique intervient à court terme dans un théâtre d’opération limité et est exécutée par un nombre limité de personnes. Les Techniques et méthodes constituent les moyens spécifiques employés afin de réaliser des objectifs tactiques.

1.3. La planification stratégique

Afin d’augmenter les chances de succès, les leaders de la résistance doivent formuler une stratégie globale capable de renforcer les capacités du peuple opprimé, d’affaiblir et de détruire le régime dictatorial, et d’instaurer une démocratie durable. Pour élaborer une telle stratégie, il faut d’abord soigneusement étudier la situation d’ensemble et les options.

Les stratèges doivent en particulier répondre aux questions suivantes :

  • Quelles sont les forces et faiblesses du régime dictatorial ?
  • Quelles sont les forces et faiblesses des forces démocratiques et de la population ?
  • Quelles sont les opportunités et les menaces nationales et internationales tant pour la dictature que pour le mouvement démocratique ?
  • Quel est le statut des tiers, ceux qui n’étant pas impliqués directement dans le conflit, peuvent aider le régime dictatorial ou le mouvement pour la démocratie ? Par quels moyens ?

II. Analyse des options stratégiques

Plusieurs « options » s’offrent aux « combattants de la liberté », dont le CRN, pour lutter contre le système dictatorial : Il y a la « négociation directe avec le dictateur » afin de lui signifier le malaise que le peuple vit quotidiennement et de déterminer ensemble les solutions les plus appropriées pour y remédier ; il y a également « le droit à la non indifférence de la communauté internationale » face à un peuple en danger, qu’incarne souvent les « pays étrangers » par le biais des « interpellations » unanimes ou non de la « communauté » dite internationale vis-à-vis des dirigeants dictateurs ; Il y a « l’élection » considérée comme l’unique voie « acceptable » pour une alternance démocratique ; Il y a le « coup d’État », comme solution ultime pour chasser la dictature. Et il y a enfin le « soulèvement populaire non violent », comme ultime devoir à réaliser par le peuple afin de s’extraire d’un régime oppressif.

L’analyse de ces différentes options nous dévoilera que le processus de Transition démocratique prôné par le CRN est la meilleure des options.

2.1. Les négociations

Les négociations sont un instrument très utile dans la résolution de certains types de conflit, et doivent être utilisées chaque fois qu’elles sont appropriées. Cependant lorsque le conflit présente des enjeux cruciaux comme les libertés fondamentales, les négociations ne peuvent pas être par elles-mêmes un moyen d’arriver à une situation mutuellement satisfaisante pour le dictateur et pour le Peuple opprimé.

Il faut avoir une bonne connaissance du processus de négociation. Dans une négociation, la justesse des différentes opinions ne détermine pas le contenu de l’accord négocié. Un accord ne tient pas nécessairement compte des torts des uns et des autres, ni des points sur lesquels ils ont raison. Bien que ces points figurent à l’ordre du jour, l’on ne parvient à un accord qu’après une évaluation des forces en présence. En d’autres termes, l’accord est toujours le fruit de l’évaluation du rapport de force entre les parties en présence et de l’issue probable d’un combat ouvert.

Ceci étant, dans l’état actuel des choses, il n’est pas étonnant qu’avec une opposition « divisée », le régime ne fasse pas grand cas d’un dialogue possible, afin de remédier aux problèmes cruciaux qui pèsent sur la population malgache.

Il est donc nécessaire de privilégier la résistance avant tout, et de l’entretenir avant de penser à des négociations. Cela est essentiel pour parvenir à un changement dans les conflits avec des enjeux fondamentaux. La résistance change le rapport de forces entre l’oppresseur et les opprimés, rendant les négociations utiles et productives. Lorsque les enjeux sont grands, la règle doit être « lutter d’abord pour changer le rapport de forces, puis négocier afin de consolider ses positions. »

2.2. Le Sauveur Étranger

De nombreuses personnes vivant sous une dictature brutale finissent par croire que les opprimés ne peuvent pas se libérer par leurs propres efforts. Ils fondent leurs espoirs sur des forces extérieures qui pourraient être « l’opinion publique internationale », du type des Nations-Unies, ou encore un quelconque pays.

Ce type de scénario pourrait sembler réconfortant, mais l’attente d’un sauveur étranger pose de graves problèmes :

Très souvent, aucun sauveur étranger ne se manifeste. Les pays étrangers ont une incroyable tolérance pour les dictateurs qui savent ménager leurs intérêts politiques ou économiques. De plus, si un pays étranger intervient, il faut toujours s’en méfier car s’il le fait, son action visera avant tout à exercer un contrôle économique, politique, ou militaire sur le pays. Enfin, les pays étrangers ne prennent généralement part activement à la résolution d’une crise que si le mouvement de résistance à l’intérieur du pays a déjà commencé le combat contre la dictature.

La dictature existe à cause de la répartition du pouvoir dans le pays. Bien qu’elle puisse bénéficier de soutiens extérieurs, sa survie dépend en premier lieu de facteurs internes. De même, les pressions internationales peuvent s’avérer utiles aux combattants de la liberté seulement lorsqu’elles soutiennent un mouvement de résistance interne puissant.

La triste réalité est donc la suivante : La chute d’une dictature dépend de la force de la population opprimée, de sa détermination, de sa confiance en elle, et des méthodes de résistance. Un combat de libération est un combat dans lequel on doit d’abord compter sur ses propres forces.

2.3. Les élections

Les élections sous une dictature ne sont pas un instrument de changement politique significatif. Certains régimes dictatoriaux organisent des simulacres d’élections pour se donner une façade démocratique.
Ces élections sont simplement des plébiscites rigoureusement contrôlés pour assurer une certaine légitimité aux candidats désignés par le dictateur.

Dans le cas où les candidats de l’opposition seraient effectivement élus, les résultats sont tout simplement ignorés et les « vainqueurs » intimidés, arrêtés, ou pire encore exécutés. On l’a vu au Kenya, en Russie et actuellement au Zimbabwe. Pour le cas de Madagascar, cet état de fait est une constante depuis 2002.

Il n’est pas de la nature des dictateurs d’organiser des élections libres et transparentes susceptibles de les évincer du pouvoir.

Il y a une formule tristement célèbre inventée par l’ancien président du Congo, Pascal Lissouba, pour illustrer cette mentalité : « On n’organise pas une élection pour la perdre ! ». Tout le monde sait que, tant que les élections seront organisées par le pouvoir dictatorial, il n’y aura jamais d’alternance démocratique possibleJamais dans l’histoire une élection, à elle seule, a suffi pour faire tomber un régime dictatorial. Dans les cas où les élections ont réussi, elles étaient fortement soutenues par un conflit armé, une insurrection populaire ou un coup d’Etat.

Ceux qui aujourd’hui disent rejeter le régime, mais, excluent toute autre option que la voie des urnes pour le défaire, s’acheminent tout droit vers des désillusions fatales. La victoire d’un des leurs aux municipales, ne signifie pas que sur le plan national, ils aient une chance de rééditer l’exploit. Car Antananarivo n’est pas Madagascar, et les élections municipales n’ont pas les mêmes enjeux que des élections présidentielles.

2.4. Le coup d’Etat

Face à l’impossibilité d’obtenir le changement par les urnes, certains combattants considèrent le « coup d’état » comme l’un des moyens les plus rapides et les plus faciles pour se débarrasser de la dictature.

Cependant, cette méthode comporte de sérieux inconvénients. Sous un régime dictatorial, l’opposition et la société civile sont très affaiblies par rapport à un gouvernement qui concentre en son sein trop de pouvoirs. Si ce rapport de forces n’est pas inversé dans le cadre de la lutte pour le renversement du dictateur, les nouveaux dirigeants peuvent, eux aussi, s’ils le souhaitent, instaurer une nouvelle dictature.

Et c’est ce qui s’est passé en 2002, lorsqu’en réussissant le coup d’État du 22 février 2002, avalisé par une seconde reconnaissance le 19 avril 2002, le camp de Marc Ravalomanana ne s’est pas gêné pour massacrer la population malgache en tuant et emprisonnant à tour de bras les membres de l’ancien régime. Une situation qui se répétera à coup sûr, à Madagascar, et contre l’actuel régime, s’il advenait qu’un Coup d’État réussisse à évincer l’actuel dictateur du pouvoir.

C’est pour cela que l’action du CRN trouve toute sa pertinence, car elle empêche qu’un avènement brutal vienne à chasser l’actuelle dictature. Donc, pour parvenir à un changement social durable, le Peuple doit s’engager et participer au combat qui aboutira à sa libération. Conscient de sa force, il aura son mot à dire sur le choix des nouveaux dirigeants. Cela est d’autant plus important, que dans plusieurs cas, les coups d’états organisés par des soldats fidèles à l’ancien régime ont pour but de détourner le combat du peuple en faisant partir le dictateur tout en maintenant le système dictatorial. Une « révolution de palais » ou un coup d’État ne sont donc pas les bienvenues. La non-participation des masses rend le processus antidémocratique et illégitime. L’issue du coup d’état est rarement la démocratie.

C’est pour toutes ces raisons que l’action du CRN reste la plus à même de garantir un moindre mal au pays, puisque le spectre d’un Coup d’État persiste tant que sa cause, c’est-à-dire, les conditions « sociopolitiques » qui l’alimentent ne seront pas résolues, du moins traitées convenablement. Elles expliquent également les raisons de l’échec de tous les processus de Transition menés jusqu’alors à Madagascar, car ils ont été l’œuvre de quelques « élites » politiques. Pourtant, la « participation des masses » est indispensable pour légitimer et réussir toute action de Transition.

2.5. Les soulèvements populaires non-violents

Une option stratégique existe pour ceux qui veulent à la fois la paix et la liberté. Un soulèvement populaire non-violent est une révolution politique contre un régime oppressif par l’utilisation de la non-coopération civile et de la défiance politique. Et c’est « l’option » choisie par le CRN d’Albert ZAFY et pour laquelle il fait appel à la population malgache.

Cette stratégie politique est donc basée sur la mobilisation populaire ; Elle se fonde sur l’idée que le détenteur de la légitimité du pouvoir est le Peuple souverain. « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple ou pour toute partie du peuple, le plus élémentaire des droits et le plus sacré des devoirs ».

La non-coopération civile consiste pour le Peuple à exercer son pouvoir légitime de refus contre des dirigeants qui ne se conforment pas à ses aspirations. La défiance politique prône une attitude de défi et de confrontation vis-à-vis de la dictature. Autant la non-coopération est une forme de résistance passive, autant la défiance politique requiert une résistance active. La combinaison intelligente des deux formes de résistance retire toute légitimité au régime en place et assure la victoire du Peuple.

La « non-coopération » a été déjà entamée par le refus du peuple à cautionner les « simulacres d’élections » que le régime a organisés depuis 2002, avec un taux de participation moyen de 10 % sur tout le territoire national.

Face à un adversaire doté de puissants moyens financiers et militaires, et jouissant de solides complicités sur le plan international, le Peuple malgache doit utiliser une nouvelle tactique politique. Une tactique qui permet de transformer la force du dictateur en un désavantage pour ce dernier. Dans cette tactique, une action de défiance politique du Peuple accule le pouvoir dictatorial à faire un usage excessif de sa force, ce qui se retourne politiquement contre le régime, l’affaiblissant et fortifiant le mouvement démocratique.

Bien appliqué, cette tactique obligerait le dictateur à se démasquer et à laisser tomber la façade démocratique de son pouvoir. Il en résulte une condamnation généralisée du régime sur le plan international, l’aggravation des scissions dans son propre camp, et surtout une mobilisation accrue et une résistance grandissante de la population.

Si le CRN a choisi cette option de « résistance démocratique » légale et légitime, à travers une « conscientisation générale de la population », c’est justement pour permettre à Madagascar de réussir la phase de la Transition de façon la plus intelligente possible. Et même si le régime œuvre, par tous les moyens, de l’empêcher à concrétiser ce noble « devoir citoyen », le CRN en maîtrisant son propre « agenda » d’action, sans se laisser distraire par l’oligarchie et sa structure médiatique qu’elle fait marcher à plein régime, arrivera facilement à mettre en œuvre la réinstauration des conditions démocratiques au pays.

Toutefois, il devient, également, essentiel, de soulever ici tous les « préjugés » fortement exploités par cette oligarchie dominante pour saper le courage du peuple à combattre la dictature :

Les préjugés sur la non-violence

Une série de fausses opinions et de préjugés ont empêché la compréhension du combat non-violent. Voici quelques mises au point :

  • D’aucuns pensent que la violence agit rapidement, et la non-violence prend plus de temps. Ces deux idées sont fausses. Une guerre peut durer et une insurrection populaire non armée peut renverser un pouvoir en quelques heures.
  • Le combattant non-violent est souvent perçu comme faible, peu viril. La non-violence n’est pas l’apanage du faible. Elle demande une grande force de caractère, de courage et de sagesse contre un adversaire violent. La non-violence est la seule chance pour la Paix ; elle rend légitime la lutte armée si le dictateur ne cède pas aux démocrates non-violents. Le fantassin n’est pas plus viril que le marin.
  • Le combat non-violent ne s’appuie pas sur des croyances religieuses ou des principes éthiques. Le citoyen responsable arrive à la stratégie non-violente « après » et non « avant » l’analyse de toutes les options disponibles. Elle n’est choisie que parce que l’on est convaincu que c’est la meilleur des options à un moment donné pour un conflit donné. Cette stratégie ne sera pas choisie ou sera abandonnée si elle ne correspond pas ou plus à la situation globale du conflit.
  • Bien que beaucoup pensent que cette technique ne peut réussir que contre ceux qui se battent pour des causes humanitaires et démocratiques, elle a parfois connu du succès contre des régimes brutaux.

Les trois étapes d’un soulèvement populaire non-violent

Ceci étant, le processus de Transition démocratique doit normalement suivre les 3 étapes suivantes pour que son succès soit garanti au profit de l’intérêt général :

  1. Le renforcement des capacités : Armer le peuple de connaissances et de technique de lutte. C’est ce que le CRN et tous ceux qui aspirent à la démocratie font actuellement : Informer le peuple de la situation, de la nécessité d’une autre mode de gouvernance que celle imposée par le régime actuellement. Informer le peuple du danger que représente pour lui « la vente des terres de ses ancêtres » aux étrangers, aux multinationales qui ne s’intéressent qu’aux richesses de Madagascar et nullement au devenir de sa population. Interpeller l’opinion tant nationale qu’internationale sur les mensonges propagés par le régime pour mieux camoufler sa dictature …
  2. La prise du pouvoir : Prendre le pouvoir (Mettre en place la période transitoire) et le donner au peuple (Organiser une élection anticipée de manière démocratique, transparente et libre). La prise du pouvoir permettra aux combattants de la liberté d’assainir « l’environnement socio-économique » ainsi que le climat politique qui pèsent sur la société malgache. C’est la mise en place de la période transitoire afin de pouvoir organiser une « élection libre et transparente » grâce à une Commission Electorale Nationale Indépendante, et des conditions saines des pratiques politiques …
  3. La consolidation démocratique : Le Peuple peut se servir du pouvoir pour assurer son bien-être, à travers une gouvernance démocratique conduite par des élus issus d’une élection libre et transparente ; Une gouvernance balisée par les principes fondamentaux de la République comme la liberté, l’État de droit, le Fihavanana préalablement fixés par la période Transitoire etc.

La question de la confidentialité dans la planification stratégique

Il faut savoir que la confidentialité et les opérations clandestines posent de sérieux défis à un mouvement qui emploie la stratégie de non-violence. Il est souvent impossible d’empêcher la police politique et les agents secrets de connaître les intentions et les plans d’un mouvement politique légal. Généralement, le secret induit la peur, refroidit l’ardeur des militants et par conséquent, limite le nombre de participants à une action donnée. Il engendre aussi des suspicions et accusations, souvent injustifiées, au sein du mouvement – chacun se demandant qui est la taupe. Par contre, la clarté quant aux intentions et la transparence par rapport aux mécanismes de prise de décision, rend possible l’implication d’un grand nombre de personnes dans l’ensemble du territoire et même à l’étranger.

Souvent on a du mal à faire la différence entre ce qui doit être secret et ce qui ne doit pas l’être. Une stratégie globale et les stratégies de campagnes doivent être largement diffusées. La population doit en avoir connaissance afin de participer intelligemment aux actions et mots d’ordre du mouvement pour une Transition démocratique.

Dans le domaine tactique, cependant, un degré de discrétion est nécessaire. Surprendre l’ennemi accroît grandement les chances de succès dans les manœuvres tactiques. Les méthodes peuvent aussi être secrètes mais il est important que le public sache clairement quelles méthodes sont inacceptables par le mouvement : Par exemple les assassinats, les vols, les viols, les dégradations etc. Cela permet au mouvement démocratique de se protéger contre l’infiltration des agents provocateurs.

Enfin, l’édition, l’impression et la distribution de publications clandestines, l’utilisation des ondes radio à l’intérieur du pays, et la collecte des renseignements sur les opérations du régime dictatorial sont parmi les types d’actions qui doivent absolument rester confidentielles.

En résumé, la stratégie globale doit être dévoilée, mais les tactiques et les méthodes doivent être secrètes. L’ennemi peut bien savoir ce qui va être fait mais il doit ignorer quand, où, et comment.

Pour conclure, nous constatons que l’action du CRN est celle qu’il faut suivre. Dans ce sens, il est de notre devoir de sensibiliser l’ensemble de la population malgache pour qu’elle adhère au noble combat de la libération nationale. La participation de masse est indispensable à la réussite et une très grande vigilance sur les pratiques médiatiques déployées par l’oligarchie dominante afin de faire maintenir la dictature est de mise. Informons l’opinion, dans toutes les régions, dans le monde, pour que la dictature actuelle cesse et qu’elle ne puisse plus engendrer d’autre dictature dans l’avenir.

La Rédaction

 

 

Le découpage territorial de la RDC et ses effets sur la viabilité de nouvelles provinces (cas du district du haut-Katanga)

 par Jules KAIMBI 

INTRODUCTION

1. Définition du sujet

1.1. Objet d'étude

Depuis quatre décennies environs, la subdivision territoriale fait l'objet de débat de la politique congolaise comme bien entendu dans sa considération une meilleure procédure de gestion du pays.

Néanmoins, plusieurs pays moins vastes que la République Démocratique du Congo ont recouru à cette technique pour la gestion la meilleure de leur territoire.

La constitution de la troisième république promulguée le 18 février 2006 semble apporter une suite palliative à cette crise d'aménagement en son article 2, en décidant de l'élévation de certains districts actuels au même titre que la province parmi lesquels ce district du Haut-Katanga en fait parti.

Les raisons politiques avancées pour justifier ce nouveau réaménagement autrement appelé « Découpage territorial » évoquent la nécessité et le souci de la meilleure gestion de la territoriale. Il va de soi que le découpage est une cause noble et objective indiscutable mais qu'il convient d'admettre que celui-ci, aura des retombées quant à son applicabilité.

Partant, nous avons voulu intitulé notre sujet « le découpage territorial de la République Démocratique du Congo et ses effets sur la viabilité de nouvelles provinces (cas du district du Haut-Katanga)

1.2. Délimitation du sujet

L'orthodoxie scientifique oblige, certes, de conférer à ce travail une limite spatio-temporelle.

a) Sur le plan spatial :

Nous avons opéré notre choix d'investigation sur le district du Haut Katanga en nous interrogeant sur les problèmes qui prévalent au sujet de l'élévation de celui-ci comme province aux même titre que les anciennes autres et en nous référant à notre formation acquise et surtout étant ressortissant de ce district, nous estimons être mieux placé pour informer nos concitoyens des effets du découpage.

b) Dans le temps

Chronologiquement, étant donné l'envergure de notre travail, nous avons opté pour l'année 1960, année au cours de laquelle la gestion des affaires publiques revient aux bons soins du congolais, cette année qui inclut celle de la première restructuration administrative juste après l'indépendance du pays.

2. Intérêt du sujet

Les conférences, les débats organisés au sujet du découpage à travers les médias tant au niveau national, qu'au niveau des provinces, les articles publics dans des différents sites internets ont milité pour celui-ci, nous en spécifions ensuite que ce sujet cadre bien avec notre formation de politologue administrativiste, nous sommes appelé à gérer notre Etat dans son ensemble

Ainsi à travers cette étude nous lançons une analyse de projection avant que le découpage n'intervienne.

De ce fait, notre travail a un triple intérêt à savoir :

2.1. L'intérêt personnel

Notre population en grande majorité loin de connaître le contenue de la constitution du 18 février 2006 l'a approuvé. Nous nous sommes préoccupés, certes, à étudier si cette disposition de fractionner le pays ne peut causer préjudice à de nouvelles provinces au cas où une bonne étude de conditions viables n'était pas effectuée.

2.2. Sur le plan théorique ou scientifique

Son intérêt tient au fait que chercheur que nous sommes, puissions mettre en pratique nos théories apprises tout au long de notre quinquennat d'études universitaires et y apporter ainsi notre modeste contribution à l'édification de la science.

2.3. Sur le plan pratique de sociétal

Nous avons voulu interpeller la conscience de la population, les dirigeants politiques, les différents élus du peuple que décréter le découpage sans une étude préalable, c'est aller droit au chaos et que ceux-ci arrivent à y tirer de leçons de nos propositions avant la mise en application de ce découpage.

3. Etat de la question

L'esprit humain ne ressent jamais la curiosité mais éprouve aussi les besoins de bien appréhender l'événement, la soif de synthèse, aussi, cherche t-il un recul en vue de situer l'information, de lui donner ou de lui trouver un cadre de référence, de l'insérer correctement dans la vision globale permettant d'en apercevoir la situation, la signification et la portée.

Ainsi, nous nous sommes servis de quelques travaux produits par nos prédécesseurs que citons :

BANZA KALAMA, a traité sur le « Découpage territorial en République Démocratique du Congo comme facteur de la bonne gouvernance ». En cherchant de comprendre le pourquoi de mettre en place le processus du découpage en RDC pour la recherche de la bonne gouvernance alors que celui-ci ne respecte pas les facteurs inhérents pour sa mise en place l'auteur constate t-il, le découpage n'est pas mauvais en soi, mais il n'est pas opportun de procéder de manière précoce à celui-ci la meilleure façon pour ce processus serait de respecter les critères à prendre compte : la démographie, le facteur économique... ((*)1).

KABUNDI NDEBA, a centré ses investigations sur « le nouveau découpage territoriale : attentes et défis à relever par l'administration publique ». Il cherche à conscientiser les politiciens, la population, les gestionnaires des services publics et les pousser à l'esprit de travail s'ils veulent la réussite de la technique de décentralisation. Pour lui, le problème de développement dépend non seulement du découpage territorial ou des nouveaux modes de gestion, mais et que les nouvelles provinces soient suffisamment gérées par des hommes consciencieux((*)2).

KITOKO MULENDA, a parlé de « fédéralisme comme outil de développement prospectif des pays du tiers monde (cas du Zaïre) », il démontre ainsi l'impact que peut avoir le fédéralisme sur le développement intégral. Conclut-il, le fédéralisme ne peut constituer un outil pour le développement que s'il peut garantir à l'homme zaïrois l'existence digne de tout en changeant sa mentalité((*)3).

Notre démarcation se veut par, le simple fait que nous lançons une analyse de projection sur le découpage en cherchant de comprendre si celui-ci ne causera jamais préjudices aux nouvelles provinces du fait de la non prise en compte des critères objectifs de viabilité c'est-à-dire recenser les principaux défis auxquels seront confrontés les nouvelles entités.

4. Problématiques et hypothèses

4.1. Problématiques

La problématique constitue dans tout travail scientifique une étape importante et incontournable dans la rédaction d'un travail scientifique.

Elle est définie comme l'art d'élaborer et de poser clairement le problème et aussi de le résoudre en suivant leur transformation dans la réflexion philosophique et scientifique((*)4).

De notre part, elle est une interrogation ou un enchevêtrement des questions que le chercheur se pose au sujet qui l'importe.

De ce fait, le découpage n'est pas un phénomène récent dans l'histoire de la RDC, dès l'époque coloniale nombreux textes montrent comment la décision se prenait au profit des entités urbaines. C'est le cas de la réforme du 29 juin 1933 portant organisation des provinces, aussi le décret du 05 décembre 1933 portant sur les circonscriptions indigènes outre que les centres extra-coutumiers régis à cette époque par le décret du 23 novembre 1931((*)5).

Quelques années plus tard avec la constitution de Luluabourg, celle-ci prévit une subdivision territoriale des provinces qui passaient désormais de 6 à 21, alors qu'elle ne pourra aboutir à des résultats escomptés du fait de l'impréparation de certains facteurs accompagnateurs.

En analysant une telle réforme stérile, nous nous sommes posés comme interrogations :

v Cette projection semble t-elle résoudre la problématique de la gestion territoriale du Pays ?

v Pourquoi envisager sitôt le découpage sans étude préalable des critères objectifs de viabilité de nouvelles provinces.

4.2. Hypothèse

A toute question correspond une réponse. Pour mieux avancer dans son étude, le chercheur se propose des réponses provisoires aux questions qu'il se pose.

A la lumière de notre problématique, le découpage en elle-même étant un processus assez compliqué, nécessite un réaménagement légal important, cela est d'autant plus vrai que lorsqu'on ne tient pas compte des facteurs objectifs (les infrastructures, le rassemblement des données démographiques, la consolidation de sentiment du vouloir vivre collectif, la formation des experts et animateurs de la territoriale ...), le processus risquerait de poser problèmes qui jamais ne sauront être résolus, alors que si nous sommes à la quête de viabilité de nouvelles entités nous ne pouvons pas encourager cette subdivision sitôt pour éviter le dérapage. Tout ce qui se fait contre le temps est souvent destiné à échouer, rien donc n'est impossible avec le temps.

Décréter un découpage sans étude préalable c'est entretenir le chaos. Les conditions seront-elles réunies pour parler non des provincettes mais des provinces dignes de ce nom !

Compte tenu des insuffisances et déficiences graves à l'instant, il serait prudent de programmer la mise en place après la législature de 2011.

5. méthodes et techniques de recherche

5.1. Méthodes

Tout travail scientifique intellectuel ne peut se prétendre être scientifique s'il n'a pas été conçu dans un creuset méthodologique bien défini et adéquat.

Le terme méthode signifie un ensemble des procédés utilisés pour découvrir la vérité et la prouver((*)6).

Dans le cadre de notre travail, nous avons opté pour la méthode systémique que Guy ROCHER définit d'ailleurs comme étant toutes recherches, théorique ou empirique qui partant du postulat que la réalité sociale présente les caractères d'un système, interprété et explique les faits sociaux par les lois d'interdépendances qui se relient entre eux et qui forment une totalité((*)7).

Le système est défini par le professeur KABEYA comme une totalité qui comprend plusieurs parties appelées aussi sous - systèmes qui sont dans une relation d'interdépendance, de telle sorte que la modification qui touche le sous - système influence les autres sous - systèmes et le système lui - même((*)8).

Au regard de notre sujet, l'utilisation de cette méthode s'explique par le fait de considération que nous accordons au découpage territorial comme un nouvel élément inféodé dans le système de gestion congolais lui-même constitué de sous-ensembles qui ne sont autres que les provinces. Ce nouvel élément est introduit en vue d'une alternance dans le mode de gestion de l'Etat congolais

5.2. Techniques

Au fond, ces techniques sont des moyens utilisés pour la collecte des données((*)9).

Etant un travail scientifique, avons fait également recours à des techniques suivantes :

v La technique documentaire

Cet outil de recherche a été une importance primordiale dans l'enrichissement de notre travail. Lorsqu'on sait que toute démarche scientifique singulièrement sous - forme de celui mémoire, s'alimente sur des écrits existants. Nous avons ainsi consulté des ouvrages, des mémoires, des travaux de fin de cycle, des articles, des recueils, et les sites Internet relatifs au découpage.

v L'interview directe

Elle nous a permis d'une manière ou d'une autre dans le sens que nous avons eu le temps d'interviewé certaines catégories des citoyens au sujet du découpage.

6. Subdivision du travail

Outre l'introduction et la conclusion ce travail comprend trois chapitres :

- Le premier porte sur les considérations générales

- Le second traite du panorama historique des différents découpages en RDC

- Le troisième et dernier chapitre parle de la viabilité socio-économique de la future province du Haut-Katanga.

CHAPITRE I : CONSIDERATIONS GENERALES

Ce chapitre est subdivisé en deux sections qui la première est consacrée à la définition des concepts de base (le découpage territorial, la viabilité). Nous parlerons également des concepts connexes (aménagement, la décentralisation, la centralisation, la gouvernabilité), et la deuxième section s'attèlera aux théories scientifiques de référence.

Section I : DEFINITION DES CONCEPTS DE BASE ET CONNEXES

§1. Le découpage territorial

- Le découpage

C'est l'action de découper et ce dernier qui signifie diviser en morceaux((*)10).

- Territorial

Qui consiste en un territoire, le concerne .Et territoire qui est simplement une étendue de terre dépendant d'un Etat, d'une ville, d'une juridiction ((*)11) .

Ayant rendu compréhensible ces deux vocables nous pouvons dire du découpage Territorial comme étant la subdivision d'un territoire, d'un Etat en des entités décentralisées en vue d'une politique de proximité.

C'est la conséquence de l'aménagement d'un territoire qui est de l'ordre de transformation d'une situation existante. Et aménager, c'est créer par une organisation rationnelle de l'espace et par l'implantation rationnelle des équipements appropriés, des conditions optimales de mise en valeur de la terre et le cadre le mieux adapté humain des habitants((*)12).

De son côté J.BOUDEVILE, aménager c'est assurer une meilleure répartition des populations et des activités en vue de réaliser à la fois une meilleur occupation rationnelle de l'espace et une amélioration des conditions d'existences et des chances d'épanouissements des individus ((*)13).

Ce découpage est une disposition constitutionnelle qui vient renforcer la décentralisation comme technique de développement et en rendant ainsi efficace la gestion décentralisée de la nouvelle République.

Pour mieux comprendre la notion du découpage territorial nous avons jugé utile de développer les considérations sur quelques concepts à savoir :

- La centralisation

C'est un régime dans lequel les administrations locales sont placées sous les directives du gouvernement central ou des représentants locaux((*)14).

Il s'agit d'un système ou toutes les décisions importantes (de police, défense, diplomatie aussi bien que de l'ordre social, économique, culturelle, ...) sont de la compétence du gouvernement central, les agents locaux se limitent à exécuter des décisions((*)15).

C'est aussi une concentration des taches à un organe bien déterminé (exécutif, législatif) comme disait ARGENSON, « les détails confiés aux ministres sont immenses. Rien ne se fait sans eux et leurs connaissances ne sont pas aussi étendues que leurs pouvoirs, ils sont forcés de laisser tout affaire à des commis qui deviennent véritables maîtres »((*)16).

Nous la définissons avec le professeur MBAYA comme un « système d'organisation administrative dans lequel toute l'action exécutive est exercée au nom d'une seule personne morale de Droit public, l'Etat, par des agents qui ne relèvent que de lui((*)17).

A cet effet, la centralisation peut présenter un certain nombre d'avantages (le renforcement de l'unité de l'Etat, de grandes facilités de contrôle). Mais un certain nombre des conditions sont à prendre en compte pour que ce système se maintienne à l'état pur il s'agit d'une part d'un nombre réduit d'affaires à traiter et d'autre part d'une étendue géographique limitée.

En effet lorsque ces deux critères ne sont pas remplis, on assiste au désavantage du système par le fait que les agents supérieurs risqueront d'être surchargés par l'encombrement des questions d'intérêt local, par conséquent la lenteur et la paralysie dans la pratique.

Aujourd'hui, comme la centralisation à l'Etat pure n'existe pas presque, la plus part d'Etats Unitaires ont adopté un mécanisme qui la tempère, à savoir la déconcentration, qui est un système qui vise à améliorer l'efficacité de l'Etat en transférant certaines attributions de l'échelon administratif central aux fonctionnaires locaux ou régionaux nommés par le pouvoir central et placés à la tête des circonscriptions administratives mais avec maintien d'une subordination hiérarchique très poussée à autorité centrale.

La raison explicative de ce système est au simple fait que les organes centraux ne sont matériellement capables de statuer sur toutes les affaires ou sur tous les problèmes administratifs de l'Etat dont certaines n'ont qu'un intérêt local.

- La décentralisation

Ce concept est actuellement de mode dans le monde actuel, la plus part même des pays en développement accomplissent des efforts de décentralisation.

Il est parfaitement avant de définir et d'expliquer la décentralisation, possible à des différents auteurs d'échanger au cours des débats, des propos dénoués de toutes significations.

Le professeur VUNDUAWE le définit sous trois aspects (politique, économique et juridique).

- Sous l'aspect économique

La décentralisation territoriale considère toute entité décentralisée comme une entité économique autonome gérée par les citoyens vivant sur le territoire.

- Sur le plan politique

La décentralisation signifie démocratiser, c'est-à-dire associer le peuple à la discussion et à la gestion des affaires publiques ; c'est également la formation du citoyen qui s'intéressera plus facilement et comprendra plus aisément les problèmes locaux.

- Sous l'angle juridique et administratif

Elle est le fait de transformer les centres d'exécutions qui étaient la région et les entités administratives en centres de décisions et de responsabilité((*)18).

La décentralisation consiste à transférer certaines attributions du pouvoir central c'est-à-dire de l'Etat à d'autres personnes morales administratives. Elle se caractérise par l'existence d'autorités autres que celles de l'Etat qui non seulement détiennent certains pouvoirs des décisions administratives mais aussi jouissent d'une indépendance personnelle à l'égard du pouvoir central((*)19).

De son côté C.J. BIADJA, la décentralisation est un processus qui permet le transfert des pouvoirs des décisions de la sphère centrale vers la base. Elle s'opérationnalise par le transfert d'attribution de l'Etat à des collectivités ou institutions différentes de lui et bénéficiant d'une certaine autonomie de gestion, de décision et de leur propre budget (principe de libre administration) sous la surveillance d'un représentant de l'Etat (autorité de tutelle). A travers elles les compétences auparavant dévolues à l'Etat sont transférées à des assemblées élues ayant un budget et un exécutif propres((*)20).

A ce titre, elle vise alors à partager le pouvoir entre les responsables de l'Etat, les élus locaux, et les citoyens pour engager une politique de développement de proximité. Pour ce faire, l'Etat transfère une partie de ses compétences et de ses moyens à des communes, nouvelles collectivités territoriales, afin de répondre directement aux besoins des populations. L'Etat assure de nouvelles fonctions : Tutelle, appuie & conseil vis-à-vis des communes. Les nouvelles entités ont la charge de l'élaboration de la mise en oeuvre et du suivi des plans locaux de développement, dans le domaine économique, social et culturel. Elles sont directement responsables de gestion des ressources financières, techniques et humaines mises à la disposition par l'Etat et de la mobilisation des ressources propres. Elles doivent répondre de leurs choix et de leurs stratégies devant les citoyens.

Nous la définissons avec le Professeur MWAMBA SINONDA, comme « un système qui correspond à un transfert de compétences ou d'attributions de l'Etat à des collectivités territoriales juridiquement distincte de lui et bénéficiant sous sa surveillance (tutelle), d'une certaine autonome de gestion et d'un budget propres((*)21).

L'autonomie des entités décentralisées se manifeste par le fait qu'elles soient dotées de la personnalité juridique à cet effet, elles disposent des agents publics propres et des ressources propres.

Cette autonomie se mesure à trois niveaux :

- L'élection de responsables des entités ;

- L'étendue de leur pouvoir juridique ;

- L'importance des moyens matériels et notamment financiers dont elles disposent.

« La décentralisation n'a pas seulement, une valeur administrative ; elle a une portée civique puisqu'elle multiplie les occasions pour les citoyens de s'intéresser aux affaires publiques ; elle les accoutume à user de la liberté. Et de l'agglomération de ces libertés locales actives et sourcilleuses, nait le plus efficace contrepoids aux présentations du pouvoir central, fusent - elles étayées par l'anonymat de la volonté collective »((*)22).

L'autonomie des entités décentralisée reste limitée car elles sont soumises au pouvoir central à une certaine surveillance appelée « contrôle de tutelle », celui-ci s'exerce à la fois sur les personnes lesquelles peuvent alors être suspendues ou révoquées par le pouvoir central et sur leurs actes, lesquels peuvent être soit soumis à approbation préalable soit annuler à priori pour illégalité ou même parfois pour simple inopportunité.

Ce contrôle est la contre partie nécessaire du principe de libre administration des entités décentralisées et rappelle le caractère unitaire de l'Etat.

La décentralisation peut revêtir alors 2 formes :

Ø La décentralisation territoriale, consiste à reconnaître un pouvoir des décisions à des collectivités territoriales qui ont compétence pour toutes les affaires de leur territoire.

C'est dans ce cas que les habitants de ces collectivités territoriales règlent leurs affaires administratives par le biais de leurs représentants élus.

Ø La décentralisation fonctionnelle ou technique, ou encore par services, consiste à reconnaître un pouvoir de décision des services publics autonomes disposant de la personnalité morale (c'est le principe de la spécialité dont disposent les établissements publics, les entreprises publiques, ...)

§2. La viabilité

On entend par viabilité, la capacité des villes à produire des systèmes économiques et sociaux tant au plan écologique qu'au plan social((*)23).

De cette définition, nous dirions que dans une économie ou la maîtrise et la combinaison de savoir faire et des informations deviennent le premier facteur de création de richesse, la mégapole par les opportunités qu'elle offre, les flux d'informations qu'elle maîtrise, par les marchés de l'emploi qu'elle organise est devenue une formidable espace de création de richesse. Ce n'est parfois comme on le sait, l'est parfois une sorte de parasite drainant par les mécanismes de pourvoir la richesse réelle qui serait créée ailleurs.

Depuis l'accession du pays à l'indépendance et surtout pendant la deuxième république les efforts consentis dans le cadre de l'aménagement du territoire en vue de l'application du politique de proximité, les résultats obtenus ne répondaient jamais aux objectifs fixés car toutes les ressources et surtout financières mobilisées à la base ne servaient le plus souvent qu'à une minorité et ce au profit des dirigeants et des grands centres.

Alors, nous ne sommes plus au XVIIIème siècle où la rente foncière venait se concentrer dans le luxe de la ville. Même si la concentration administrative et la hiérarchie de pouvoir permettent aux capitaux d'attirer voire une partie déraisonnable à leur profit, une partie de la richesse nationale l'idée de grandes villes vivant au crochet des entités locales qui l'environnent appartient très largement au passé :

- La gouvernabilité

Nous l'avons évoqué car elle est liée à celle de viabilité, malgré est néanmoins clairement distincte.

Il s'agit alors de savoir dans le cadre de notre étude si la nouvelle province à travers ses sociétés est capable de concevoir des régulations politiques, sociales, culturelles des institutions des concepts de politiques, de mode de faire à la hauteur des interdépendances innombrables qui se nouent dans les mégapoles.

La gouvernabilité renvoie à la question de savoir si nous sommes en mesure de nous représenter les interdépendances de manière à maintenir sur le long terme le nouveau découpage.

- La gouvernance

Etant une question centrale de toute société, nous la définissons comme l'aptitude de se doter des régulations assurant sur le long terme la paix, la cohésion et l'harmonie sociale, l'équilibre de relations entre individus.

La gouvernance est la bonne gestion des affaires publique et privées en vue de la Préservation de l'intérêt général((*)24).

La bonne gouvernance dans le cadre de notre travail, nous la définissons comme celle qui suffirait d'appliquer les recettes issues de nouvelles entités et propagées par les institutions pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des populations de ces entités nouvelles.

Section II : LES THEORIES DE REFERENCES

Les théories étant des fils conducteurs tout au long d'une étude scientifique ou du moins d'une rédaction scientifique, permettent de conclure d'une manière claire et expérimentale la vérifiabilité des données récoltées.

A partir des théories que nous aurons à utiliser, nous tenterons d'expliquer le pourquoi de choses dont le respect de l'application de la loi, et les expliquer.

La théorie étant un ensemble organisé des principes scientifiques visant à décrire et à expliquer un ensemble de faits.

Il sera alors question d'éclairer l'opinion à travers nos théories que nous avons à prendre en considération. Pour ce faire, nous avons recouru aux principes théoriques suivant :

1. Le Structuro - Fonctionnalisme

Cette théorie est comme son nom l'indique basée à la fois sur la structure et le fonctionnement. Et est représentée par Albert R. Radcliffe - Brown et par Talcott Parsons.

Dans son étude sur la parenté Albert R. Radcliffe - Brown donne une importance aux concepts de structure et de fonction en insistant plus particulièrement sur les rapports entre les institutions et les structures sociales dans lesquelles celles-ci s'insèrent. A partir de l'idée que la société forme un tout structuré et intégré dont les éléments constitutifs remplissent des fonctions nécessaires et indispensables à la société, ils cherchent à comprendre comment les éléments constitutifs remplissent des fonctions. Après analyse et investigation conclut-il, les différents éléments de la société remplissent des fonctions telles que définies par les institutions sociales qui elles mêmes sont définies par les structures sociales dans lesquelles elles-mêmes s'insèrent.

De son côté Talcott Parsons dégage quatre besoins que toute société doit satisfaire pour se maintenir et subsister :

Ø L'adaptation, c'est-à-dire que la société doit équilibrer ses ressources pour assurer la survie, entretenir des relations avec son environnement, y prélever ce dont elle a besoin, immobiliser les ressources en vue de ses buts ;

Ø La poursuite des objectifs, c'est-à-dire que la société doit avoir des objectifs et se donner les moyens de les réaliser, et être animé par des valeurs communes ;

Ø L'intégration, c'est-à-dire que les différents intérêts qui composent la société doivent être cordonnés et intégrés ;

Ø L'entretien des modèles et des normes et la gestion des tensions, c'est-à-dire la société doit assurer la cohésion de son système de valeur et entretenir la motivation et les engagements des acteurs.

Pour satisfaire ces besoins la société dispose des sous systèmes liés les uns aux autres, il s'agit de sous systèmes politique, économique, justice, famille, enseignement((*)25).

L'adoption de cette théorie dans notre travail tient au fait que d'une part elle va de pair avec la méthode systémique utilisée dans cette étude et, d'autre part et d'après celle-ci, les membres de chaque société ont des besoins auxquels la société doit répondre pour son maintien et sa subsistance. Partant, nous rechercherons à analyser sur les faits de découpage introduit comme procédure de gestion de technique décentralisée à travers certains éléments que nous verrons dans le troisième chapitre, que si il s'adaptera, que si ses objectifs sont rationnels, que s'il favorisera la cohésion des membres de nouvelles entités...

2. La théorie de la viabilité

L'objet de celle-ci est d'expliquer mathématique et numériquement les évolutions gouvernées par les systèmes évolutionnaires qui apparaissent en économie, en sciences cognitives, en théories de jeux, en biologie... de tels systèmes régissent des évolutions soumises à des contraintes de viabilité et guident ces évolutions vers des cibles afin de les atteindre en temps finis. Il s'agit essentiellement de faire émerger les rétroactions sous-jacentes qui permettent de réguler le système et de permettre de trouver les mécanismes de sélection pour les mettre en oeuvre((*)26).

Celle-ci nous aidera à décortiquer et à comprendre diverses difficultés générées de différents découpages intervenus au pays dans leurs évolutions. Par ailleurs, elle nous permettra de confronter ceux-ci au nouveau découpage. Et enfin elle nous aidera à trouver des piliers parmi tant d'autres pour l'organisation et le fonctionnement de celui-ci et les proposer en termes de critères viables pour la nouvelle province du Haut-Katanga.

CHAPITRE II : PANORAMA EVOLUTIF DE DIFFERENTS DECOUPAGES EN R.D.C. ET PRESENTATION DU DISTRICT DU HAUT-KATANGA

La R.D.C. est caractérisée par une mosaïque de réformes territoriales, et celles-ci résultent soit d'un jeu multiforme des facteurs sociaux, économiques, politiques qui s'opposent ou s'associent un moment donné dans le contexte de réalité du pays.

Pour mieux comprendre ce chapitre nous l'avons subdivisé en deux sections :

- Historique de découpages territoriaux en R.D.C.

- La présentation du district du Haut - Katanga

Section I : HISTORIQUE DE DECOUPAGES TERRITORIAUX EN R.D.C.

Etant donné la limitation temporelle de notre sujet qui part de 1960, un coup d'oeil rétrospectif sur plus d'un siècle d'évolution de notre organisation territoriale très synthétique, nous permet de scruter le passé de celle-ci en vue de saisir la portée de la signification exacte de cette évolution et d'en tirer des enseignements susceptibles d'éclairer le présent et l'avenir.

§1. La période coloniale

Nous allons scinder cette période en deux grandes phases ; l'Etat Indépendant du Congo et ; le Congo belge.

1° L'Etat Indépendant du Congo (E.I.C.) 1885 - 1908.

En 1885, l'E.I.C. comprenait plusieurs stations ou postes d'Etat, jusque là créés et présidés par les résidents européens.

La première organisation proprement dite remonte en 1888, par le décret du 1/08/1888 qui créa et délimita le pays en 11 districts, mais ceux-ci seront organisés par le décret du 05/08/1888, et ce sont respectivement : Banana, Boma, Cataractes, Stanleypool (actuel Kinshasa), Stanleyfalls (actuel Kisangani), Kasaï, Ubangi, Uélé (actuel province orientale), Lualaba (actuel Katanga) et Kwango((*)27).

Le décret du 07 juillet 1895 apporte une modification en divisant l'E.I.C. en 15 districts à savoir : Boma, Banana, Matadi, Cataractes, Stanleypool, Stanleyfalls, Kwango, Equateur, Lac Léopold II, Ubangi, Gangula, Uélé, Aruwimi, Kasaï et Lualaba.

2° Le Congo-belge 1908 - 1960.

Hormis les réformes au cours desquelles les districts vont variés leur nombre est de la manière suivante :

· 12 en 1910

· 22 en 1912

· 21 en 1922,

Le Congo va connaître trois subdivisions territoriales majeures, celles de 1914, 1924, 1933.

- La réforme de 1914.

L'E.I.C. céda à l'Etat belge, les nouveaux maîtres ne tardèrent guère à réaliser l'importance de retracer la carte administrative du Congo-belge. C'est ainsi qu'une réforme est initiée et opérée par un arrêté royal du 28 juillet 1914 qui divisa le pays en 22 districts dont le gouvernement siégeait à Boma et deux vice-gouvernement siégeant l'un à Elisabethville et l'autre à Stanleyville.

Les districts sont les suivants : Aruwimi (Cap. Basoko), Bangala (Cap : Lisala), Bas-Congo (Cap Boma), Bas-Uélé (Cap : Buta), Equateur (Cap : Coquilhatville), Haut - Uélé (Cap : Bambili), Haut - Luapula (Cap : Kambove), Ituri (Sans capitale), Kasaï (Cap : Luebo), Kivu (Cap : sans), Kwango (Cap : Bandundu), Lac Léopold II (Cap : Inongo), Lomami (Cap : Kabinda), Lowa (sans capitale), Lulonga (Cap : Basankusu) Lulua (Cap : Kafakumba), Maniema (sans cap) Moyen-Congo (Cap : Léopoldville), Sankuru (Cap : Lusambo), Stanleyville (Cap : Stanleyville), Tanganika - Moëro (Cap : Kongolo) et Ubangi (cap : Libenge) ((*)28).

- La réforme de 1924

Elle regroupa les districts en quatre provinces : le Katanga, le Congo-Kasaï, l'Equateur et la Province Orientale.

Les provinces seront subdivisées en districts et en territoires, en zones, en secteurs et en postes.

- La Réforme de 1933

C'est la plus grande réforme sous le Congo belge qui pourra s'opérer en deux temps et à deux niveaux :

Dans un premier temps, au niveau de l'organisation territoriale et administrative de type européen la réforme a été opérée par l'arrêté royal du 29 juin 1933. Et dans un second temps, au niveau des entités de base, la réforme sera réalisée par le Décret du 5 Décembre 1933 sur les circonscriptions indigènes et celles-ci ne comprenaient les chefferies et les secteurs à l'exception de chefs coutumiers, régis à cette époque par le Décret du 23 novembre 1931.

Suivant les dispositions générales du Congo-belge, est divisé en provinces, les provinces en districts et les districts en territoires. On comptait à cette époque 6 provinces que nous allons connaître à l'indépendance en 1960 et même jusqu'en 1962.

En effet, aux termes des dispositions de l'article 1er de l'A.R. du 29 juin 1933 relatif à la constitution des chefs lieux et limites de provinces, le Congo-belge est divisé en 6 provinces((*)29).

Le nombre de provinces passa de 4 à 6

· Coquilhatville, Equateur après 1947 (3 Districts) : Haut - Congo, l'Equateur et Tshuapa.

· Elisabethville, Katanga après 1947 avec 4 districts : Haut - Katanga, Haut-Lomami, Lualaba, et Tanganika.

· Costermansville, Kivu après 1947, avec 3 districts : Nord - Kivu, Sud-Kivu, Maniema.

· Léopoldville (3 Districts : le Moyen - Congo, le Bas - Congo, Lac Léopold II.

· Lusambo, Kasaï après 1947, 3 districts : Le Kasaï, le Sankuru, le Kabinda.

· Stanleyville, Province Orientale après 1947, 4 districts

Stanleyville

Bas - Uélé

Haut - Uélé et Ituri.

Toutefois nous pouvons noter que pendant cette période du Congo-belge, il y eut d'autres réformes c'est par exemple celles de 1910, 1912, 1922, 1957 et 1959.

Pour clore ce paragraphe, disons que pendant la période coloniale, l'Organisation territoriale, politique et administrative du Congo peut être qualifiée de Paternaliste, de dualiste et discriminatoire pour les congolais.

C'est une période où, en effet, les congolais étaient marginalisés et ne participaient guère pas à la discussion ni à la gestion des affaires de leurs cités

§2. La période Post colonial

Ayant passé en revu et en grands traits les différentes réformes avant l'accession de notre pays à l'indépendance, nous allons maintenant aborder la deuxième phase, c'est-à-dire celle de l'indépendance et qui part du 30 juin 1960 à nos jours.

La période post-coloniale peut, pour le domaine qui nous occupe ici, être divisée en quatre phases :

- La première phase, celle de la première République qui va de 1960 à 1967

- La deuxième phase, de la deuxième République qui va de 1967 à 1990

- La troisième phase, de la transition qui va de 1990 - 2006

- La quatrième et dernière phase qui va de 2006 à nos jours.

1° La première République, de 1960 - 1967

Le territoire congolais demeurait divisé en six provinces héritaient du Congo-belge, jouissant cependant d'une très large autonomie, car cette loi dotait l'Etat congolais d'une forme Fédérale, mais qui ne disais pas son nom.

Nous pouvons citer ces provinces à titre de rappel : Coquilhatville, Costermansville, Léopoldville, Lusambo, Stanleyville et Elisabethville.

Au cours de l'année 1962, deux lois vont intervenir, celle du 09 mars et du 27 avril, pour modifier l'article 7 de la loi fondamentale concernant les provinces et fixant les critères de leur création pour faire passer ainsi le nombre des provinces de 6 à 21. Ce qui engendra le terme populaire et ironique de « Provincettes »((*)30).

Ce sont notamment les provinces et leurs capitales :

Le Congo-central (Matadi), Cuvette Centrale (Coquilathville, Mbandaka actuel), Haut-Congo (Stanleyville), Katanga-Oriental (Elisabethville, actuel Lubumbashi), Kivu Central (Bukavu), Kwango (Kenge), Kwilu (Kikwit), Léopoldville (Léopoldville ou Kinshasa), Lomami (Kabinda), Lualaba (Kolwezi), Kibali - Ituri (Bunia), Mai - Ndombe (Inongo), Maniema Port Empain aujourd'hui Kindu, Moyen Congo (Lisala), Nord - Kivu (Luofu), Sankuru (Lodja) Sud-Kasaï (Bakwango), Ubangi (Gemena) Uélé (Paulis actuels Isiro) et Unité Kasaïenne (Tshikapa).

Sous l'empire de la loi constitution de Luluabourg, le 1er Août 1964, la loi fondamentale est abrogée et remplacée par celle dite de Luluabourg. Il importe de signaler ici que c'est cette constitution qui pour la première fois, qualifia l'Etat Congolais de « République Démocratique du Congo ». L'adoption de 21 provinces y demeure, mais cette constitution n'eut qu'une vie éphémère, car à peine quelques quinze mois seulement après son entrée en vigueur, elle fut balayée par le coup d'Etat du 24 novembre 1965, opéré par Mobutu qui la mit d'abord en veilleuse (suspension) avant de l'abroger et de la remplacer par celle du 24 juin 1967. Notons que cette période allant du coup d'Etat à la promulgation d'une nouvelle constitution sera qualifiée de transition.

La Réforme de 1962 sera butée à d'énormes difficultés car elle n'avait contenté tout le monde du fait de l'appartenance de tel territoire, de tel secteur, dans telle ou telle autre région.

Le tableau synthétique ci-dessous apporte une lumière à ce propos :

Province Territoires, secteurs Disputés entre

Contestés ou disputés

L'Equateur Banzyville (Gbado) Ubangi & Moyen Congo.

Kasaï Groupement Musumba, Unité Kasaïenne et le

Sankuru et le Sankuru.

Katanga Kabalo, Kabongo, Lomami et Nord-Katanga

et Basonge

Kivu Goma, Rusthuru, Kivu Central et Nord-Kivu

et Shabunda

Orientale Watsa Uélé

Faradje et Kibali - Ituri.

Cependant cette première République et d'après l'illustration synthétique du tableau nous ne pouvons dire qu'il y a eu précipitation dans la réforme car le nouveau cadre n'était pas bien préparé pour l'accueil et l'animation de nouvelles institutions. Par ailleurs, le critère de seuil de tolérance sociale n'était pas pris en compte. En effet, lorsqu'on aménage un territoire on tient compte de similitude de gens qui doivent se retrouver sur une étendue homogène que s'ils sont caractérisés par des similitudes historiques et existentielles c'est-à-dire mettre ensemble les gens qui peuvent bien cohabiter, se supporter (Bemba, Lamba, Sanga, Tabwa).

2. La deuxième République.

Cette période va de 1967 - 2006 mais dans le cadre de notre travail nous l'avons limité jusqu'en 1990, pour évoquer également une autre phase qui n'est autre que celle de la transition, cependant incluse dans la deuxième République et qui va jusqu'en 2006.

La réforme de 1967

Après le coup d'Etat du 24/11/1965, le nouveau pouvoir mit en priorité sa consolidation sur terrain, et la lutte contre les forces qui le menaçaient.

Toutefois dans un discours prononcé le 24 décembre 1966, le Président Mobutu, annonça qu'à partir du 1er janvier 1967, toute la République allait être organisée en provinces, districts, territoires et collectivités locales.

Ce discours va être concrétisé par l'ordonnance - loi du 10 avril 1967. Le nombre des provinces passa de 21 à 12 et finalement à 8, plus la ville de Kinshasa.

Par rapport aux six provinces de 1960, les modifications ne concernèrent que les anciennes provinces de Léopoldville et du Kasaï. L'ancienne province de Léopoldville fut démembrée pour donner naissance aux Provinces du Congo - Central (actuellement province du Bas-Congo) du Bandundu et de la ville autonome de Kinshasa. Pour des raisons historiques bien connues de tous, l'ancienne Province du Kasaï fut scindée en deux et donna naissance à la province du Kasaï occidental, et à celle du Kasaï oriental.

Ces provinces de 1967 sont respectivement : Bandundu, Congo-Central, Equateur, Kasaï Oriental, Kasaï Occidental, Kivu, Katanga, Province Orientale et Kinshasa.

Les mobiles à la base de cette réforme sont nombreux mais parmi eux nous pouvons citer et qui retient de plus notre attention est celui selon lequel le régime d'autonomie provinciale instauré d'abord par la loi fondamentale puis repris par la constitution de Luluabourg n'a pas donné les résultats que l'on pouvait normalement en attendre. On fait ensuite remarquer qu'alors que les autorités provinciales défendaient farouchement les droits qu'impliquait l'autonomie, elles ne mettaient pas en oeuvre les moyens nécessaires pour faire face à leurs obligations.

A l'autonomie ne pouvait être substituée la décentralisation mais jusque là cette solution ne pouvait être retenue.

En 1971 la province du, de :

- Katanga devient le Shaba

- Le Congo central devient le Bas - Zaïre

- Province Orientale devient le Haut - Zaïre.

Dans le souci d'uniformiser l'administration, la loi n° 073 / 015 du 5 janvier 1973 instaura une nouvelle administration centralisée et hiérarchisée et consacra les nouvelles appellations de région (à la place de province) sous-région (à la place district), zone (à la place de la commune ou territoire)...

La réforme de 1988.

Sur la base d'une ordonnance - loi n° 031 du 20 juillet 1988, s'érigea les anciennes sous - régions de Kivu en trois nouvelles provinces. Le nombre de provinces passa de 8 à 10 plus la ville de Kinshasa. Et les provinces nouvellement créées sont :

- le Nord - Kivu

- le Sud - Kivu

- le Maniema

Ainsi dans l'ensemble nous aurons comme provinces :

- Le Bandundu

- L'Equateur

- Le Bas - Congo

- Le Kasaï Oriental

- Le Kasaï Occidental

- Le Katanga

- Le Nord - Kivu

- Le Sud - Kivu

- Le Maniema

- La province Orientale

Enfin Kinshasa district urbain jusqu'en 1975, avec le statut de la Province depuis.

3. La transition de 1990 - 2006.

Dès lors que l'administration est uniformisée en 1973 avec les structures strictement hiérarchisées et dépersonnalisées, à l'exception de la ville de Kinshasa qui était dotée de la personnalité juridique, le Président et fondateur du M.P.R. finit par se rendre compte que son système était bloqué. C'est ainsi qu'il dans ses raisons funèbres présentées le 1er juillet 1977 reconnut publiquement où il dit que : " La centralisation du pouvoir était une nécessité politique dans un premier temps pour rétablir l'autorité de l'Etat, pacifier le pays, assurer la cohésion nationale et l'intégrité du territoire, une centralisation trop forte et trop durable risquait, à la longue d'asphyxier le système politique, administratif et économique »((*)31). D'où il décida d'orienter son système vers la décentralisation en parlant de la démocratisation des institutions politiques et de la décentralisation économique régionale.

Ainsi il aurait fallu attendre la loi n° 90 - 002 du 05 juillet 1990 pour inscrire une série des orientations nouvelles dans la constitution telles qu'annoncées dans le discours du Président de la République du 24 avril 1990, où l'on annonça de la démocratisation du pays. C'était le début de la transition qui est la première jusqu'en 1997 lors de la prise du Pouvoir par les troupes de l'A.F.D.L. avec à sa tête Laurent KABILA. Et la deuxième partira de cette date jusqu'en 2003, et la dernière qui commence avec la constitution élaborée sur base de l'Accord Global et Inclusif signé à Pretoria le 17 décembre 2002. Après l'assassinat de Laurent Désiré Kabila le 16 janvier 2001, et cette dernière transition prend fin en 2006, le 02 février.

Nonobstant cette période de la transition et ses différents événements qui se sont succédés, le territoire congolais ne connaîtra plus d'autre réforme sur le plan territorial c'est-à-dire, la structure de 10 provinces plus la capitale Kinshasa restera en place jusqu'à la troisième République. Le peuple, malgré l'indépendance qui n'était pas d'ailleurs un cadeau de la Belgique comme le disais le fameux Lumumba mais un droit de peuple congolais, sa participation sera minime à la gestion des affaires publiques et surtout pendant la deuxième République, malgré les processus de décentralisation, démocratisation initiaient par le Président (Mobutu), le peuple commence à se sentir au moins intéressé de la gestion de leurs cités à partir de la prise du Pouvoir par Laurent KABILA « le soldat du peuple » par et à travers la création des C.P.P., et celui-ci avec son pouvoir éphémère, sera combattu trop vite comme le dit une sagesse européenne « De bonnes choses ne durent pas longtemps », et après sa mort le Congolais se retrouve depuis, dans son ambiance habituelle (Désintéressé de la chose publique).

4. La troisième République de 2006 à nos jours.

La période transitoire nous permet de faire un pont entre la deuxième République et la troisième, et cette transition avec la deuxième République verront leur fin en février 2006 avec la promulgation de la nouvelle constitution devant régir la 3ème République.

En effet, au terme de la constitution du 18 février 2006, la R.D.C. est composée de 25 autres provinces, plus la capitale Kinshasa, toutes dotées de la personnalité juridique, ce sont :

- Le Bas - Uélé

- L'Equateur

- Le Haut - Lomami

- Le Haut - Katanga

- Le Haut - Uélé

- L'Ituri

- Le Kasaï Occidental

- Le Kasaï Oriental

- Le Congo - Central

- Le Kwango

- Le Kwilu

- Lomami

- Lualaba

- Lulua

- Mai-ndombe

- Maniema

- Mongala

- Nord - Kivu

- Nord - Ubangi

- Sankuru

- Sud - Kivu

- Sud - Ubangi

- Tanganika

- Tshopo

- Tshuapa

- Kinshasa((*)32).

L'entrée en vigueur de cette disposition de l'article 2 de la constitution de la troisième République Démocratique fait actuellement l'objet de débat au niveau du parlement, cette institution doit étant autorité compétente en cette matière adoptée une loi organique fixant les modalités d'organisation et de fonctionnement de nouvelles entités décentralisées.

Pour clore cette section, notons que dans son évolution le pays a connu toute une mosaïque de réformes territoriales. Hormis la période coloniale, quatre grands réaménagements caractérisent la R.D.C. à savoir : 

· La Réforme de 1962 (21 provinces)

· La Réforme de 1967 (8 provinces)

· La réforme de 1988 (11 provinces)

· La réforme de 2006 bien que celle-ci n'est pas encore entrée en vigueur elle prévoit 25 provinces.

Il sied également de dire qu'au cours de cette épisode plusieurs autres réformes vont voir jour mais avec un caractère ne portant que sur la réactualisation de la dénomination de certaines personnes publiques. Il s'agit respectivement de celles par exemple de 1971 et 1998.

Section II : PRESENTATION DU DISTRICT DU HAUT - KATANGA

Il est l'un de 4 districts qui composent la Province du Katanga. Il a été créé par l'ordonnance portant le n° 411 / AIMO / 47 du 15 décembre 1947 du Gouverneur général du Congo Belge((*)33).

§1. Situation géographique

Avec une superficie de 131.443 km² le District est limité :

· Au Nord par le District du Haut Lomami et du Tanganyika

· A l'Ouest par la ville de Likasi et de Kolwezi

· A l'Est et au Sud par la République de la Zambie.

Son climat est du type tempéré au Sud, et chaud au Nord. La température moyenne varie entre 10 et 40°C. Il est marqué par deux saisons : saison sèche d'avril à septembre et pluvieuse qui va d'octobre au mois d'avril.

Le relief du sol est caractérisé par les chaînes des montagnes de Mitwaba et de Kundelungu et le plateau d'Upemba.

Le sol est sablonneux au Nord et argile sablonneux au sud. Quant au sous-sol, lui contient en grande partie des minerais dans tout le district, avec comme végétation dominante la « savane ».

L'Hydrographie est constituée principalement de deux lacs principaux (le Moëro et le Tshangalele) ainsi que des cours d'eau principaux ; Luapula, Lufira, Luvua qui relie le lac Moëro au fleuve Congo, et le Fleuve Congo qui prend source dans le secteur des sources du Fleuve Congo.

La population est estimée à 1.631.016 habitants avec comme ethnies et tribus principales ou dominantes : Lamba, Sanga, Bemba, Bakunda, Balomotwa, Kaonde.

Les principales activités sont la pêche, le commerce, les mines, l'agriculture.

§2. L'organisation Politico-administrative.

1° Succession de différentes autorités Territoriales depuis 1967 à nos jours.

- 1967 Mulomba Daniel

- 1967 - 1970 Tshiamala Pierre

- 1970 - 1972 Pambia Musamba

- 1973 - 1976 Lyta-y-Bembo

- 1976 - 1978 Limba Kamo

- 1978 - 1979 Colonel Kika

- 1979 - 1982 Buloko wa Tshimpumpu

- 1982 - 1984 Mupondo Mafundji

- 1984 - 1986 Mayilamene Itsitsa

- 1986 - 1988 Kahanya Kimuha

- 1988 - 1991 Gata Mavita

- 1991 - 1992 Mwema wa Bondo

- 1992 - 1993 Kibawa Mwilambwe

- 1993 - 1994 Kitanika Mwenda

- 1994 - 2001 Mastaki Nyembo

- 2001 - 2002 Ngoy Lwamba Placide

- 2002 - 2005 Mwela Nsambi

- 2005 - 2008 Jeff Bushabu Bope ((*)34)

- 2008 à nos jours Mme Berte TSHIWENGO

2° Divisions et subdivisions administratives

Le District est subdivisé en 6 territoires, 7 chefferies, 13 secteurs, 82 groupements, 8 cités, 39 quartiers, 23 postes d'encadrement administratif et village par territoire.

 

33

Cités

 

CPEA

Quartiers

Village

 

 

 

 

 

Kipushi

2

1

8

1

3

6

52

 

Kambove

1

2

14

1

4

4

143

 

Kasenga

---

4

18

1

4

8

Pas fourni

 

Mitwaba

1

2

14

1

4

3

---

 

Pweto

3

1

15

1

5

3

327

 

Sakania

---

3

13

3

3

15

108

 

TOTAL

7

13

82

8

23

39

 

 
 

((*)35)

§3. Les difficultés majeures du District du Haut - Katanga

Les vastes dimensions du district-Province (131.443 km²), la potentialité de ses ressources diverses variétés, constituent un atout majeur pour le développement et la meilleure gestion de cette entité. Les années consommées démontrent que l'avenir heureux de cette future province repose sur non seulement le morcellement d'une réforme territoriale, mais aussi et surtout dans l'établissement des atouts viables pour l'organisation et le fonctionnement de la nouvelle entité, atouts que nous verrons très prochainement dans le troisième chapitre.

Les défis sont énormes pour le District-Province auxquels il est buté et qui nécessitent une politique robuste d'aménagement mais pour l'instant nous nous limitons à ceux qui sont frappants :

- Au plan social

La mauvaise condition de travail du personnel enseignant à cause d'une rémunération très insignifiante, l'absence de matériels didactiques appropriés, manque d'équipements adéquats, corruption... entraînant la baisse du niveau de l'enseignement.

L'absence d'approvisionnement, de formations médicales en produits pharmaceutiques et en matériels nécessaires, la disparition d'hygiène publique et mauvaise condition de travail du personnel soignant.

L'insuffisance de la desserte en eau et électricité, absence d'une politique cohérente pour assurer l'eau potable aux populations rurales et lutter contre les maladies hydriques.

Le licenciement massif et abusif des agents notamment dans les entreprises minières suite à la fermeture de ces dernières. Par cet état de choses il y a lieu de souligner la recrudescence de cas de banditisme et de vandalisme.

Les conditions sociales déplorables (santé, la famine, le logement, l'état critique de l'enseignement...) aux quelles font face nombreuses personnes autochtones ou la population de ce district correspond à leur situation économique défavorisée. Ces populations connaissent le taux de chômage et d'aide sociale chroniquement plus élevé. Pressé de la pratique de découpage en cours, le pouvoir public en complicité avec certaines organisations tentent par le biais d'une myriade de politique et programme, d'améliorer la situation socio-économique des autochtones, mais il y a lieu de noter la perpétuation des conditions de vie de misérabilité malgré l'intervention de l'Etat et ce non seulement et surtout pour les territoires victimes de la guerre d'agression (Territoires de Pweto et Mitwaba) mais aussi pour tous les autres qui composent cette entité.

- Au plan politique

La léthargie des partis politiques dont la plus part sont organisés autour des bases claniques et ethniques sans projets de société, laissant de côté, une de leurs missions essentielles à savoir le renforcement de la conscience nationale et l'éducation civique de leurs membres.

- Au plan économique

L'économie reste caractérisée par le délabrement total du tissu économique, très mauvaise circulation des personnes et des biens.

- Au plan Administratif

L'administration souffre ; elle est en principe comme nous pouvons le dire sans se farder qu'elle est empirique c'est-à-dire caractérisée toujours par un vieillissement du personnel, du matériel, non ou mal équipée, un très mauvais état de son infrastructure (cadre d'accueil), l'absence de renforcement des capacités du Personnel ; mauvaise rémunération ; lacisme, corruption et impunité...

Au Plan des infrastructures

L'état vétuste des infrastructures telles que le bâtiment (services administratifs, écoles, hôpitaux, marchés...), les ponts, les bacs et les aérogares ; manque de transformateurs électriques capables d'alimenter les villes, les territoires et leurs environs ; la destruction très avancée des routes à la base de l'enclavement de plusieurs entités territoriales à cause de l'impraticabilité des routes qui bloque, surtout à l'intérieur du District, la circulation des personnes et des biens. Ce blocage exacerbe de plus en plus les conditions de vie déjà précaires de la population.

Ces différents problèmes relevés peuvent retenir en priorité l'attention de nos gouvernants de par de leurs multiples effets désavantageux. C'est pourquoi outre la prise en compte de tous les autres critères de découpage, le gouvernement doit s'atteler prioritairement à des cruciaux problèmes que nous verrons très prochainement dans le troisième chapitre.

CHAPITRE III : DE LA VIABILITE SOCIO-ECONOMIQUE DE LA FUTURE PROVINCE DU HAUT-KATANGA

Parler de la viabilité du Haut - Katanga paraît important d'évoquer cette opération de découpage envisagée par la constitution de la troisième République en stigmatisant l'importance des ressources que regorge cette future province. Le redécoupage du pays est justifié par ses protagonistes comme une réforme commandée par le souci de rapprocher l'administré de l'administration. De toute évidence dans le but d'accélérer partout le progrès économique et social. C'est la promesse des gouvernants, c'est le souci des gouvernés. A ce sujet les attentes de la population sont fortes que cette même population est restée pendant des décennies à la recherche de quelques raisons de ne pas désespérer du pays. Bien plus, cette attente est immense si bien que toute attitude de réserve vis-à-vis du découpage est souvent perçue comme suspecte. Une fraction importante de la population veut croire que les avantages liés à cette réforme sont « évidents ». En douter passe pour être attentoire à l'intérêt national. Les congolais sont sinistrés par un demi-siècle de gâchis ; ils cherchent à croire qu'eux aussi ont le destin comme tous les hommes, et un avenir comme toutes les nations.

Pour mieux comprendre ce chapitre, nous l'avons ventilé sous trois sections :

- Les atouts de viabilité de la future province du Haut - Katanga

- Les mécanismes de viabilité de la future province du Haut - Katanga.

- L'impact de la viabilité de la future province du Haut - Katanga.

Section I : LES ATOUTS DE LA VIABILITE SOCIO-ECONOMIQUE DE LA FUTURE PROVINCE DU HAUT - KATANGA.

§1. La viabilité économique

De prime abord, le Haut - Katanga avec ses dimensions de 131.443 km2 de superficie est plus vaste que les pays comme la Corée du Nord avec 120.538 km2, la Corée du Sud 99.291 km2, le Portugal 92.072 km2, le Pays-Bas 34.182 km2, la Suisse 41.418 km2, la Belgique avec 30.518 km2, Le Luxembourg avec ses 2.586 km2. Au regard de ses dimensions géographiques, le Haut - Katanga ne peut qu'être qu'une province((*)36).

L'importance économique de ce District nous permet à affirmer la thèse selon laquelle il est économiquement viable et naturellement bénit. Tous les territoires de ce district regorgent des richesses considérables, aucun territoire n'est pauvre. Que ça soit au niveau des richesses minières, où l'on note la remarquable présence du cuivre, Zinc, manganèse, Cobalt, or... Cette richesse du sous-sol attire les grandes sociétés minières à s'implanter dans son territoire, ces sociétés réduisent le chômage par et à travers la promotion de l'emploi. Le Haut - Katanga est devenu depuis quelques temps un carrefour de grandes entreprises minières avec comme conséquence l'augmentation considérable de la population car il est devenu plus attractif. Donc les présages montrent la future province plus attractive et plus viable.

Le sol est également riche et constitue ainsi une importante de revenu pour le Haut - Katanga. Toutes les cultures vivrières sont rentables sans l'utilisation aucune des engrais chimiques. La grande difficulté dans notre pays est que l'économie depuis l'indépendance à nos jours a toujours été mono sectorielle c'est-à-dire une économie basée sur un seul secteur celui des « mines ». Mais avec la politique et la volonté du gouvernement provincial qui veut se pencher sur l'agriculture, nous l'avons tous vécu l'achat des tracteurs » qui sont d'ailleurs déjà affectés dans les 4 districts, dont le Haut-Katanga en fait parti est un signe positif de viabilité. L'élevage se pratique dans les plateaux de Kundelungu et bien dans d'autres coins, c'est notamment celui des boeufs. La pêche s'opère dans les Luapula-Moëro et dans d'autres rivières comme Kapolowe, Luvua. Le Territoire est riche également en réserves touristiques. Certains des pays au monde se développent par l'intermédiaire de leurs ressources naturelles. Ces sites touristiques constituent une des principales sources des revenus, parmi lesquels nous pouvons noter les chutes, comme par exemple celle de Lofoï, la plus haute chute d'Afrique, abritée par le Haut-Katanga elle tombe d'une pente de 384 mètres de Hauteur au saut de Kalaba et jaillissant du plateau de Kundelungu sur la route Lubumbashi - Sampwe.

Les chutes sur la rivière Luapula dites (chutes de Johnson) proche de Kasenga, elles se situent sur la Luapula qui forme une frontière naturelle entre le Katanga et l'ex Rhodésie du Nord, entre les lacs Moëro et Bangwelo. Le fleuve très sinueux et large de 300 m et profond de 3 à 4 m. Le voyage en bateau est magnifique. Pour ne citer que celle-là. Nous pouvons également citer le parc de Kundelungu créé en 1970, qui s'étend sur 210.000 ha et contient de nombreux singes, lions, léopards, antilopes et zèbres. Ces sites si seulement bien valorisés, entretenus, constituent des véritables revenus pour le pouvoir public.

L'infrastructure, partout en R.D.C. où elle présente un air presque viable, le Haut - Katanga en fait parti. Qu'il s'agit de l'infrastructure routière, les six territoires du district sont reliés malgré le mauvais état des routes difficilement praticables pendant la saison sèche et impraticable en saison de pluie.

Les efforts du gouvernement sont énormes en matière de réhabilitation et il permet ainsi tant soit peu à résorber le chômage.

Le réseau ferroviaire constitue lui aussi une source infrastructurelle importante, les entrées et les sorties de locomotives apportent un plus soit une valeur ajoutée au denier public. Quant aux bâtiments publics et administratifs, la future province ne connaîtra pas assez beaucoup des difficultés, elle est dotée des édifices qu'il faut pour son démarrage mais l'épineux de problème serait celui d'état de délabrement dont bon nombre de ces édifices en sont victimes.

Nous ne pouvons nous en passer s'en en évoquer les principaux marchés se trouvant dans les deux grandes villes de la province et qui sont d'ailleurs les principaux centres commerciaux, constituent les importantes sources des revenus du pouvoir public.

§2. La viabilité sociale

Celle-ci ne peut être analysée en fonction du vécu quotidien de la population. La population katangaise est pauvrement pauvre en général, mais elle-même assise sur de grandes richesses. Cette population peut être scindée en deux classes : la classe des nantis, constituée d'une certaine minorité d'individus ; et la classe des misérables qui en est la majorité. Donc, pas de classe intermédiaire, pas de classe moyenne. Cet état des choses nous amène à développer les considérations selon lesquelles, les richesses sont très mal exploitées, elles sont très mal orientées vers les comptes publics, elles sont enfin très mal répartis parmi les différentes couches des populations bref, les richesses ne profitent qu'à une certaine catégorie d'individus, c'est la gestion prédatrice. Alors que si nous sommes à la quête de la viabilité de la future province du Haut-Katanga nous ne pouvons qu'encourager ce processus de découpage, qui leur permettrait de jouir d'une certaine autonomie de la gestion économique et de son propre budget en contrôlant aisément et efficacement ses différentes ressources ; à partir des taxes et des impôts perçus, faire face aux problèmes locaux dans les domaines de l'agriculture, de l'enseignement, de la réhabilitation et construction des routes...

Avec toutes ces données nous ne pouvons qu'encourager et soutenir l'opération du découpage de notre pays qui a nos yeux est une opportunité car elle vise à corriger la situation qui fait de la R.D.C un pays aux provinces très vastes et difficilement gérables et à l'avantage de rapprocher les gouvernants des gouvernés.

Section II : LES MECANISMES DE LA VIABILITE DE LA FUTURE PROVINCE DU HAUT-KATANGA.

La possession des ressources d'un territoire est une bonne chose, mais savoir gérer et les répartir aux concernés équitablement en vue d'améliorer leur vie quotidienne, et rendre davantage cet espace plus viable en est une autre. En d'autres termes lorsqu'une population est consciente de l'importance des richesses de son territoire les gestionnaires de cet espace doivent faire en sorte que la richesse soit profitable et profitée par les habitants et pour y arriver, il faut suivre une certaine procédure, certains mécanismes. Partout où l'espace territorial présente un aspect viable, eh bien on continue à le rendre économiquement, politiquement, socialement plus viable. L'importance de ressources du sol, du sous-sol... et les conditions existentielles des êtres vivants en territoire du Haut - Katanga interpellent notre conscience et nous amènent à philosopher scientifiquement pour stigmatiser le pourquoi d'une misérabilité aigue d'un peuple assis sur une richesse considérable. Ce décalage est au simple fait que les richesses sont caractérisées par une mégestion, c'est-à-dire les richesses sont très mal exploitées, l'argent n'entre pas suffisamment dans le compte public, et l'argent qui entre n'est pas affecté à des dépenses productives c'est une gestion prédatrice et par conséquent le peuple est méconnu dans cette affaire. Or rendre un territoire plus viable ceci répond à la meilleure répartition des revenus parmi les habitants en vue d'améliorer leurs conditions socio-économiques. Et c'est ainsi que pour compromettre, on fait appel à certains mécanismes. Les mécanismes sont légion et peuvent varier d'un territoire à un autre selon le contexte et les réalités de chacun de l'espace. Mais dans le contexte de notre territoire selon les réalités que présente la future province du Haut - Katanga nous les avons catégorisé de la manière : la recherche des données démographiques, une mobilisation et une répartition équitable des ressources, la rénovation de l'administration publique de la territoriale et la réhabilitation des infrastructures de base.

§1. La démographie

Etant l'étude quantitative des populations et de leurs dynamiques à partir de caractéristiques telles que la natalité, la fécondité, la nuptialité (ou conjugalité) et la migration.

L'objectif consiste à analyser les variations de ces phénomènes dans le temps et dans l'espace en fonction des milieux socio-économiques et culturels. A partir de ces données démographiques il est facile et simple de saisir et d'enregistrer les différents problèmes et les différents besoins ressentis par les populations... Combien d'écoles primaires, secondaires, professionnelles faut-il pour telle population vivant dans tel ou tel autre territoire ; quel dispositif sécuritaire à disposer pour une étendue donnée ; quels sont les besoins primaires, les besoins primordiaux, les besoins prioritaires à satisfaire pour une population selon ses activités exercées... Lorsque les données démographiques sont bien maîtrisées par les gestionnaires et lorsque leurs différents besoins sont pris en considération l'espace territorial devient de plus en plus viable.

§2. La mobilisation et la répartition équitable des ressources.

Tous les districts du Katanga sont riches dont le Haut-Katanga semble légèrement être en avance par rapport à d'autres, il en est de même de ses territoires malgré les possibilités économiques ne soient pas homogènes mais du moins tous sont économiquement viables. Les minerais constituent en eux seuls une principale ressource qui bénéficie soit contribue largement au budget de la République Démocratique du Congo. Les minerais sont l'un des déterminants de l'accroissement démographique au Katanga et à la base de la sur urbanisation dans la capitale économique, dans le centre commercial qui est la ville de Lubumbashi. L'importance des gisements miniers attire les investisseurs étrangers, et ceux-ci amènent avec eux de l'emploi en résorbant ainsi tant soit peu le chômage, ils peuvent et attirent les populations des provinces voisines de la R.D.C. à se débarquer dans la province. Cette situation est une explication à l'accroissement de la population. Ceci n'est pas encore un problème. Le problème génère dans la mesure où l'on voit cet afflux d'entreprises minières en pleine opération et que ces minerais exploités ne profitent quasiment pas aux peuples concernés, c'est le pouvoir public qui en est responsable. Les différents sites touristiques et autres ressources naturelles constituent jusqu'à présent des réserves alors que la population continue à persévérer dans la misérabilité. Il faut créer des mécanismes de rentabilité de ces richesses, comptabiliser leurs revenus dans le compte de l'Etat et savoir les répartir équitablement, la nécessité et l'importance des ressources humaines, il faut un type d'homme qu'il faut.

§3. La rénovation de l'administration publique de la territoriale.

L'administration publique territoriale est placée sous l'autorité du Ministère de l'intérieur. Elle est celle qui, en plus de s'occuper des affaires publiques de la compétence exclusive du ministère de l'intérieur, coordonne toutes les activités de gestion administrative spécifiquement relevant de chaque Ministère dans une partie du territoire national (Province, ville, commune, District, Territoire, Collectivités, groupement, village)((*)39).

Le vieillissement du personnel administratif tel est la caractéristique caractérisant l'administration publique congolaise d'une manière générale. La province future du Haut - Katanga comme toutes les autres nouvelles provinces seront dotées de leurs administrations respectives, elles seront d'office logées. Cet état de chose nous a amené plus loin à penser sur ce personnel, sur les nouvelles institutions à loger, leurs équipements... Nous nous sommes ressaisi pour dire qu'il faut le plus vite possible rénover cette administration. Et la rénovation de l'administration territoriale peut partir nous l'avons estimé du personnel administratif, passant par des infrastructures abritant les services administratifs et en finir par équipements utilisés dans l'administration.

1° La rénovation du personnel administratif

Cette rénovation doit se réaliser à deux niveaux : la rénovation physique et la rénovation psychique.

Ø La rénovation physique, veut changer physiquement les hommes qui travaillent dans l'administration publique à certaines catégories et à certains emplois en respectant les conditions fixées dans les statuts de la fonction publique. Ce mouvement est réalisable de deux manières :

· La mutation interne ou la mise en place, qui, normalement vise l'efficacité de rendement des services administratifs. Il s'agit de la volonté de mettre l'homme qu'il faut, à la place qu'il faut. Elle peut s'opérer de deux manières : Tout en restant dans la même catégorie ou le même grade (la mutation) et le changement de catégorie ou de Grade (la promotion).

· La mise à retraite des anciens fonctionnaires et agents de l'Etat : elle vise le renouvellement physique ou le rajeunissement de la fonction publique conformément aux critères d'âge, d'anciennetés fixées dans les statuts. pour certains fonctionnaires et agents de l,Etat dont le rendement administratif est manifestement insatisfaisante, il est prévu dans les statuts une procédure de la mise à la retraite.

Ø Quant à la rénovation psychique qui consiste à garder les mêmes personnes physiques dans la même catégorie et emploi mais en changeant leur manière de travailler. En d'autres termes il s'agit de changement du personnel de l'Etat.

Le changement psychique des fonctionnaires et agents de l'Etat s'opère par des facteurs endogènes et exogènes.

· Le changement psychique endogène, s'opère à l'intérieur du fonctionnaire et de l'agent de l'Etat lui-même ; il s'agit de l'application stricte de la déontologie de l'administration.

· Et le changement psychique exogène, c'est l'acquisition intellectuelle de nouvelles connaissances professionnelles théoriques et pratiques à travers les colloques, les séminaires, les stages, la poursuite des études ...((*)40)

Ce processus de rénovation du personnel administratif permettrait d'avoir les experts et animateurs de qualité et en qualité, des fonctionnaires et agents à la hauteur de leur tâche au niveau territorial. Or, le pouvoir public semble apparemment bafouer ce mécanisme, soit le minimiser.

Le nouveau découpage pointe à son horizon, nous pouvons le dire sans se maquiller que la province du Haut - Katanga comme toutes les autres provinces à créer vont tout droit, les yeux ouverts vers un gouffre.

2° La rénovation des bâtiments administratifs.

Bientôt le découpage, le Haut - Katanga sera doté de la nouvelle administration provinciale et de divers services de l'Etat. Les élus dans les territoires respectifs auront leur cadre. Nous pouvons nous demander si existe-t-il un bon cadre pouvant accueillir de nouvelles institutions. Si c'est grave qu'aucun effort n'est consenti pour ériger de bons cadres, c'est alors pire que les bâtiments administratifs dans ce district sont dans un état de délabrement très avancé, d'autres se sont déjà écroulés par défaut d'entretien et surtout au niveau de territoire, d'autres encore abandonnés par manque d'entretien ... Ces bâtiments administratifs ne doivent simplement pas concernés les services administratifs mais aussi les individus qui animent la territoriale. Comment sont-ils logés, dans quelles conditions ? L'air des bâtiments administratifs que ceux - ci présentent ne donne même pas le goût d'y oeuvrer et surtout pour les jeunes diplômés universitaires. Avec ça si nous encourageons le découpage, un jeune licencié peut - il accepter d'être affecté dans un territoire ou il peut y demeurer sans abri ou dans un immeuble délabré ? Nous sommes dans un centre urbain où les immeubles abritant les divers services de l'Etat sur l'avenue de chute dans la commune de Lubumbashi présentent un état d'une administration misérablement misérable. C'est catastrophique ! Aucune preuve de l'existence d'une administration, et que dire des bâtiments administratifs au niveau de la territoriale.

3° La rénovation des équipements administratifs

La rénovation de l'administration publique de la territoriale peut également passer par les équipements.

Nous avons eu à nous ressourcer scientifiquement au cours de l'année 2009 en mars au secrétariat de la division de Province où nous avons été surpris de constater amèrement un secrétariat de cette Division dotée d'une seule machine à écrire mécanique, rouillée, posant d'énormes difficultés de clavier à son dactylographe, nous sommes au centre urbain à Lubumbashi sur avenue de chute, commune de Lubumbashi. Comme cela ne suffit pas, le moyen de communication, le moyen de déplacement font défaut. Ceci étant en ville et que dire des territoires. Où le territoire entier constitué d'un charroi automobile de 2, 3 véhicules, où dans certains bureaux, les chefs n'ont que des banquettes et sans table aucune. C'est grave qu'au 21e siècle de trouver au niveau de la territoriale des services non informatisés, les services dépourvus des anales...

§4. La réhabilitation des infrastructures de base

Nous pouvons épingler les routes, les bâtiments administratifs que nous venons de voir dans le paragraphe précédent, les écoles, hôpitaux.

Les Routes

L'infrastructure routière semble d'ailleurs pour le moment l'épineux et crucial problème que le gouvernement doit s'atteler pour le résoudre rapidement.

Le District du Haut - Katanga bientôt province sera sans doute, appelée à exercer et à entretenir ses relations commerciaux avec les provinces voisine et avec toutes les provinces du pays étant un système homogène. Sur ce, compte tenu des réalités du pays, la route semble être le moyen le plus important et plus sollicité. Les différents élus du peuple doivent descendre dans leurs bases respectives pour la récolte des données, c'est toujours la route qui peut être plus sollicitée.

L'enclavement de plusieurs entités territoriales à cause de l'impraticabilité des routes bloque, surtout à l'intérieur de ce district la circulation des personnes et des biens. Ce blocage exacerbe de plus en plus les conditions de vie déjà précaires de la population.

Prenons le cas de la route Kipushi - Pweto mesurant 400 km. Cette route passe par plusieurs milieux ruraux, mais elle n'est praticable aisément en saison de pluie jusqu'à Kasomeno..., ces milieux ruraux produisent en qualités et en quantités des produits vivriers et à Pweto même (territoire) sont produits des milliers des poissons. Et dans de fins fond, la production d'autres produits vivriers est à l'actualité. Tous ces produits, ne savent pas arriver dans des centres de consommation et par conséquent ils pourrissent, et ceci perpétue davantage la misérabilité de ces ruraux car l'échange n'est pas possible.

Les centres de productions ont nécessairement besoin de faire parvenir les produits vivriers vers les centres de consommation. Cette liaison poursuit le but fondamental qui consiste à faciliter les échanges commerciaux entre les centres ruraux et les centres urbains. Cette liaison consiste à faciliter le déplacement aisé des personnes et de leurs biens c'est-à-dire ce qu'ils produisent dans les milieux respectifs. Donc la rupture de liaison entre les centres urbains et les milieux ruraux et sans contestation pour le District du Haut - Katanga, pour la province du Katanga et pour la République Démocratique du Congo entière.

Les gens ne se déplacent pas, et ceux qui se déplacent ont du mal. Il faut soit construire des routes soit les aménager, afin de quitter facilement Lwambo à Mitwaba, de Mitwaba à Kasenga, de Kasenga à Sakania par route. Que les gestionnaires maîtrisent les mécanismes de liaison au sein de cette entité par moyen routier.

Le plus grand problème que nous avons en R.D.C. est celui des routes. Il est impensable que jusqu'à aujourd'hui au XXIe siècle qu'on ait des difficultés de déplacement d'un territoire à un autre, d'une province à une autre ; c'est pathologiquement malade. Pour se rendre à Goma il faut emprunter un vol, en passant par Kinshasa - Kisangani, en payant doublement, triplement les frais le transport doit être facilité.

- Les écoles et les hôpitaux

Les statistiques de 2008 prouvent que l'ensemble du District du Haut Katanga regorge 272 écoles primaires dont 30 pour le pouvoir public, et 120 écoles secondaires dont 23 pour l'Etat, donc au total 53 écoles pour l'Etat sur 392((*)41). Nous pouvons nous interroger si parmi ces 53 écoles, combien présentent un état de vétuste et combien ne sont pas victimes. Nous pouvons d'ailleurs partir d'un modèle d'un établissement public « l'Institut Kiwele » sur l'avenue Lumumba dans la commune de Lubumbashi. Jugez-en vous-même ! Un état de délabrement très avancé, et aucune politique de réaménagement de ce bâtiment n'est entreprise et pas même d'autorité publique pour y penser à cela, un bâtiment au vu de tout le monde. Ceci nous permet de faire un pont à la démographie.

Section III : L'IMPACT DE LA VIABILITE SOCIO-ECONOMIQUE DE LA FUTURE PROVINCE DU HAUT - KATANGA

La capacité attractive du district du Haut - Katanga de part de ses richesses a comme effet l'implantation des multinationales qui créent de l'emploi et apportent également de la nouvelle technologie pour profiter non seulement aux autochtones mais aussi au pays concerné, elles améliorent rapidement les espaces territoriaux par et à travers la construction rapide des infrastructures routières, sanitaires, scolaires, publics et administratifs, la construction des nouveaux lotissements... Ce qui rend davantage le Haut - Katanga viable. Il y a également l'expansion démographique.

L'augmentation de la population trouve son explication au Katanga sur différents faits : la guerre de libération de 1996, la guerre d'agression qui éclata le 02 août 1998, mais et surtout avec l'événement des sociétés multinationales phénomène qui remonte depuis pendant la transition surtout à partir de 2003. L'augmentation démographique est un facteur explicatif de la viabilité d'un territoire donné, mais et d'autre part elle est à la base des conséquences négatives dangereuses susceptibles de mettre en jeu cette viabilité socio-économique de la future province du Haut - Katanga, car le découpage aussi pointe à l'horizon, la population accroît les problèmes augmentent également, ce qui semble sauter aux yeux de gestionnaires c'est la dégradation de la paix, l'insécurité augmente également.

§1. L'insécurité

L'insécurité semble également être une épine dans le pied du gouvernement auquel, à ce jour, on pense le moins. Les nouvelles entités doivent être en mesure de bien assurer la sécurisation des biens et des personnes.

Chaque nouvelle province aura sa propre police, il en est de même de celle du Haut - Katanga. On l'appellera police locale ou police de proximité pour en minimiser les prérogatives plaçant ainsi la sécurité des biens et des personnes sous la responsabilité de la police nationale. Par contre, on l'appellera police provinciale pour mettre en relief l'étendue de sa compétence territoriale, laquelle doit couvrir la sécurité des biens et des personnes sous juridictions. Il est vrai que les deux tendances seront départagées par le dispositif légal et réglementaire que prévoit la constitution.

Imagions le cas - fort peu probable dans le Congo ou le dispositif légal et réglementaire en matière de découpage sera complet et clair cohérent. Dans cette hypothèse il ne restera plus que la culture des peuples et la qualité des dirigeants pour décider de l'issue de cette expérience de découpage ou l'une et l'autre faciliteront la mise en oeuvre du découpage. Ou au contraire, elles la compliqueront. Une fois de plus, retenons une deuxième hypothèse optimiste mais tout aussi improbable : Celle d'une culture ambiante et d'une compétence des dirigeants provinciaux qui facilitent l'application scrupuleuse des lois et règlements régissant le découpage territorial et la décentralisation. La sécurité des biens et des personnes sera-t-elle bien garantie qu'elle ne l'est aujourd'hui, notamment pour ce qui est de contenir et de réprimer les délits et les crimes transfrontaliers ? Hélas ! Non ! En effet, d'abord, le pays passe de 12 provinces à 26, du même coup des espaces se font plus étroites, les administrations plus improvisées et moins équipées, et les frontières à contrôler plus nombreuses. Ensuite, c'est précisément à ces administrations qu'incombe la responsabilité de sécuriser les biens et les personnes : faute de quoi aucun citoyen n'aura été rapproché de son administration en quoi que ce soit. Ainsi donc, l'essentiel nécessitera du temps et des ressources considérables : l'organisation de l'Etat civil, l'équipement et la formation de la police, la mise en place des cours et tribunaux des provinces, ainsi que les mécanismes de coopération entre polices et juridictions provinciales. Conséquence logique : comme aujourd'hui, et sans doute plus qu'aujourd'hui et pour longtemps les frontières seront allégrement et paisiblement franchies par les malfrats.

La criminalité et l'insécurité seront davantage à l'intérieur des provinces face à des administrations provinciales qui s'installent sans équipement ni expérience. Elles seront tout autant à cheval sur les frontières. Les frontières en effet seront considérées des protections d'une autonomie provinciale opposable à tous, plutôt que comme des lignes de collaboration avec les provinces voisines.

L'incapacité des polices et la non collaboration des administrations constituent ainsi un grand défi : faute de temps et des ressources. La situation sera même pire si, comme cela semble hautement probable, les provinces ont une conception isolationniste tatillonne. Délinquance, terrorisme et drogue auront à l'intérieur et à cheval sur des multiples frontières factices un boulevard grandement ouvert pendant des lustres. L'insécurité dont un Congo en quête de la stabilité n'a sûrement pas besoin. Les sociétés de gardiennage ont de beaux jours devant elle.

§2. La dégradation de la paix civile

Sans forcément être menacée, la paix civile sera en recul lors des interminables querelles émaillant la répartition du Patrimoine des provinces en liquidation. Aucune communauté n'acceptera de laisser à une autre la jouissance exclusive des édifices, installations, organisations autre fois gérée en partage. Le territoire congolais est donc promis de se transformer en un vaste champ de palabres, avec ça et là des fâcheries croisées et des escarmouches autour des bouteilles et des vaines gloires. Le Droit reconnu à tout citoyen congolais d'établir son domicile dans la localité de son choix, ne sera qu'une véritable coquille vide dans un contexte aussi délétère. Bientôt, le Haut - Katanga ne consentira pas abandonner, sans compensation à la seule province du Sud-Katanga le bénéfice des infrastructures, industries et pourquoi pas les marchés de Lubumbashi et de Likasi. Bien plus, les Katangais non originaires de la nouvelle Province du Haut - Katanga mais depuis longtemps résidant de Lubumbashi et de Likasi et partout dans le reste de cette province deviendront des « étrangers envahisseurs » à la manière dont les mineurs Kasaïens et leurs descendants sont devenus des « étrangers » au Katanga après le découpage administratif de 1933 ayant intégré à la nouvelle province du Kasaï Lomami le District occidental de l'ancienne province du Katanga. Ces quolibets croisés seront d'autant plus inévitables et plus mordant que les nouvelles provinces sont promises à un statut d'entités décentralisées.

Dans cette nouvelle province comme dans l'ensemble du pays, la paix sociale permet de demeurer pour longtemps encore parmi les principales préoccupations. Faite des coups de gueules et des coups de griffes ça et là, une certaine instabilité persistera sur fond de déménagement et en tous gens des populations et des administrations. Elle sera incompatible avec toute gestion publique prometteuse de progrès. Dans des palabres des interminables, les conflits ouverts et la misère sociale guettent, et l'amélioration des conditions existentielles sera d'autant un rêve inaccessible, voire « insensé ».

En effet, à défaut de promouvoir le progrès du pays, les gouvernants auront un précieux alibi : celui d'avoir eu consacrer l'essentiel de leur imagination et des ressources du pays à éteindre des incendies ça et là. Et comme personne ne s'avisera à rechercher les responsables des incendies, les gouvernements ont raison d'espérer que l'excuse sera à la hauteur de notre aspiration au progrès.

§3. Le manque des possibilités pour stabiliser la paix, et la sécurité parmi les différents membres de la société.

Le découpage territorial de la R.D.C. est une opportunité et offre des avantages si l'on prend en compte les dimensions continentales du pays qui se situe à 2.345.410 km².

La mise en place de nouvelles institutions ne rapportera rien de palpable dans un horizon temporel prévisible. Elle drainera de l'insécurité, d'immenses frustrations, davantage de pauvreté...Une fois ces critères établis plus haut ne sont pas aménagés. Pire encore, la réforme promet d'être extrêmement coûteuse financièrement et même sur le plan managérial. Les tâches lourdes et complexent se dessinent à l'horizon ; installer l'architecture de 26 administrations provinciales, pourvoir à chaque espace provincial d'un minimum d'infrastructures (routes, hôpitaux, bâtiments administratifs, écoles...), équiper toutes ces installations pour les rendre viables, recruter et former le personnel administratif et technique requis, soit le retraiter... Des sommes colossales, des compétences nombreuses sont exigées.

En effet, l'aménagement minimum d'un espace de celui du District du Haut - Katanga et de sa nouvelle architecture administrative se chiffre en centaines de millions de dollars, alors fois 15 nouvelles provinces, et peut être un peu moins pour les 11 anciennes provinces. Donc quelques dizaines de milliards, somme exigible au début du processus.

Le manque des ressources et les besoins d'endettement sautent aux yeux. Pour peu qu'on se souvienne que les recettes budgétaires propres du Congo atteignent péniblement 800 millions de dollars par an. Pari impossible dans un pays surendetté et récemment plébiscité dans le club prestigieux des P.P.T.E. (Pays Pauvres Très Endettés).

A la lumière des exigences financières et managériales du prochain découpage administratif, l'impression tend à s'imposer que cette opération est simplement un rêve inaccessible.

CONCLUSION

Nous voici arriver au terme de notre étude qui a porté sur « le découpage territorial de la R.D.C. et des effets sur la viabilité des nouvelles provinces, cas du District du Haut - Katanga ». Pour mieux l'appréhender, nous l'avons subdivisé en trois chapitres que voici ci-dessous :

- Le chapitre premier, a concerné les considérations générales, ou il a été question de définir les concepts de bases (découpage territorial, viabilité), les concepts connexes (décentralisation, centralisation, déconcentration) et les théories de références.

- Le second chapitre, a porté sur le panorama évolutif des différents découpages territoriaux en République Démocratique du Congo et la présentation du District du Haut - Katanga.

- Le troisième et dernier chapitre a voulu décortiquer l'impact du découpage en République Démocratique du Congo.

Nous nous sommes préoccupé à étudier la procédure de découpage en analysant scrupuleusement les mécanismes pouvant permettre la viabilité des nouvelles provinces pour en dégager enfin les effets de celui-ci avant qu'il n'intervient.

Faute d'analyser la situation d'une façon profane, l'avons circonscrit dans le District du Haut-Katanga, où après avoir épinglé les difficultés auxquelles celui-ci est confronté, nous constatâmes que pour sa viabilité en tant que nouvelle entité il faut la prise en compte de certains facteurs objectifs : le vouloir vivre collectif, la paix civile, la restauration de l'administration publique territoriale, l'infrastructure, la sécurité, la démographie, et dans le cas contraire, il s'agira de l'insécurité, l'instabilité des institutions, les frustrations immenses, tensions avec beaucoup plus de risque de conduire le pays à des guerres civiles.

Il est ressorti tout au long de nos analyses que les découpages d'après l'indépendance sont intervenus de manière circonstancielle sous la pression des événements en contexte de tension, d'insécurité et ces découpages ont souvent été annulés par manque de financement, de l'incompétence au sein de l'administration et ceux-ci étant les conséquences de l'impréparation de l'improvisation, de précipitation...

Certes, le pays ne court pas forcément à la catastrophe, mais il va de toute évidence, les yeux bandés au devant des difficultés légion. Tel qu'il est conçu et tel qu'il sera vraisemblablement appliqué, le prochain découpage est une réforme sans vision ni préparation, improvisée, risquée et coûteuse, non seulement pour le Haut - Katanga mais pour l'ensemble du pays. Evitons donc de nous engager dans un précipice sans fond au risque de revivre la situation de notre pays après l'indépendance.

Pour terminez, disons qu'aucun succès permanent n'est possible sans introspection et correction des erreurs. Compte tenu des tares graves constatées actuellement au pays, il serait plus prudent de programmer la mise en place de nouvelles provinces pendant soit après la législature de 2011.

BIBLIOGRAPHIE

I. OUVRAGES

- Charles DEBBASCH, & MARCEL PINET, les Grands textes administratifs, Sirey 1970.

- Clément KABANGE NTALA, Droit Administratif Tome III, Kinshasa 2001.

- Detton HERVE, l'Administration régionale et locale de la France, Paris, Puf.

- KASENDA MPINDA, l'Administration au Zaïre, Col. Pédon, Paris 1973.

- JACQUES BOUDEVILLE, Aménagement du Territoire et polarisation, Paris, éd.

Génin 1972.

- MULUMBATI NGASHA, Introduction à la science politique, 2e éd. Africa,

Lubumbashi, 2006.

- MULUMBATI NGASHA, Manuel de sociologie générale, éd. Africa, Lubumbashi 1980.

II. MEMOIRES ET T.F.C.

- BANZA KALAMA, " le Découpage Territorial en R.D.C. comme facteur de la

bonne gouvernance", Mémoire SPA, Unilu 2006 - 2007.

- KABUNDI NDEBA Jeannot," le Nouveau découpage territorial : Attentes et Défis

à relever par l'administration publique", Mémoire S.P.A., Unilu 2006 - 2007.

- KITOKO MULENDA, "le Fédéralisme comme outil de développement des pays

du tiers monde" (Cas du Zaïre), T.F.C SPA, Unilu 1993-1994.

III. SYLLABUS ET NOTES DE COURS

- ISANGO IDI WANZILA, "Cours de méthodes de travail scientifique", G1 S.P.A, Unilu 2003.

- KABEYA LUBILANSHI," Notes de cour de théories des organisations", G3 S.P.A., Unilu 2005.

- KALUNGA MAWAZO, " Cours d'Aménagement du Territoire", G3 S.P.A, Unilu 2007.

- MBAYA KABAMBA, " Cours de Droit Administratif", G2 SPA, Unilu 2006.

- MUZIMBA SINAWAZO, " Cours de recherche guidée II", G2 SPA, Unilu 2004.

- MWAMBA SINONDA, " Cours de Mouvement des capitaux", L2 SPA, Unilu 2009.

- SALUMU AMISI Valérien " Syllabus d'Etudes des cas en Administration Publique", G3 ENAP, Kinshasa 2006.

IV. ARTICLES & DOCUMENTS OFFICIELS

- VUNDUAWE TEPE MAKO," l'Administration locale du Zaïre de 1985-1992", in Zaïre Afrique n° 165.

- VUNDUAWE TEPE MAKO," Nouvelle organisation territoriale Politique et administrative du Zaïre", Zaïre-Afrique n° 166.

- "Le projet de constitution de la troisième République de la R.D.C.", Kinshasa, 2005

- " Rapport annuel du District du Haut - Katanga 2008"

V. AUTRES DOCUMENTS

- Dictionnaire," le Petit Robert" Grand format

- Dictionnaire," le Petit Larousse "Grand Format

- CASSIUS JEAN SOSSOU BIADJA," la Décentralisation et coopération décentralisée au Bénin : vers la légitimation des espaces publics locaux pour le développement des collectivités locales", wwwmémoire.online.com

- MABIKA KADIMA," Incidence du Découpage Territorial sur l'organisation administrative de la R.D.C. : Cas des services extérieurs du Kasaï Occidental", www mémoireonline.com

- PIERRE CALAME," la viabilité", w.w.w.charte-coop-gouvernancelocale.eu

- " La théorie de la viabilité ", www.Lastre.asso.fr

- www.mediacongo.net

TABLE DES MATIERES

IN MEMORIUM I

EPIGRAPHE II

DEDICACE III

AVANT-PROPOS IV

INTRODUCTION 1

1. Définition du sujet 1

1.1. Objet d'étude 1

1.2. Délimitation du sujet 1

a) Sur le plan spatial : 2

b) Dans le temps 2

2. Intérêt du sujet 2

2.1. L'intérêt personnel 2

2.2. Sur le plan théorique ou scientifique 3

2.3. Sur le plan pratique de sociétal 3

3. Etat de la question 3

4. Problématiques et hypothèses 4

4.1. Problématiques 4

4.2. Hypothèse 5

 Source MEMOIRE ON LINE, par Jules KAIMBI 
Université de Lubumbashi ( UNILU ) - Licence en sciences politiques et administratives 2008

Write a new comment: (Click here)

SimpleSite.com
Characters left: 160
DONE Sending...
See all comments

| Reply

Latest comments

01.11 | 09:54

depuis que j'ai fait connaissance de votre site, je ne passe pas un jour sans le consulter. Merci pour l'objectivité de vos analyses.

...
07.10 | 14:07

balezi

...
14.08 | 09:52

CROIRE A TSHISEKEDI C'EST PERDRE SON TEMPS CAR IL LA FACE DES TRAITRES NOW! "BOLALA PONGI YA BA BEBE 2011" PUIS "BOLAMUKA NA PONGI, PRENEZ-VS EN CHARGE 2016"AHH

...
31.03 | 22:42

I have read your thought and understood your tremendous commitment towards a common better future of our DR Congo. We share the same objectives. Congratulation!

...
You liked this page